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[Blog] Vétérinaires à Maurice : pénurie, réformes annoncées et nécessité d'une réflexion nationale

Par Guest .
Publié le: 30 June 2026 à 13:08
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Veterinaire

Par Dr Priya Ragoonath
Veterinary Surgeon
Vetcross

Le Budget national 2026-2027 a confirmé l'intention du gouvernement d'amender la Veterinary Council Act 2020 afin de mieux encadrer le recrutement de vétérinaires étrangers. Cette mesure vise à répondre à une pénurie reconnue de professionnels dans le secteur vétérinaire mauricien.

Dans un contexte où les besoins nationaux ne cessent de croître en matière de bien-être animal, de surveillance et de contrôle des maladies, de sécurité alimentaire, de biosécurité, de santé publique et d'approche One Health, cette orientation peut apporter une réponse immédiate à un besoin réel.

Toutefois, si le recours à des vétérinaires étrangers peut contribuer à soulager temporairement les tensions sur les effectifs, il ne saurait constituer, à lui seul, une solution durable. La situation actuelle appelle à une réflexion plus large sur l'organisation, la gouvernance et l'avenir de la profession vétérinaire à Maurice.

À titre personnel, je suis vétérinaire mauricienne et j'ai choisi de revenir exercer dans mon pays en 2013 après plusieurs années de formation à l'étranger. J'ai effectué mes études de médecine vétérinaire au Veterinary College de Bangalore, de la Karnataka Veterinary, Animal and Fisheries Sciences University (KVAFSU), en Inde. J'ai ensuite obtenu une prestigieuse bourse du Commonwealth pour poursuivre mes études au Royal Veterinary College de l'Université de Londres, où j'ai complété une double spécialisation en épidémiologie vétérinaire et en santé publique.

Je suis également Fellow de la Royal Society of Public Health (RSPH) ainsi que Fellow de la Royal Society of Medicine (RSM) au Royaume-Uni. J'exerce aujourd'hui avec un intérêt particulier pour l'épidémiologie, la santé publique vétérinaire et l'approche One Health, qui reconnaît les liens étroits entre la santé animale, la santé humaine et l'environnement.

Je mentionne ce parcours non pour mettre en avant des titres, mais afin de situer mon engagement professionnel et la perspective à partir de laquelle je m'exprime.

Le cadre juridique mauricien est sans ambiguïté : seule une personne enregistrée auprès du Veterinary Council peut exercer la médecine ou la chirurgie vétérinaire à Maurice. L'exercice illégal de la profession est interdit par la loi.

Les amendements récents prévoient toutefois l'intégration de vétérinaires étrangers sous certaines conditions, notamment l'obligation d'exercer sous la supervision d'un vétérinaire enregistré localement, lequel assume la responsabilité professionnelle et légale des actes accomplis.

Cependant, si le principe de la supervision est clairement établi, ses modalités pratiques demeurent insuffisamment définies. Le cadre actuel ne précise pas clairement l'étendue de cette supervision, son intensité, ni le nombre d'établissements qu'un vétérinaire enregistré peut raisonnablement superviser.

Selon les déclarations publiques rapportées dans la presse, le ministre de l'Agro-industrie, Dr Arvin Boolell, défend une approche visant à faciliter l'intégration des vétérinaires étrangers dans une logique de coopération régionale et de réponse à la pénurie actuelle.

Cette position peut se comprendre dans un contexte de manque de ressources humaines. Néanmoins, elle soulève également des interrogations légitimes concernant les mécanismes de contrôle, la responsabilité professionnelle, les standards de formation et la qualité des soins.

La médecine vétérinaire à Maurice est une profession rare, mais stratégiquement essentielle. Aujourd'hui, les vétérinaires interviennent bien au-delà de la pratique clinique traditionnelle. Ils jouent un rôle majeur dans le bien-être animal, la surveillance des maladies émergentes et zoonotiques, la sécurité alimentaire, la biosécurité, la santé publique et la mise en œuvre du concept One Health.

Malgré l'importance croissante de ces responsabilités, la profession demeure encore insuffisamment structurée et parfois sous-valorisée au sein de notre système national.

Ces dernières années, le nombre de cliniques vétérinaires privées a considérablement augmenté à travers le pays. Si cette évolution permet d'améliorer l'accès aux soins, elle soulève également des questions fondamentales de gouvernance et de supervision.

Une interrogation essentielle demeure : toutes ces structures fonctionnent-elles avec la présence effective et continue d'un vétérinaire enregistré ?

Dans le cadre actuel, une clinique vétérinaire peut être créée et exploitée par des personnes non vétérinaires, à condition qu'un vétérinaire enregistré assure la supervision clinique et assume la responsabilité professionnelle des actes posés.

Ce modèle soulève plusieurs questions fondamentales. Dans quelle mesure cette supervision est-elle réellement active, continue et indépendante ? Le vétérinaire est-il pleinement impliqué dans les décisions cliniques et organisationnelles ou agit-il principalement comme garant légal d'une structure dirigée par d'autres ?

Lorsque la gouvernance d'une structure est dissociée de la responsabilité clinique, plusieurs risques peuvent apparaître : dilution de la responsabilité médicale réelle, pressions liées à des impératifs commerciaux, difficultés à garantir une présence vétérinaire permanente, complexité dans l'attribution des responsabilités en cas d'incident et tensions entre objectifs économiques et exigences médicales.

Dans de nombreuses juridictions, ces enjeux sont encadrés par des mécanismes garantissant que la direction clinique des établissements demeure sous contrôle vétérinaire afin que les décisions médicales soient guidées exclusivement par des considérations scientifiques, éthiques et de bien-être animal. Tel ne semble pas être pleinement le cas à Maurice.

Par ailleurs, contrairement à d'autres professions de santé, il n'existe pas actuellement de liste publique régulièrement mise à jour des institutions vétérinaires reconnues par le Veterinary Council. La reconnaissance des qualifications semble se faire au cas par cas, conformément au Veterinary Council Act 2020 et aux standards internationaux.

Si cette approche présente une certaine flexibilité, elle soulève également des questions de transparence, de cohérence et de prévisibilité, tant pour les vétérinaires mauriciens que pour les diplômés étrangers.

De même, Maurice ne dispose toujours pas d'un registre officiel des vétérinaires spécialistes. À l'heure où la médecine vétérinaire évolue vers une spécialisation accrue à l'échelle internationale, l'absence d'un tel registre limite la reconnaissance des compétences avancées, la structuration des filières de référence et l'amélioration continue des standards de soins.

Une autre question essentielle demeure largement absente du débat : quelles mesures concrètes sont mises en œuvre pour attirer, retenir et valoriser les vétérinaires mauriciens ?

Contrairement aux médecins, les vétérinaires mauriciens doivent systématiquement poursuivre leurs études à l'étranger, souvent au prix d'investissements financiers considérables. À leur retour, ils ne bénéficient ni d'un internat structuré, ni d'un programme d'intégration comparable à celui existant pour les médecins.

Le nombre de vétérinaires exerçant au sein du secteur public demeure limité et plusieurs postes restent régulièrement vacants.

Pourtant, de nombreux jeunes diplômés reviennent chaque année au pays.

Pourquoi si peu rejoignent-ils durablement le secteur public ?

Pourquoi certains choisissent-ils de le quitter après quelques années ou même quelques mois ?

L'une des explications fréquemment avancées concerne des conditions d'emploi jugées insuffisamment attractives. Les salaires proposés dans la fonction publique ne reflètent pas toujours le niveau de formation, les responsabilités assumées et les sacrifices consentis pour accéder à la profession. Beaucoup de vétérinaires expriment également une frustration face à l'absence de parité avec les médecins, tant en matière de reconnaissance professionnelle, de progression de carrière que de rémunération.

Une autre source importante de frustration réside dans le fait que des vétérinaires hautement qualifiés se retrouvent parfois à travailler dans des structures créées ou détenues par des non-vétérinaires disposant des ressources financières nécessaires pour ouvrir une clinique, alors même que le vétérinaire assume l'entière responsabilité clinique et déontologique sans toujours participer aux décisions de gouvernance.

Après près de douze années d'exercice en tant que vétérinaire enregistrée à Maurice, je n'ai, à ce jour, constaté aucun changement concret et structurant en faveur des vétérinaires mauriciens. Cette situation mérite une attention immédiate.

La médecine vétérinaire n'est pas simplement un métier. C'est une vocation profondément ancrée dans le service aux animaux, à la santé publique et à la société. Il est regrettable que de nombreux professionnels aient aujourd'hui le sentiment que leur contribution demeure insuffisamment reconnue et valorisée.

Le débat sur les vétérinaires étrangers ne doit donc pas être envisagé de manière isolée. Il doit s'inscrire dans une réflexion nationale plus large sur la structuration du système vétérinaire mauricien.

Au-delà des réponses immédiates à la pénurie, il existe un besoin urgent de clarification réglementaire, de renforcement de la supervision professionnelle, d'amélioration de la transparence dans la reconnaissance des qualifications, de reconnaissance des spécialités vétérinaires et de mise en place de véritables stratégies de rétention et de valorisation des vétérinaires mauriciens.

Il s'agit d'une question qui nécessite une attention immédiate de la part des autorités compétentes. Dans un contexte mondial marqué par l’émergence de maladies zoonotiques, l’antibiorésistance et les enjeux de sécurité alimentaire, il devient impératif de dépasser une vision strictement anthropocentrique de la santé.  Une nation qui ne valorise pas ses vétérinaires compromet non seulement la santé animale, mais également sa santé publique, sa sécurité alimentaire et son avenir.

 

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