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[Blog] Le déplacement de civils au Liban par Israël pourrait constituer un crime de guerre

Par Guest .
Publié le: 23 mars 2026 à 16:51
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Civils liban

Par Nadia Hardman, chercheuse senior sur les droits des réfugiés et des migrants à Human Rights Watch

Les attaques israéliennes au Liban - et la menace de nouvelles frappes - ont contraint plus d’un million de personnes à fuir leur domicile. Cela représente près d’un cinquième de la population totale d’un pays qui accueille déjà le plus grand nombre de réfugiés par habitant au monde.

Au cours des deux dernières années, Human Rights Watch (HRW) a cartographié les stratégies de déplacement mises en œuvre par Israël dans le territoire palestinien occupé, forçant les habitants de camps de réfugiés et de quartiers entiers à fuir, souvent sous la menace immédiate de frappes aériennes ou d’opérations militaires en cours.

Nous observons désormais les mêmes tactiques au Liban. Les ordres d’évacuation israéliens concernent de vastes zones de la population majoritairement chiite dans le sud du Liban et dans les banlieues sud de la capitale, Beyrouth, soit environ 15 % du territoire libanais.

Les populations se sont réfugiées chez des proches, dans des abris gérés par l’État ou ont installé des campements le long du littoral de Beyrouth, lui-même récemment ciblé par une frappe israélienne.

Le droit de la guerre stipule que les civils ne peuvent être contraints de quitter leur domicile que pour des raisons militaires impératives ou si leur sécurité est menacée. L’évacuation doit être temporaire et les populations doivent pouvoir revenir une fois les hostilités terminées. En résumé, la guerre ne donne pas le droit d’expulser des populations de leurs terres.

À Gaza, l’armée israélienne a déplacé de force la quasi-totalité des deux millions d’habitants à travers un système d’évacuation qui les exposait directement au danger, en les poussant vers des zones de plus en plus réduites.

En Cisjordanie occupée, début 2025, l’opération militaire israélienne « Iron Wall » a entraîné le nettoyage ethnique de 32 000 Palestiniens dans trois camps de réfugiés, le plus important déplacement dans cette région depuis 1967. Ils restent empêchés par l’armée israélienne de retourner chez eux ou sur les sites de leurs habitations démolies.

Dans le sud de la Syrie, où Israël occupe certains territoires, HRW a constaté que les forces israéliennes ont commis diverses exactions contre les habitants, notamment des déplacements forcés, des saisies et destructions de logements, ainsi que des entraves au retour des populations.

Dans Gaza comme en Cisjordanie, Israël affirme cibler des combattants palestiniens et leurs infrastructures. Toutefois, cela ne justifie pas des déplacements massifs de civils. Israël est tenu d’envisager des alternatives : le déplacement de masse doit rester une mesure de dernier recours. Or, les autorités n’ont pas démontré avoir exploré d’autres moyens pour atteindre leurs objectifs militaires ni garanti le caractère temporaire des déplacements.

En réalité, HRW a constaté dans ces deux territoires que les autorités israéliennes, dans le cadre d’une politique d’État, ont provoqué de manière intentionnelle des déplacements massifs, délibérés et durables de civils palestiniens, ce qui pourrait constituer des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité. Dans les deux cas, des responsables israéliens ont exprimé leur volonté d’expulser les Palestiniens et de les empêcher de revenir dans certaines zones de Gaza et de Cisjordanie.

Aujourd’hui, au Liban, les autorités israéliennes pourraient entamer le même processus de déplacement forcé. Plusieurs experts des Nations unies ont tiré la sonnette d’alarme.

Le 16 mars, le ministre israélien de la Défense, Israel Katz, a déclaré : « Les habitants chiites du sud du Liban qui ont été évacués (…) ne retourneront pas chez eux au sud du Litani tant que la sécurité des habitants du nord d’Israël ne sera pas garantie. » Dans cette optique, le déplacement de la population chiite apparaît moins comme une nécessité militaire temporaire que comme une tentative de déplacement permanent fondé sur la religion.

Alors que le monde assiste à des scènes de déplacements massifs et de destructions, les pays disposant d’un levier sur Israël devraient l’utiliser pour mettre fin aux exactions en cours, notamment en imposant des sanctions ciblées, en suspendant les transferts d’armes, en interdisant le commerce avec les colonies illégales, en suspendant les accords commerciaux préférentiels, et en soutenant la Cour pénale internationale ainsi que ses enquêtes en cours, y compris en exécutant ses mandats d’arrêt.

L’absence de responsabilité pour les violations du droit international humanitaire à Gaza et en Cisjordanie doit également cesser. Sans pression internationale significative et sans poursuites crédibles pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité, les autorités israéliennes et leur armée seront encouragées à poursuivre une stratégie de déplacement forcé et de refus permanent du droit au retour dans toute la région.

La communauté internationale peut et doit faire mieux. Les gouvernements doivent agir d’urgence pour empêcher les déplacements forcés de civils au Liban, garantir leur droit au retour et prévenir de nouvelles attaques contre les civils libanais.

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