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[Blog] Du solaire dans les discours, du charbon dans les prises : le grand paradoxe énergétique des budgets 2025-2026 et 2026-2027

Par Guest .
Publié le: 29 June 2026 à 10:36
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Sunil Dowarkasing

Par Sunil Dowarkasing

L’examen des budgets 2025-2026 et 2026-2027 révèle une réalité troublante : jamais un gouvernement mauricien n’a autant parlé de transition écologique, de résilience climatique, d’économie bleue et de développement durable. Pourtant, rarement l’écart entre les ambitions affichées et les résultats observés n’aura été aussi visible.

À la lecture des deux exercices budgétaires, une constante se dégage : les annonces sont ambitieuses, les objectifs souvent pertinents, mais les réformes structurelles et les résultats concrets tardent à suivre. Un an après les grandes promesses du budget 2025-2026, plusieurs indicateurs clés montrent que la transition écologique mauricienne progresse beaucoup plus rapidement dans les discours que sur le terrain.

1 Énergies renouvelables : Rs 30 milliards annoncés, mais 82,2 % de dépendance aux énergies fossiles

Le budget 2025-2026 avait été présenté comme le point de départ d’une véritable révolution énergétique, avec l’annonce de près de Rs 30 milliards d’investissements destinés à accélérer la transition vers les énergies renouvelables et à atteindre plus de 60 % d’électricité verte d’ici 2035.

Un an plus tard, le constat est beaucoup moins spectaculaire. Les énergies renouvelables ne représentent toujours qu’environ 17,8 % de la production nationale d’électricité, tandis que les combustibles fossiles assurent encore 82,2 % du mix énergétique. Maurice continue ainsi d’importer la quasi-totalité de son charbon et de ses produits pétroliers, demeurant fortement exposée aux fluctuations des marchés internationaux.

La contradiction est évidente : le gouvernement affirme vouloir réduire la dépendance énergétique du pays tout en maintenant un système où plus de quatre unités d’électricité sur cinq sont encore produites à partir de combustibles importés. En réalité, Maurice semble vouloir conduire une révolution énergétique sans remettre en question les fondements du modèle existant. On finance généreusement le solaire dans les discours, tout en maintenant le charbon et le fioul sous assistance respiratoire dans la pratique. C’est un peu comme annoncer son intention de devenir végétarien tout en augmentant discrètement son budget barbecue.

2 Le budget 2026-2027 : des mesures plus concrètes, mais une transformation encore limitée

Contrairement au budget précédent, davantage axé sur les grandes orientations stratégiques, le budget 2026-2027 introduit plusieurs mesures concrètes pour favoriser l’adoption des énergies renouvelables.

Parmi les annonces phares figurent l’appel d’offres lancé par le CEB pour 220 MW de capacité solaire photovoltaïque couplée à des systèmes de stockage par batteries, l’augmentation de 15 % du tarif de rachat de l’électricité produite par les ménages (de Rs 4,20 à Rs 4,83 par unité), le transfert de la propriété des installations photovoltaïques à 1 000 familles bénéficiaires, ainsi qu’une subvention couvrant 25 % du coût d’un système solaire résidentiel, jusqu’à concurrence de Rs 75 000.
Ces mesures vont clairement dans la bonne direction. Toutefois, elles ne modifient pas fondamentalement l’équation énergétique nationale. Même si les 220 MW annoncés constituent une avancée importante, leur mise en œuvre prendra plusieurs années alors que la dépendance aux combustibles fossiles demeure immédiate.

Par ailleurs, l’effort financier demandé aux ménages reste conséquent. Une installation solaire avec batteries peut coûter entre Rs 250 000 et Rs 450 000, ce qui signifie que la subvention publique couvre souvent moins du tiers de l’investissement nécessaire. Le gouvernement encourage ainsi les citoyens à participer à la transition énergétique, mais leur laisse assumer l’essentiel de la facture.

Le paradoxe apparaît également dans le tarif de rachat. Bien qu’il ait été relevé à Rs 4,83 par unité, celui-ci demeure inférieur au tarif auquel les consommateurs achètent leur électricité. Autrement dit, lorsqu’un citoyen produit de l’électricité verte, il la revend à un prix inférieur à celui auquel il la rachète ensuite au réseau. Même la transition énergétique semble parfois obéir aux lois du commerce de détail.

3 Le monopole du CEB : frein ou moteur de la transition énergétique ?

L’un des paradoxes les plus frappants de la transition énergétique mauricienne est qu’elle demeure largement pilotée par une structure qui a historiquement été conçue pour gérer un système centralisé dominé par les combustibles fossiles et les producteurs indépendants d’électricité (IPP). En conservant un contrôle quasi exclusif sur l’orientation du secteur énergétique, le CEB continue d’agir à la fois comme régulateur, acheteur, gestionnaire du réseau et principal acteur du marché, limitant ainsi l’émergence d’une véritable concurrence susceptible d’accélérer l’innovation et la baisse des coûts des énergies renouvelables. Dans de nombreux pays, l’ouverture progressive du marché a permis à des milliers de producteurs, entreprises et ménages de devenir des acteurs de la transition énergétique. À Maurice, en revanche, chaque avancée semble devoir obtenir l’aval d’un système dont la priorité historique a souvent été de préserver l’équilibre des contrats existants avec les IPP plutôt que de bouleverser le modèle établi. Officiellement, tout le monde se déclare favorable à la transition énergétique ; dans la pratique, celle-ci avance à une vitesse qui ne risque surtout pas de perturber les intérêts en place. Le résultat est un marché où le soleil est gratuit, mais où son exploitation reste soigneusement administrée. Certains pourraient même dire que Maurice possède l’un des meilleurs potentiels solaires de la région, mais qu’elle continue à gérer cette ressource avec la prudence d’un pays qui aurait peur que trop d’énergie renouvelable finissent par déranger l’ordre établi

4 Politique énergétique et changement climatique : un lien indissociable.

La politique énergétique d’un pays joue un rôle déterminant dans la lutte contre le changement climatique, car le secteur de l’énergie constitue l’une des principales sources d’émissions de gaz à effet de serre. À Maurice, où plus de 82,2 % de l’électricité est encore produite à partir de combustibles fossiles importés, les choix effectués en matière de production et de consommation d’énergie influencent directement l’empreinte carbone nationale. Le développement des énergies renouvelables, l’amélioration de l’efficacité énergétique et la réduction de la dépendance au charbon et aux produits pétroliers sont donc essentiels non seulement pour renforcer la sécurité énergétique du pays, mais aussi pour atteindre les objectifs de réduction des émissions de carbone à l’horizon 2030 et la neutralité carbone d’ici 2050.

Atteindre la neutralité carbone exige pourtant des décisions structurantes.

5 Réduction des émissions carbone : des objectifs ambitieux, mais une trajectoire encore floue

Le gouvernement réaffirme son engagement international de réduire les émissions de gaz à effet de serre de 40 % d’ici 2030 et de parvenir à la neutralité carbone en 2050.

Sur le papier, ces objectifs placent Maurice parmi les pays engagés dans la lutte contre le changement climatique. Dans la réalité, la situation est plus complexe. Les émissions nationales dépassent aujourd’hui 6,4 millions de tonnes équivalent CO₂ par an et continuent de progresser, alors qu’elles devraient déjà être orientées à la baisse si le pays voulait sérieusement atteindre la neutralité carbone.

Cette contradiction est d’autant plus frappante que le pays demeure dépendant à plus de 82 % des combustibles fossiles pour sa production électrique, tandis que le transport routier repose encore largement sur les carburants pétroliers.

Atteindre la neutralité carbone exige pourtant des décisions structurantes : sortie progressive du charbon, électrification des transports, accélération des renouvelables et développement de véritables puits de carbone à travers le reboisement et la restauration des écosystèmes. Or, aucun calendrier clair de sortie du charbon ni programme national de reboisement à grande échelle ne figure parmi les mesures phares des budgets récents.

En pratique, la neutralité carbone en 2050 reste théoriquement possible. Mais chaque année de retard réduit les marges de manœuvre et augmente le coût futur de la transition.

6 Véhicules électriques : verts à la prise, gris à la centrale

Le gouvernement continue de promouvoir la mobilité électrique comme l’un des piliers de sa stratégie de décarbonation. Pourtant, plusieurs contradictions subsistent.

D’un côté, les autorités encouragent l’acquisition de véhicules électriques afin de réduire les émissions du secteur des transports. De l’autre, les infrastructures de recharge restent encore limitées et l’électricité utilisée pour alimenter ces véhicules provient majoritairement de centrales fonctionnant au charbon et au fioul.

La situation prête parfois à sourire. Maurice semble vouloir remplacer les pots d’échappement par des prises électriques sans réellement changer la source de l’énergie qui les alimente. Le véhicule devient électrique, certes, mais l’électricité qui le recharge demeure largement fossile.

En d’autres termes, on déplace la pollution du moteur vers la centrale électrique. C’est un peu comme peindre une cheminée en vert et espérer que la fumée devient écologique. Tant que plus de 82.2 % de l’électricité nationale continuera à provenir des combustibles fossiles, les bénéfices climatiques des véhicules électriques resteront limités par la nature même de l’énergie qu’ils consomment.

7 Un défi qui dépasse les annonces budgétaires

Au final, les deux budgets traduisent une volonté réelle de placer l’environnement au cœur des politiques publiques. Mais ils mettent également en lumière une difficulté récurrente : celle de transformer des ambitions légitimes en résultats mesurables.

Maurice ne manque plus de stratégies, de plans directeurs ou d’objectifs climatiques. Ce qui manque encore, c’est une rupture suffisamment forte pour aligner les politiques publiques avec les engagements annoncés.

Car en matière d’environnement, les chiffres finissent toujours par parler plus fort que les discours. Et aujourd’hui, ils montrent qu’entre la vision affichée et la réalité du terrain, le chemin reste encore particulièrement long.

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