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[Blog] Cessez cette guerre maintenant!

Par Guest .
Publié le: 1 avril 2026 à 12:17
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Vijay Makhan, diplomate à la retraite et ancien conseiller auprès de l’ex-Deputy Prime Minister.
  • Un appel à la retenue, au réalisme et à une désescalade immédiate

Dans le conflit actuel au Moyen-Orient, les narratifs évoluent plus vite que les faits alimentant l’incertitude, fragilisant la crédibilité et accroissant les risques de méprise, tandis que des États éloignés du théâtre des opérations en subissent déjà les conséquences.

Au cours des dernières semaines, j’ai émis des opinions mettant en lumière les turbulences croissantes du système international ainsi que les conséquences des conflits pour des États éloignés de leur théâtre immédiat. J’ai également souligné que, dans les conflits contemporains, les narratifs peuvent être instrumentalisés au même titre que les sanctions, les tarifs ou la force militaire.

Aujourd’hui, ces réflexions doivent céder la place à un appel plus direct. La guerre impliquant les États-Unis, Israël et l’Iran doit cesser.

Un conflit qui ne connaît plus de limites

Ce qui a débuté comme une confrontation justifiée par des arguments changeants s’est transformé en un conflit aux répercussions élargies. L’économie mondiale montre déjà des signes de fragilité. 

Les marchés de l’énergie sont instables. Les chaînes d’approvisionnement sont sous pression. Des États qui ne sont en rien parties prenantes du conflit en supportent néanmoins les coûts, souvent de manière significative.

À Maurice, comme ailleurs, ces effets ne sont plus abstraits. Ils se traduisent dans la vie quotidienne des citoyens, dans le prix du carburant, dans le coût de la vie et dans l’incertitude qui pèse désormais sur les perspectives économiques. Tel est le visage des conflits contemporains. Ils ne restent pas confinés.

L’érosion de la retenue stratégique

Plus préoccupante encore est l’érosion apparente de la retenue chez les principaux protagonistes. Les signaux en provenance de Washington traduisent non seulement une posture affirmée, mais également une certaine incohérence. Des divergences internes semblent apparaître plus ouvertement. Les positions évoluent, parfois de manière abrupte, compliquant les efforts diplomatiques ainsi que la gestion des alliances.

Les alliés traditionnels, longtemps habitués à la concertation et à la prévisibilité, manifestent des signes d’inquiétude. Les relations semblent se tendre. La confiance, autrefois acquise, ne va plus de soi. Cela n’est pas sans conséquences.

Lorsque le leadership paraît hésitant ou contradictoire, les risques de méprise augmentent. Et en temps de guerre, la méprise peut s’avérer décisive.

Une guerre plus facile à déclencher qu’à terminer

Comme je l’ai souligné ailleurs,  il est souvent plus aisé de déclencher une guerre que d’en maîtriser l’évolution.
Cette réalité se confirme aujourd’hui.

L’Iran, malgré les pertes humaines et matérielles subies, fait preuve de résilience. Tout indique qu’il s’est préparé à un conflit prolongé et qu’il ne cédera pas facilement.

Israël, pour sa part, a poursuivi ses objectifs avec détermination, mais non sans en subir les conséquences. Les frappes ayant touché Haïfa et Tel-Aviv — par leur ampleur et leurs effets — ont rappelé que même les États technologiquement avancés ne sont pas à l’abri de représailles. Le coût financier du conflit se chiffre déjà en milliards de dollars. Le coût humain, lui, reste incalculable.

Chaque jour qui passe ajoute à la complexité de la situation.

À ce stade, l’enjeu n’est plus l’escalade.

Il est de trouver une issue.

Toutes les parties ont besoin d’une voie de sortie permettant la désescalade sans humiliation.

L’histoire montre également que même les crises les plus graves peuvent trouver une issue lorsque la retenue et le sens des responsabilités prévalent. En 1962, lors de la crise des missiles de Cuba, une confrontation majeure entre puissances nucléaires fut désamorcée grâce à une combinaison de dialogue discret, de compromis et de volonté politique d’éviter l’irréparable.

Pour les États-Unis et Israël en particulier, le défi consiste à ajuster leur stratégie de manière à préserver leur crédibilité tout en reconnaissant les limites de l’option militaire.

Pour l’Iran, la réflexion portera également sur l’équilibre entre résilience et coût d’un conflit prolongé. Ce qui est requis n’est pas une victoire. C’est un rééquilibrage.

La question de la médiation

Dans un tel contexte, le choix d’un médiateur crédible devient essentiel.

Tous les acteurs ne disposent pas de la légitimité nécessaire pour assumer ce rôle.

La crédibilité, l’équilibre et l’acceptabilité par l’ensemble des parties sont des conditions indispensables.

Il est difficile d’imaginer que certains acteurs, en raison de leurs positions ou de leurs engagements, puissent inspirer la confiance requise.

Ce qu’il faut, c’est un intermédiaire impartial.

Un pays comme l’Inde, qui entretient des relations de travail avec Israël, ne connaît pas de tensions majeures avec l’Iran et demeure un interlocuteur acceptable pour les États-Unis, pourrait être bien placé pour faciliter un dialogue.

Un tel rôle ne serait ni inédit, ni dénué d’importance.

Un moment de responsabilité stratégique

Le conflit est désormais entré dans son deuxième mois.

Le monde observe, non seulement la conduite des hostilités, mais aussi la capacité des acteurs à y mettre un terme.
Il arrive un moment où la poursuite du conflit ne sert plus aucun objectif stratégique.

Ce moment semble approcher.

La priorité doit désormais être donnée à la reconstruction, à la stabilisation et au retour à une forme de normalité.

Les enseignements sont clairs.

Les narratifs, une fois instrumentalisés, peuvent obscurcir le jugement.

Les conflits, une fois engagés, acquièrent leur propre dynamique.

Et les coûts, une fois supportés, dépassent largement le champ de bataille.

Pour les petits États, les conséquences sont immédiates et durables.

Pour le système international, les enjeux sont structurels.

Le temps est venu de faire prévaloir la retenue sur l’impulsion, le dialogue sur la confrontation, et de mesurer le leadership non à la capacité de faire la guerre, mais à la sagesse de savoir y mettre fin.

Cessez cette guerre — maintenant!

30 mars 2026

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