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[Blog] Budget 2026-27 : reconstruire la solidité financière et préparer l’avenir

Par Guest .
Publié le: 21 June 2026 à 10:00
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Par Roomesh Ramchurn, Tax Partner chez Forvis Mazars

Le Budget 2026-2027 marque une nouvelle étape dans les efforts de Maurice pour consolider ses finances publiques tout en jetant les bases d’une croissance durable, plus innovante et mieux préparée aux défis de demain.

Après un Budget 2025-2026 centré sur la stabilisation de l’économie et le rétablissement de la confiance, le Budget 2026-2027 ouvre une phase plus ambitieuse et résolument tournée vers l’avenir. Les mesures annoncées privilégient le développement des compétences, l’innovation, les infrastructures, la sécurité énergétique et alimentaire, la réforme des retraites ainsi que l’émergence de nouveaux relais de croissance.

La situation macroéconomique s’est améliorée, même si la reprise demeure fragile. L’inflation a reculé, le chômage a diminué, les réserves extérieures se sont renforcées, tandis que le tourisme, les technologies de l’information et de la communication ainsi que les services financiers continuent de soutenir l’activité économique.

Cette amélioration ne doit toutefois pas occulter les défis qui demeurent : niveau élevé de la dette publique, pressions continues sur les dépenses de l’État, exposition aux chocs extérieurs, risques climatiques, pénurie de compétences et faiblesse persistante de la productivité. La trajectoire est plus stable, mais elle reste exigeante.

Par rapport au Budget 2025-2026, les indicateurs budgétaires témoignent d’un redressement progressif. L’an dernier, la dette du secteur public était estimée à environ Rs 642 milliards, soit 90 % du PIB, et le déficit budgétaire atteignait 9,8 % du PIB pour l’exercice 2024-2025. Elle est désormais estimée à Rs 681,9 milliards, soit 87,8 % du PIB à fin juin 2026, avec une projection à 85,5 % du PIB à fin juin 2027. Le déficit devrait également se réduire, passant de 6,0 % du PIB en 2025-2026 à 3,7 % en 2026-2027.

Cette amélioration se reflète dans plusieurs indicateurs. L’inflation est tombée à 3,7 % en 2025, après une moyenne de 7 % entre 2022 et 2024 et un pic de 11,3 %. Le chômage a reculé de 6,0 % à 5,7 %. Le PIB a progressé de 3,2 %, tandis que le PIB par habitant a augmenté de 3,3 %. Les arrivées touristiques ont dépassé 1,4 million, les recettes touristiques ont atteint Rs 103 milliards, et les secteurs des TIC et des services financiers ont enregistré des croissances respectives de 4,5 % et 5,0 %.

Une consolidation fiscale plus ciblée

Dans ce contexte, la consolidation fiscale reste au cœur de la stratégie, mais avec des instruments plus ciblés. Après les mesures de redressement introduites en 2025/2026 – notamment les droits sur les véhicules, les ajustements de TVA, la réforme de l’impôt sur le revenu des personnes physiques et les contributions de type « fair share contribution » - le Budget 2026-2027 poursuit l’effort au moyen de hausses sélectives de droits, d’une taxe de 5 % sur les primes d’assurance, d’une nouvelle tranche d’imposition de 35 % pour les revenus supérieurs à Rs 12 millions, de mesures renforcées d’administration fiscale et d’un rôle accru de l’Economic Development Board dans la facilitation de l’investissement.

L’un des choix les plus significatifs est de mobiliser de nouvelles recettes sans relever le taux standard de TVA. Cette option protège les ménages d’une hausse généralisée de la fiscalité indirecte, tout en concentrant l’effort sur certains produits, secteurs et contribuables à revenus élevés. L’approche est mesurée, mais elle influera malgré tout sur les coûts, les prix et la trésorerie des entreprises et particuliers concernés.

Un effort accru demandé aux très hauts revenus

Pour les particuliers, le principal changement concerne les très hauts revenus. Le Budget 2025-2026 avait simplifié le régime de l’impôt sur le revenu en trois tranches : 0 % sur les premiers Rs 500 000 de revenu imposable, 10 % sur les Rs 500 000 suivantes et 20 % sur le solde.

Le Budget 2026-2027 maintient cette architecture pour la majorité des contribuables, mais introduit une tranche supérieure : les revenus excédant Rs 12 millions seraient imposés à 35 %, tandis que les revenus compris entre Rs 1 million et Rs 12 millions resteraient taxés à 20 %. Il s’agit donc d’un ajustement ciblé, et non d’une hausse généralisée de l’impôt sur le revenu.

Cette mesure préserve la simplicité du régime introduit l’an dernier, tout en soulevant des enjeux de compétitivité pour l’attraction et la rétention des talents étrangers, des cadres dirigeants et des professionnels à forte valeur ajoutée.

Investissement, innovation et nouvelles zones de croissance

Au-delà de la fiscalité, le Budget vise à renforcer l’écosystème de l’investissement et de l’innovation. La date de commencement de l’exonération d’impôt accordée au titre d’un Investment Certificate délivré par l’Economic Development Board sera désormais alignée sur le début effectif des opérations, plutôt que sur la date d’incorporation. L’incitation devient ainsi plus pratique et mieux adaptée aux réalités commerciales des investisseurs.

Le Budget renforce également l’agenda des start-up, notamment à travers des règles révisées pour les start-up innovantes dans le cadre de l’Occupation Permit, ainsi que par la promotion des activités liées à l’intelligence artificielle et aux technologies numériques au sein de la Special Economic Zone de Côte-d’Or.

La zone économique spéciale de Côte-d’Or pourrait devenir l’une des initiatives les plus importantes de ce Budget si sa mise en œuvre est à la hauteur de l’ambition affichée. Conçue pour attirer des investisseurs dans l’intelligence artificielle et les technologies numériques, elle pourrait offrir une participation étrangère à 100 %, des tarifs préférentiels d’électricité pour les centres de données, des allègements de droits et de taxes, la récupération de la TVA sur les bâtiments et biens d’équipement, des conditions locatives concessionnelles ainsi que des permis de travail ou d’occupation accélérés pour le personnel spécialisé.

Si elle est exécutée efficacement, cette initiative pourrait renforcer le positionnement de Maurice comme plateforme régionale d’investissement numérique, d’infrastructures de données et de services technologiques à forte valeur ajoutée.

La réforme des retraites : un tournant structurel

La réforme des retraites constitue un autre changement structurel majeur. La nouvelle State Age Pension remplacera la Basic Retirement Pension à compter du 1er janvier 2027, tandis que la prestation de retraite liée à la CSG sera intégrée dans ce nouveau cadre.

Plus significatif encore pour les employeurs et les salariés, la CSG et le Portable Retirement Gratuity Fund devraient prendre fin à partir de juin 2027 et être remplacés par des contributions à un National Pensions Fund réaménagé, fonctionnant sur une base de cotisations définies à partir du 1er juillet 2027.

Cette transition exigera une planification rigoureuse, notamment en matière de coûts salariaux, de communication avec les employés, d’avantages de retraite et de stratégie de main-d’œuvre à long terme.

Un Budget de transition et d’exécution

Dans l’ensemble, le Budget 2026-2027 marque le passage d’une logique de stabilisation de crise à une phase plus disciplinée, plus structurée et plus prospective de gestion économique. Il adopte, à notre avis, une approche pragmatique et équilibrée : protéger les consommateurs en maintenant inchangé le taux standard de TVA, tout en recourant à des mesures fiscales ciblées pour soutenir la consolidation budgétaire.

Le véritable test sera désormais celui de l’exécution. Maurice devra maintenir l’élan engagé grâce à une meilleure administration fiscale, un contrôle strict des dépenses publiques, une mise en œuvre claire de la réforme des retraites, une amélioration de la productivité et une progression continue vers une croissance tirée par l’investissement.

Pour les entreprises, le message est clair : anticiper, renforcer la conformité, revoir les modèles opérationnels et se préparer à saisir les nouvelles opportunités. Le Budget trace une voie plus stable, mais son succès dépendra de la discipline, de l’agilité et de la qualité de l’exécution.

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