On a trop longtemps fait comme si le transport public allait avancer par lui-même. Comme si un bus, même mal entretenu, arrivait toujours à destination par miracle. Comme si l’improvisation comptable, l’absence de direction et les postes vacants ne finiraient jamais par se voir. Pendant près d’une décennie, la CNT a roulé sans états financiers audités.
Et dans l’habitacle, ce n’était pas mieux. Les postes clés sont restés vides — Deputy General Manager, Chief Engineer, Procurement Manager, Corporate Secretary — autant de conducteurs, contrôleurs et mécaniciens dont l’absence a laissé l’entreprise en roue libre, dans le brouillard décisionnel.
On a bricolé : un IT Manager aussi responsable des achats, un Regional Manager chargé de trois rôles à la fois… À la CNT, l’État a laissé un bus public être piloté par ceux qui tentaient juste de ne pas le faire caler.
Sur le plan financier ? Les données comptables sont tenues sur des tableurs ; les projections ignorent les hausses salariales à venir… Le cashflow annoncé est donc une illusion.
Quant aux contrôles internes, 87 anomalies ont été signalées, mais des rapports restent sans réponse, sans suivi, sans correctifs. À la CNT, les avertissements sont traités comme du bruit au fond de l’autobus, les secousses comme de simples nids-de-poule sur un chemin vers nulle part.
Les systèmes informatiques ? Onze logiciels qui ne se parlent pas. Et au final, personne ne sait réellement combien de bus roulent, combien sont en panne, ni combien la situation coûte au contribuable.
Il est urgent de construire le futur. La CNT doit remonter sur la voie d’une gouvernance solide, d’une maintenance rigoureuse, d’une comptabilité transparente, d’une technologie intégrée, d’une équipe au complet. Parce que le transport public n’est pas un luxe administratif : c’est un droit social, une nécessité économique, un pilier du pays.
Il incombe au ministre Osman Mahomed et à la nouvelle direction de la CNT de reprogrammer l’itinéraire. C’est d’ailleurs la recommandation la plus forte du rapport. Il faut « mettre en place un Oversight Committee au niveau du ministère pour assurer le redressement de la CNT. »
La CNT n’a pas besoin d’un nouveau coup de peinture ni d’un slogan apposé sur la carrosserie. Elle a besoin d’un choc de gouvernance. Pour que, demain, son bus public ne soit plus un véhicule à la dérive…
Notre service WhatsApp. Vous êtes témoins d`un événement d`actualité ou d`une scène insolite? Envoyez-nous vos photos ou vidéos sur le 5 259 82 00 !

