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Bigg Frankii : zanfan lakaz tol

Par Ajagen Koomalen Rungen 
Publié le: 28 June 2026 à 19:00
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big franki
Le clip qui donne son nom à l’album « Zenfan Lakaz Tol ».

En 2019, Bigg Frankii baptisait son troisième album « Zenfan Lakaz Tol ». À l’époque, le titre racontait simplement d’où il venait. Six ans plus tard, il apparaît surtout comme une promesse tenue.

Il existe des victoires qui ne se mesurent ni en streams ni en cachets. Pour Bigg Frankii, la plus importante s’est jouée le jour où il a remis les clés d’une maison à ses parents. Une maison en dur, à Roche-Bois, acquise grâce à la musique. « Je n’oublierai jamais leur réaction. Tout ce que j’ai accompli jusqu’à présent prend son sens à travers ce moment. »

Ce moment n’était pourtant pas une improvisation. Il avait été annoncé des années plus tôt, sans doute sans que l’artiste lui-même en mesure encore toute la portée. En 2019, alors qu’il vivait encore les réalités qu’il racontait dans ses chansons, il choisissait d’intituler son troisième album « Zenfan Lakaz Tol ». Un titre qui allait, avec le temps, devenir davantage qu’un souvenir : une trajectoire.

Franco Georgin – de son vrai nom – naît le 12 octobre 1998 à Roche-Bois. À cette époque, la famille vit chez la grand-mère, où plusieurs générations cohabitent sous le même toit. De cette enfance, il ne retient pas le manque mais l’abondance de ce qui ne s’achète pas : les repas partagés, les éclats de rire et cette solidarité discrète qui permettait à chacun de tenir malgré les difficultés du quotidien. « Il n’y avait peut-être pas tout ce que possédaient certaines autres familles, mais il y avait l’essentiel : l’amour, l’encadrement et la stabilité affective. »

Son père, qui travaille à la CMT tout en étant musicien et ingénieur du son, remplit très tôt la maison de musique. Sa mère travaille dans le secteur de l’entretien. Les fins de mois sont parfois difficiles, les sacrifices nombreux, mais rarement visibles aux yeux des enfants. « Mes parents ont toujours fait passer leurs enfants avant eux-mêmes. Aujourd’hui encore, je me demande comment ils trouvaient la force de continuer sans jamais se plaindre. »

Sa mère occupe une place centrale dans son éducation. Présente, attentive et protectrice, elle veille à ce que ses enfants restent concentrés sur leurs études et sur l’essentiel. « Nous avons grandi avec beaucoup de respect. Ma maman faisait tout pour que nous ne ressentions jamais un manque. Avec le recul, je réalise aujourd’hui tout ce qu’elle a accompli pour nous. »

Lorsque la famille parvient finalement à construire une maison en tôle sur un terrain à Roche-Bois, l’événement prend des allures de victoire collective. Modeste aux yeux du monde, immense pour eux. « Pour certains, il ne s’agissait peut-être que d’une construction modeste. Pour eux, elle représentait des années de sacrifices, de travail et d’espoir. »

Pour l’adolescent qu’il est alors, ce moment agit comme un déclencheur. « Je voyais à quel point ils étaient fiers de ce qu’ils avaient réussi à construire. C’est à ce moment-là que je me suis promis de leur offrir encore mieux un jour. » Il ignore encore comment, mais il sait déjà que la musique fera partie de la réponse. Cette promesse devient sa boussole. Chaque décision qu’il prend, chaque effort qu’il consent, le rapproche un peu plus de cet objectif qu’il refuse d’abandonner.

La vocation 

La musique arrive tôt : à huit ans, il chante sur une scène d’école. Adolescent, il découvre le slam et atteint les demi-finales d’un concours inter-collèges. En 2011, il participe à l’émission « Star ». Deux ans plus tard, une collaboration avec son cousin Sky To Be sur « Mo Demann Twa Pardon » lui fait entrevoir ce que peut produire la rencontre entre un texte sincère et une mélodie qui parle au public.

Mais les projecteurs ne tombent pas immédiatement. Après ses études secondaires viennent les petits boulots : un restaurant, des jardins à entretenir, des journées longues qui financent des nuits d’écriture et de création. Là où beaucoup abandonnent leurs ambitions face aux réalités de la vie, lui choisit de continuer. « J’ai toujours cru que le travail honnête finit par payer. Peu importe ce que l’on fait dans la vie, il faut le faire avec sérieux et avec respect. »

Pendant ces années, il écrit, compose et construit progressivement son univers artistique. Trois albums voient le jour entre 2017 et 2019 : « Borwdel Hakunamatata », « The Bigg Frankii Show » puis « Zenfan Lakaz Tol ». Ce dernier dit déjà tout de l’endroit d’où il vient et du sens qu’il donne à sa musique.

L’année 2018 marque un tournant. Le clip « One in a Million » explose sur les réseaux sociaux. Les vues s’accumulent, les partages se multiplient et son nom commence à circuler bien au-delà de son cercle habituel. La chanson trouve son public avec une évidence qui surprend jusqu’à son auteur. « Quand j’ai vu la réaction du public, j’ai compris que quelque chose était en train de changer dans ma vie. Mais je savais aussi qu’il fallait garder les pieds sur terre. »

Ceux qui le connaissent depuis ses débuts assurent pourtant que la notoriété n’a pas changé l’homme. « Le succès peut partir aussi vite qu’il arrive. Les valeurs, elles, restent pour toujours. »

Les contrats publicitaires arrivent, suivis des spectacles, concerts, anniversaires et événements privés. L’agenda se remplit rapidement et, pour la première fois, la musique cesse d’être uniquement une passion pour de venir un véritable levier d’ascension sociale. Derrière chaque nouvelle opportunité, derrière chaque contrat signé, chaque concert et chaque partenariat se cache toujours la même motivation : remercier ses parents pour les sacrifices qu’ils ont consentis pendant toutes ces années. « Le véritable succès n’est pas de de venir célèbre. Le véritable succès est de pouvoir regarder ses parents dans les yeux et leur dire : grâce à vous, j’ai réussi. »

La maison 

Les années finissent par donner raison à cette promesse d’adolescent. En 2021, Bigg Frankii acquiert une maison pour ses parents à Roche-Bois. Plus qu’un achat immobilier, cette maison représente la matérialisation d’un engagement pris en silence des années auparavant. L’enfant de la maison en tôle est devenu l’homme qui a offert une maison à ceux qui l’ont élevé.

Le 17 octobre 2025, Big Franki épouse Azira Joly lors d’une cérémonie entourée de leurs proches. Pour l’artiste, ce mariage marque le début d’un nouveau cycle. « Trouver une personne qui croit en vous, qui vous soutient dans les moments difficiles comme dans les plus beaux moments, est une bénédiction. »

Aujourd’hui, le couple, qui vit sous le même toit que les parents du chanteur, attend avec impatience l’arrivée de son premier enfant. Une nouvelle aventure qui remplit Bigg Frankii de bonheur mais aussi d’un nouveau sens des responsabilités. Cette paternité imminente lui permet de mesurer avec un regard nouveau ce que ses propres parents ont accompli pour lui.

Après avoir conquis le public mauricien, Bigg Frankii franchit une nouvelle étape. Des concerts au Canada, accueillis avec enthousiasme par la diaspora mauricienne, ouvrent la voie à une dynamique internationale qui ne cesse de prendre de l’ampleur. L’Europe est désormais dans le viseur, avec des dates prévues en France. L’Australie figure également sur la feuille de route. « Chaque fois que je monte dans un avion pour aller chanter dans un autre pays, je repense au chemin parcouru. Cela me rappelle qu’avec de la foi, du travail et de la persévérance, rien n’est impossible. » La reconnaissance internationale ne l’éloigne pas de ses origines : elle les confirme.

Dans les coulisses

Lorsqu’il n’est ni en studio ni sur scène, Bigg Frankii retrouve une autre passion : le football. Depuis l’enfance, il suit les grandes compétitions internationales, particulièrement les Coupes du monde. Son joueur de référence reste Cristiano Ronaldo, dont il admire avant tout la discipline, la détermination, l’éthique de travail et son incroyable longévité au plus haut niveau. « Cristiano Ronaldo est la preuve que le talent ne suffit pas. Le travail et la discipline font toute la différence. » Quant aux sélections nationales, son cœur penche depuis toujours pour le Brésil, qu’il suit avec fidélité à chaque grande compétition.

Artiste reconnu, époux, futur père et désormais tourné vers une carrière internationale, Bigg Frankii continue d’avancer avec la même philosophie que lorsqu’il était enfant : travailler sans relâche, rester fidèle à ses valeurs et ne jamais oublier ceux qui ont cru en lui avant tout le monde.

« Zenfan Lakaz Tol ». Le titre d’un album peut n’être qu’une étiquette. Il peut aussi devenir une promesse. Bigg Frankii fait partie de ceux qui transforment les titres en destin.

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