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Bigg Frankii : un millionnaire qui vit dans un taudis

Bigg Frankii veut offrir une maison en béton à sa famille. Bigg Frankii veut offrir une maison en béton à sa famille.

De Roche-Bois à Rome… La musique fait voyager Bigg Frankii, qui nous a donné goût au Dancehall Shatta, grâce à des titres tels que « Chocolat » et « Sweet Banana ». L’année prochaine s’annonce tout aussi riche pour lui. Déjà, il est millionnaire sur YouTube, sa chanson « One in a million » affichant 4,5 millions de vues. Néanmoins, au quotidien, il vit dans son taudis familial.

« Mes parents sont ma musique »

Bigg Frankii veut faire carrière dans la musique et offrir une maison en béton à ses parents. Sa chanson One in a million affiche 4,5 millions de vues sur YouTube et se trouve dans le classement du disque de l’année de Radio Plus dans la catégorie locale.

Le pseudonyme Bigg Frankii fait allusion à un homme balaise et imposant avec un visage sérieux. Ses vidéos donnent également cette impression. Mais, au premier contact, Bigg Frankii se révèle être un jeune, cool, amusant et rempli d’humilité.

Bigg Frankii avec sa maman Dolly et son frère Winsley, 15 ans.
Bigg Frankii avec sa maman Dolly et son frère Winsley, 15 ans.

Il a à peine 20 ans. Coiffé d’une casquette bleue et d’un t-shirt oversize de la même couleur, Bigg Frankii révèle qu’il s’appelle Junior Louis Franco Georgin. « Là où je passais, on se mettait à me taquiner en entonnant Vas-y Franky, c’est bon. De plus, j’ai toujours été en chair, d’où le pseudonyme Bigg Frankii », dit-il sous le regard attendri de sa mère Dolly.

Sur une des faces de la maison en tôle, des photos de famille et des tableaux de Bigg Frankii sont accrochés. « Mes parents sont ma musique », dit-il. Son père, musicien et superviseur chez la Compagnie mauricienne de textile, initie son fils à sa passion. Bigg Frankii se souvient avoir touché à une guitare et à une ravanne à 3 ans. À 8 ans, il livre sa première prestation à l’école.

« Se la kot zafer la inn komans vinn serye », raconte-t-il. Dolly lui rappelle qu’il a fait partie de l’association Mouvement pour le progrès de Roche-Bois et qu’il y a découvert sa passion pour le théâtre.

« J’ai eu la chance d’apprendre l’art dramatique avec de grands noms tels que Lindsay Mootien et Raj Gokhool. J’ai participé à des représentations dans les fêtes de quartier. J’ai découvert que j’aimais le contact avec le public et que j’aimais m’exprimer. J’ai donc voulu faire carrière dans la musique. Les arts occupent une place très importante dans ma vie », dit l’aîné de la famille.

Ensuite, Bigg Frankii commence au London College sa scolarité secondaire, qu’il complètera au collège Bhujoharry. Il nous montre un tableau élaboré pour ses examens de Higher School Certificate.

Ses premières prestations

Bigg Frankii et son ami de toujours Label sont dans le studio conçu par son père Bigg Joe.
Bigg Frankii et son ami de toujours Label sont dans le studio conçu par son père Bigg Joe.

Au collège, il se lance aussi comme slameur. « J’ai atteint la demi-finale lors d’un tournoi de slam intercollèges. En 2016, un texte de Lindsay Mootien m’a permis de remporter le troisième prix du PMSD Got Talent », relate le jeune homme en montrant son trophée.

Il participe aussi à l’émission Star 2011, où il entonne Lekonomi, de Frico Labelle. En 2013, il collabore avec un de ses cousins, Sky To Be, sur Mo demann twa pardon. Alors, Bigg Frankii gagne en confiance et se met à composer ses propres morceaux.

Il collabore avec Fabrice Martin sur Zenfan Moris. Puis, il lance Watienk sur SoundCloud. Il commence à se faire connaître des mélomanes. L’interprète-auteur-compositeur enchaîne avec des reprises, notamment Bailando, traduit en Mo gagn so et des riddims reggae/dancehall, qu’il se met à partager sur YouTube.

Le déclic survient en 2017, quand il rencontre Christopher Warren Permal, connu pour son cover Bella Ciao. « Warren m’a dit qu’il était grand temps que je me lance. Je n’y croyais pas trop jusqu’au jour où il m’a invité à interpréter une chanson sur la scène du St Mary’s College, à Rose-Hill, lors de son Fancy-Fair annuel. Les visiteurs me connaissaient et m’ont applaudi. Leur encouragement m’a motivé pour aller plus loin. »

L’interprète de Zann gagne malad leker est un des rares artistes locaux à se tourner vers le style Dancehall Shatta. En mars 2017, Tik Tac est lancé, suivi de Bad Superman. Ces deux morceaux ne connaissent cependant pas le succès escompté. En juillet de la même année, il frappe fort avec Picoti Picota, puis Banana, Chocolat, Sweet Banana et Froti Frota.

« Après l’école, j’ai travaillé pendant une année au Public Policy Exchange à mener des recherches. En même temps, la musique me frayait un nouveau chemin. J’ai dû faire un choix et sans hésitation, j’ai opté pour une carrière de musicien-chanteur. » Ses parents et son frère Winsley le soutiennent au quotidien. Il fait aussi des featurings, le tout dernier datant d’un mois. Il s’agit de Bam Bam, d’Ejilen Faya.

« J’ai découvert que j’aimais le contact avec le public et que j’aimais m’exprimer. J’ai donc voulu faire carrière dans la musique. Les arts occupent une place importante dans ma vie »

Son premier album, intitulé Borwdel Hakunamatata, sort le 15 décembre 2017. En 2018, il lance le deuxième, intitulé The Bigg Frankii Show. « Mon père José, plus connu comme Bigg Joe, a monté mon studio. Il m’a aidé à la préparation de mes albums », poursuit-il.

Sa petite amie Azira est sa muse. « Dès que nous terminons nos conversations au téléphone, je me mets à écrire de nouvelles paroles. One in a million en est un exemple », dit-il avec le sourire. Dans la même foulée, il tient à remercier ses amis Beat Maker, dont Donovan Guerero, Mii Guel et Jor’Dan.

Label (de son vrai nom Bryan Legris, le petit-fils du frère de Michel Legris) accompagne Bigg Frankii dans tous les événements live. « On se connaît depuis tout petits, car nous fréquentions la même église. Depuis 2017, je suis invité à donner des prestations dans des boîtes de nuit et des fêtes. Label et moi n’avons pas besoin de répétitions. Nous communiquons par code et nous nous comprenons l’un l’autre, en cas d’improvisation sur scène. »

Popularité grandissante

Il s’est procuré un stylo spécial pour signer des autographes.
Il s’est procuré un stylo spécial pour signer des autographes.

En toute humilité, Bigg Frankii confie qu’il ne s’attendait pas à être aussi populaire à Maurice et sur le plan international. D’ailleurs, il a effectué son premier voyage à Rodrigues en 2017, avant de se rendre à Rome, à Milan, en France, en Angleterre et à Dublin.

Actuellement, il est en pourparlers avec Alain Ramanisum pour un projet musical. « Alain me considère comme son fils », répond-il. Bigg Frankii, sans se jeter des fleurs, indique qu’il a des projets jusqu’en 2020, mais qu’il en parlera quand le moment sera venu.

Bigg Frankii a un objectif précis. « Je veux offrir une maison en béton à mes parents. Ils se sont beaucoup sacrifiés pour faire de mon frère et de moi de jeunes hommes responsables. Je leur dois ce que je suis. Ma maman a exercé en tant que cleaner. Il y a deux ans, je lui ai demandé de cesser de travailler, car c’était à mon tour de m’occuper d’elle. Aujourd’hui, elle m’aide dans mon aventure. » Son père a déjà prévu un plan B, au cas où la musique ne lui réussit pas à l’avenir. Il suivra bientôt des cours de dessin.

En sus de la musique, il aime jouer à la PlayStation et se balader. Avec son pote Label, ils vont à la découverte de nouveaux coins. Bigg Frankii dit que Laglwar, de The Prophecy, est une de ses chansons préférées en ce moment.


Dolly : « Je suis fière de mon fils »

Dolly partage un lien spécial avec son aîné Bigg Frankii. Mère et fils sont complices et amis. « Je n’ai pas deux, mais quinze fils. Ses amis sont désormais comme mes enfants. À l’exception de Bigg Frankii, les autres m’aident avec les tâches ménagères », dit-elle en fronçant son sourcil en direction de son enfant.

Elle confie également que Bigg Frankii vit à cent à l’heure. « Il doit livrer des prestations à travers l’île et à l’étranger. Il est souvent épuisé quand il rentre à la maison. L’argent qu’il gagne pour un évènement ne suffit pas, mais il a la chance d’être sollicité. Avec ses revenus et ceux de son père, nous subvenons à nos besoins. Bigg Frankii a toujours été un enfant gentil, mais turbulent. Au fur et à mesure qu’il grandit, il gagne en maturité.

Je suis fière de mon fils et de tout ce qu’il a accompli jusqu’à présent. Mon époux et moi avons fait de notre mieux pour donner tout ce que nous pouvons à nos enfants. Bigg Frankii réalise nos rêves », fait-elle observer. Dolly est aussi issue d’une famille de chanteurs et de musiciens.