Interview

Bhoopa Brizmohun: « Un combat pour la dignité humaine »

Lundi, Bhoopa Brizmohun, syndicaliste de la Fonction publique, débutera sa grève de la faim. Elle veut des garanties du gouvernement que des « modifications immédiates » seront apportées à « certaines recommandations néfastes » du rapport PRB 2016. « Nos gouvernants et les responsables du PRB doivent prendre conscience de la gravité de la situation et réagir en vue d’apporter des solutions » [row custom_class=""][/row]

Mieux connaître

Bhoopa Brizmohun est Management Support Officer au ministère de la Sécurité sociale. Elle a commencé à militer au sein de la Government General Services Union (GGSU) dès 1983. Elle est secrétaire de ce syndicat depuis 1988. Elle a aussi milité au sein de la Federation of Civil Service and Other Unions (FCSOU) et du National Trade Union Council (NTUC) pendant plus de 25 ans. Elle est aussi secrétaire général de la Federation of Public Sector and Other Unions et de la All Employees Confederation. Elle est célibataire.

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Vous vous entraînez ? À quoi ? Ne faut-il pas se préparer avant une grève de la faim ? Quand un individu s’engage dans un combat avec conviction, il doit être prêt à utiliser tous les moyens à sa disposition pour mener à bien sa mission. La grève de la faim en fait partie et, à tout moment, on peut se retrouver dans une position où on doit y avoir recours. C’est votre première fois ? Oui et non. Je m’étais préparée pour une grève de la faim en mai 2013, après la publication du rapport  Manraj (Dev Manraj présidait le comité chargé de se pencher sur les anomalies du PRB 2013). Il fallait choisir entre Rashid Imrith et moi. Et après mûre réflexion, Rashid Imrith a été choisi. Cette fois-ci, je l’ai coiffé au poteau. Vos proches en disent quoi ? Ce n’est pas une surprise pour ceux qui me côtoient. Ils connaissent mes convictions et comprennent ma démarche. C’est donc vous qui avez choisi de faire cette grève de la faim ? J’en ai pris la décision et j’ai eu la bénédiction de tous mes collègues. Est-ce que ce n’est pas parce qu’une femme en grève de la faim est plus susceptible d’émouvoir le public ? Dans le milieu syndical au sein duquel je milite, on ne fait pas de distinction entre femme et homme. Je me suis engagée dans le mouvement syndical, parce que je crois dans la cause des travailleurs. Lundi, c’est un travailleur engagé qui entamera une grève de la faim et non une femme. Entrons dans le vif du sujet. Pourquoi cette grève de la faim ? C’est le moyen le plus pacifique qui soit de protester contre la décision du PRB de balayer 30 ans de lutte d’un trait de plume. Il vous faut être plus précise… Nous sommes persuadés qu’il y a eu ingérence dans les recommandations du PRB. Pour nous, jusqu’à la dernière minute, le rapport du PRB 2016 contenait une recommandation permettant à un(e) fonctionnaire d’être promu(e) à un grade supérieur, grâce à l’expérience acquise pendant au moins 25 années de service. Certains ont une carrière de plus de 40 ans.  Cependant, le vendredi 1er avril, notre pressentiment et nos craintes que cette recommandation serait enlevée se sont avérés. Pire, le rapport PRB 2016 contenait une littérature des plus dégradantes et humiliantes à l’égard de milliers de fonctionnaires, surtout les Management Support Officers et Word Processing Operators. Ces derniers, pour obtenir une promotion méritée, devront prendre part à des examens ultra compétitifs. Vous parlez de pressentiment et de craintes. Avez-vous des preuves de l’ingérence du ministère de la Fonction publique ? Non ! Mais nous avons des indications sérieuses. Jusqu’à la dernière seconde, le directeur du PRB en personne nous a demandé des éclaircissements à ce sujet. Puis, une nuit, j’ai rêvé que cette recommandation particulière allait être enlevée et que le rapport allait en contenir d’autres. Effectivement, le rapport ne contient pas cette mesure, alors que ceux qui figuraient dans mon rêve y sont ! Vous ne vous basez tout de même pas sur un rêve… Bien sûr que non ! Nous nous basons sur les indications en notre possession. Une grève de la faim n’est-elle pas l’arme ultime, celle utilisée en dernier recours ? Cela montre la mesure de l’humiliation subie. Dans le contexte actuel, le dialogue n’existe plus. Vendredi 1er avril, à l’issue de sa conférence de presse, le ministre de la Fonction publique a promis de nous recevoir. Il a dit comprendre notre état d’âme. Depuis, nous n’avons plus de nouvelles de lui. En face d’un rapport modifié sous les directives du ministère de la Fonction publique, l’arme ultime est désormais la seule pour exprimer ma colère et ma révolte contre cette atteinte à la dignité humaine. Pourtant, il y a d’autres recours, en l’occurrence le comité qui doit se pencher sur les erreurs, anomalies et omissions ? C’est le PRB lui-même qui va effectuer cet exercice. Nous ne connaissons pas les attributions et les paramètres selon lesquels il devra opérer. Vous auriez aussi pu ne pas signer l’Option Form et aller devant la justice ? Nous sommes en face d’un problème politique et non légal. Une grève de la faim pour des recommandations du PRB. Cela en vaut-il la peine ? Je mène un combat pour le respect de la dignité humaine. Certains diront qu’aujourd’hui, on brandit souvent la menace de grève de la faim… Ce n’est pas une menace. Certains peuvent ne pas être en présence des raisons qui motivent notre démarche.  Nous respectons leur opinion. L’essentiel, c’est que les premiers concernés soient conscients de la justesse de cette grève de la faim. Le PRB ne va pas changer son rapport d’ici quelques jours. Que voulez-vous précisément ? Que le gouvernement donne la garantie que l’injustice contre les Management Support Officers et Word Processing Operators sera corrigée. Certaines recommandations néfastes du rapport nécessitent des modifications immédiates. Nos gouvernants et les responsables du PRB doivent prendre conscience de la gravité de la situation et réagir en vue d’apporter des solutions.
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