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Bharattee Devi Udhin : une Mauricienne à la conquête de l’Everest

Mission accomplie : Bharattee brandissant le quadricolore mauricien et le drapeau irlandais.

Bharattee Devi Udhin, 38 ans, est la preuve qu’il suffit d’un soupçon de détermination et d’une soif de découverte pour réaliser un exploit : celui d’escalader le plus haut sommet du monde. Le 22 mars 2019, la Mauricienne, qui vit en Irlande, a atteint l’Everest Base Camp, qui culmine à 5 364 mètres. 

Rien ne laissait présager que Bharattee Devi Udhin, âgée de 38 ans, réussirait une telle aventure. Au contraire, tout aurait pu jouer contre elle. Elle n’a aucune expérience en alpinisme. Elle n’a pas non plus le physique de l’emploi. Pourtant, le 22 mars 2019, elle a gravi les belles falaises blanches du Mont Everest. La jeune femme, qui vit aujourd’hui en Irlande, est montée jusqu’à l’Everest Base Camp à 5 364 mètres d’altitude. Un exploit pour cette jeune femme qui a quitté son île natale alors qu’elle était âgée d’à peine 18 ans avec une idée bien précise en tête : parcourir le monde. 

Bharattee Devi UdhinAnimée par une soif insatiable de découverte, elle visite de nombreux pays dont elle apprend les cultures et les religions. Cette soif la conduit à Katmandou. L’idée de se rendre dans cette ville du Népal lui vient alors qu’elle est en exploration en mode « routarde » dans le Nord de la Thaïlande. Cela fait un moment déjà qu’elle rêve d’explorer cette destination, profondément touchée par un violent tremblement de terre en 2015 et tristement connue pour le massacre de la famille royale le 1er juin 2001. 

Quand elle arrive à Katmandou, elle tombe de haut. Le désarroi des habitants est omniprésent. Le séjour de Bharattee est rythmé par un sentiment de profonde tristesse que lui inspire les Népalais vivant dans des conditions précaires, dans des régions hautement polluées et saturées et dont les infrastructures tombent en ruines. Elle savait ce qui l’attendait mais la déception qu’elle ressent dès lors est trop lourde à porter. Elle envisage même de mettre un terme à son périple.  

Mais le destin l’en empêchera. Voulant se rendre au temple de Pashupatinath dans le cadre du Maha Shivaratree, elle fait une rencontre qui changera le cours de son séjour. Elle fait la connaissance d’une Japonaise. Cette dernière se prépare à grimper l’Everest, le point culminant du globe avec ses 8 848 mètres. D’abord, Bharattee se dit que ce n’est pas sa tasse de thé. Comme on dit si bien, la nuit porte conseil. « J’ai cogité toute la nuit… » confie-t-elle.

Le lendemain, elle décide de sauter le pas. Sauf qu’elle n’a aucune expérience en alpinisme. Qu’à cela ne tienne, elle se hâte au point touristique le plus proche pour se renseigner. « J’ai eu droit à des regards réprobateurs et sceptiques, sans doute parce que je fais plus que le poids moyen de ceux qui font ce type d’expéditions habituellement. On m’a dit que c’était impossible pour moi d’y arriver, à moins de payer quelqu’un pour porter mon sac et me guider », raconte-t-elle.  

Déçue, elle retourne à l’hôtel. Mais elle ne baisse pas les bras. Elle continue ses recherches. Puis l’idée s’impose comme une évidence : elle grimpera l’Everest seule, sans guide ni porteur de sacs. « Dès cet instant, j’ai été davantage motivée à prouver que je pouvais le faire. »

12 jours… Top chrono ! 

La Mauricienne a laissé une trace de son passage à l’Everest Base Camp.
La Mauricienne a laissé une trace de son passage à l’Everest Base Camp.

Au bout de trois jours de préparatifs, elle est prête pour sa toute première ascension. Son sac sur le dos, elle entame son périple. Elle décide de ne pas prendre l’avion pour rallier le camp de base de Lukla, ville dotée d’un des aéroports les plus vertigineux et dangereux du monde. Elle choisit l’autre option : se rendre à Salleri en co-voiturage. « La vue sur la route menant de Katmandou à Salleri était à couper le souffle », se remémore-t-elle. Son choix lui permet de découvrir l’authenticité de l’Himalaya, avec ses montagnes, ses rivières et ses forêts. « En arrivant aux fameux ponts suspendus qu’on devait obligatoirement traverser, la peur qui me rongeait durant tout le voyage a laissé la place à l’excitation. J’étais emballée par le simple fait d’être à l’Himalaya », relate-t-elle. 

Bharattee Devi UdhinAu cours de son expédition de 9 heures en co-voiturage jusqu’à Salleri, Bharattee reçoit une invitation d’une Népalaise qui rentre chez elle pour célébrer un événement. « Je me suis laissé convaincre vu que je n’avais pas de contrainte de temps. Je me suis dit autant profiter d’une expérience locale. » Elle découvrira à sa grande surprise qu’elle a été conviée au mariage d’une fille de huit ans avec Bael (un fruit indien), comme le veut la tradition. 

Le jour suivant, elle reprend la route pour Phaplu. En y arrivant, elle commence l’ascension. Direction : le camp de base Ringmu, qui s’élève à 2 500 mètres. « J’étais fière d’être arrivée jusque-là. Je faisais au moins sept heures de randonnée chaque jour. » Le quatrième jour, Bharattee se sent de plus en plus en communion avec l’Himalaya. « Je sentais que les montagnes, les rivières et les forêts me parlaient. J’avais tant de questions auxquelles j’ai pu trouver des réponses durant mon ascension. Je crois en l’adage qui dit que tout arrive pour une raison. Ce parcours m’était destiné », confie-t-elle. 

Bharattee puise aussi sa motivation des belles rencontres qu’elle fait durant son aventure. « J’ai rencontré des personnes transportant 20 kilos sur leur tête et d’autres aux histoires fascinantes grimpant l’Everest sans équipements, sans chaussures et sans veste. Je me disais que j’étais plus chanceuse qu’eux vu que j’étais mieux équipée. Rien que pour cela je n’avais pas le droit d’abandonner. » 

Bharattee croise des personnes aux histoires fascinantes.
Bharattee croise des personnes aux histoires fascinantes.

Le 10e jour, elle arrive au camp de base Lobuche, qui culmine à plus de 4 900 mètres. « La montée devenait de plus en plus dure. Je commençais à ressentir le mal des montagnes. Mais je ne voulais pas abandonner après tant d’efforts. » Sur les conseils de ses proches qui la réconfortent au téléphone et après du repos, Bharattee est requinquée. Elle met alors le cap sur la base de Gorakshep le lendemain. « J’étais si heureuse à l’idée d’être si près du but que je ne pouvais parler à personne. J’attendais juste le rayon de soleil du matin qui allait concrétiser cette expérience de toute une vie. » 

Le 22 mars 2019 est une date à marquer d’une pierre blanche pour Bharattee. Une légère brise souffle. Chaque battement de cœur la rapproche un peu plus de son but. « J’étais à quelques pas de l’Everest Base Camp qui s’élève à 5 364 mètres. Les larmes ont commencé à ruisseler le long de mes joues gelées. En arrivant au camp de base, j’ai pris un grand souffle. J’ai levé la tête. Et je l’ai vu. Le Mont Everest se tenait fièrement devant moi. Tout comme moi… » se souvient-elle. 

La fierté est d’autant plus grande qu’elle se tient devant le sommet du globe en tenant le drapeau de son île natale et celui de l’Irlande, son pays d’adoption. « Une petite voix en moi voulait crier haut et fort que la taille ou le poids importe peu si on veut gravir une montagne. J’en suis la preuve. J’ai choisi d’escalader la plus haute montagne de monde. Tout ce dont on a besoin pour y arriver, c’est un bon état d’esprit et une détermination solide comme un roc. » 

La jeune femme s’est sentie en communion avec l’Himalaya.
La jeune femme s’est sentie en communion avec l’Himalaya.