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Bhadain à Ramgoolam : «Ramenez la pension à Rs 15 555 en 2030, cela ne coûtera que Rs 2 milliards supplémentaires»

Par Christina Vilbrin, Kinsley David
Publié le: 18 July 2026 à 10:12
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Roshi Bhadain était l'invité de Nawaz Noorbux vendredi dans l'émission Au Coeur de l'info.
Roshi Bhadain était l'invité de Nawaz Noorbux vendredi dans l'émission Au Coeur de l'info.

Invité de Nawaz Noorbux dans « Au Cœur de l’Info » ce vendredi 17 juillet, le leader du Reform Party, Roshi Bhadain, lance un appel direct au Premier ministre. Il affirme qu’un retour à une pension de Rs 15 555 dès janvier 2030 est financièrement possible et ne coûterait qu’environ Rs 2 milliards par an. Il estime également que 16 500 personnes ont déjà subi un important préjudice financier.

Son appel à Navin Ramgoolam

« La pension de Rs 15 555 doit être maintenue et le gouvernement a les moyens de le faire. » Tel est le message lancé par Roshi Bhadain au Premier ministre, Navin Ramgoolam. Le leader du Reform Party lui demande de fixer la pension à Rs 15 555 à partir de janvier 2030, au lieu des Rs 13 298 annoncées.

« Selon nos calculs, cela ne coûterait qu’environ Rs 2 milliards par an, soit pour chaque Budget. Cela mettrait fin à tout ce cirque, à cette incompétence, ainsi qu’au stress et à l’anxiété qu’ils ont causés. Et tout le monde sera content », affirme-t-il.
Roshi Bhadain soutient également être en mesure d’étayer ses affirmations. « Je peux démontrer tous les calculs que nous avons effectués. Les personnes qui entourent le Premier ministre l’induisent en erreur. J’ai l’impression qu’il ne comprend pas tous les chiffres », déclare-t-il.

Au passage, il regrette que Navin Ramgoolam ne se soit pas exprimé sur la MBC pour expliquer les raisons de cette réforme des pensions ainsi que ses conséquences pour la population.

De Rs 15 555 en 2025 à Rs 13 298 en 2030

Une perte réelle de Rs 5 000 pour les pensionnés 

  • Montant de la pension avant la réforme des pensions : Rs 15 555 
  • State Age Pension revue :  Rs 13 298 à partir de janvier 2030
Les observations de Roshi Bhadain 

« La pension sera de Rs 13 298 à partir de janvier 2030. Elle sera augmentée de 3,5 %, soit environ Rs 500 par an. Or, avant la réforme, une personne qui atteint 60 ans aurait touché Rs 15 555. Aujourd’hui, on lui annonce qu’en janvier 2030, elle recevra seulement Rs 13 298. Pour moi, cela revient à réduire sa pension. D’ores et déjà, le montant a été diminué de manière drastique », soutient Roshi Bhadain.

Selon lui, il faut surtout « comparer ce qui est comparable ». « On ne peut pas comparer une orange avec une pomme. La perte ne se limite pas à la différence apparente de Rs 2 257 entre Rs 15 555 et Rs 13 298. Il faut plutôt calculer ce que le pensionné aurait dû percevoir en 2030 si la pension de Rs 15 555 avait été maintenue et ajustée en fonction de l’inflation.

Avec une augmentation annuelle de 3,5 %, une pension de Rs 15 555 en 2025 aurait atteint environ Rs 18 700 en 2030. Si on compare ce montant aux Rs 13 298 annoncées, l’écart représente environ Rs 5 000 de moins dans la poche des bénéficiaires. Voilà la véritable perte subie par les pensionnés avec cet ajustement. Regardez comment ce gouvernement est en train de pénaliser les gens », déplore-t-il.

La situation comparée à celle d’un voleur qui rend seulement une partie de ce qu’il a pris

Roshi Bhadain fait une analogie avec l’histoire d’un voleur pour illustrer son point de vue sur les changements apportés à la réforme : « Si un voleur entre chez vous pour vous voler et qu’au moment où vous l’attrapez, il vous dit : « Je vais vous rendre une partie de l’argent que j’ai pris », je ne pense pas que vous allez le remercier. De la même manière, si on vous prive d’une pension qui vous est due et qu’on vous restitue seulement une partie de ce qui vous a été retiré, vous n’allez pas forcément considérer cela comme un geste qui mérite des remerciements », ajoute-t-il.


« Le problème n’est pas la pension, c’est le manque de croissance économique »

La pension universelle est le fruit d'un long combat social, dit Roshi Bhadain. Née dans les années 1930 pour protéger les travailleurs âgés devenus incapables d'exercer un métier pénible, elle a été généralisée en 1958 avant d'être consacrée par le National Pensions Act de 1974. À ses yeux, il ne s’agit pas d'une simple prestation sociale, mais d'un droit fondamental. « Le mot important, c'est « universelle ». Cela signifie que tout le monde y a droit, qu'on soit riche ou pauvre. » Ce principe n'a jamais été remis en cause malgré les crises économiques, les cyclones ou encore la COVID-19. 

Il reproche au gouvernement de ne jamais avoir annoncé son intention de repousser l'âge d'éligibilité. « À aucun moment, durant la campagne, on n'a dit aux Mauriciens qu'on allait repousser la pension à 65 ans. » 

Le leader du Reform Party s'est ensuite attardé sur le financement du système de retraite. Il conteste l'idée selon laquelle la pension de vieillesse serait entièrement financée par l'État, rappelant que salariés et employeurs contribuent déjà à travers la Contribution sociale généralisée (CSG). « Nous contribuons déjà à notre pension. » Il reconnaît cependant que l'ancien gouvernement a commis une erreur en utilisant une partie des recettes de la CSG pour financer différentes allocations sociales, ce qui aurait fragilisé le financement des retraites. 

En revanche, il se montre critique à l'égard du futur dispositif envisagé par le gouvernement, qu'il décrit comme un « NPF 2.0 ». Selon lui, la fusion des anciens fonds de pension avec les nouvelles cotisations aboutira à un fonds de plusieurs centaines de milliards de roupies qui devra être investi sur les marchés financiers. Il y voit un changement de philosophie : « Personne ne peut dire aujourd'hui combien un salarié touchera au moment de sa retraite. Tout dépendra de la manière dont cet argent sera investi. » À ses yeux, « cette évolution fait passer le système d'un droit garanti à un mécanisme soumis aux performances des investissements ».

Revenant sur une vidéo relayée sur les réseaux sociaux, dans laquelle il évoquait lorsqu'il était au gouvernement un relèvement de l'âge de la pension à 65 ans, Roshi Bhadain affirme que cette séquence a été sortie de son contexte. « Cette vidéo a été coupée. Nous avons porté plainte à la police et auprès de l'ICTA. » Selon lui, son intervention ne défendait pas un recul de l'âge de la retraite, mais insistait sur la nécessité de gérer les finances publiques avec rigueur afin de financer une hausse de la pension, alors passée de Rs 6 700 à Rs 10 000. « Ce que je disais, c'est qu'il fallait gérer l'économie de manière responsable pour pouvoir financer cette hausse, et c'est ce que nous avons fait. »

Il reconnaît par ailleurs que le précédent gouvernement a largement utilisé la pension comme argument électoral. « Je suis d'accord que le MSM s'est servi de la pension pour gagner les élections. » Mais, selon lui, cela ne justifie pas la réforme actuelle. Il appelle le gouvernement à revoir certains arbitrages budgétaires. « Quand on trouve des centaines de millions pour la State House ou pour d'autres projets, on ne peut pas ensuite dire qu'il n'y a plus d'argent pour les pensions. » 

Augmenter le PIB au lieu de réduire la pension 

Pour Roshi Bhadain, le véritable problème n'est pas le niveau des pensions, mais la capacité du pays à créer davantage de richesse. Il rejette l'argument selon lequel Maurice consacrerait une part excessive de son PIB aux retraites, rappelant que ce ratio avoisine 7,5 %, contre plus de 10 % en Allemagne, 12 % en Espagne et près de 15 % en France ou en Italie.

« Le problème n'est pas la pension, c'est le manque de croissance économique. » Il défend ainsi une stratégie axée sur le développement du tourisme d'affaires, la création d'un grand centre international de conférences, l'organisation d'événements internationaux et le recours à davantage de travailleurs étrangers afin d'élargir la population active et stimuler le PIB. « On ne réduit pas le ratio des pensions en coupant les pensions. On le réduit en augmentant le PIB. »

Il estime également que la polémique autour des montants annoncés dans le Budget pourrait être rapidement réglée. Selon lui, le gouvernement n'aurait qu'à garantir le versement de Rs 15 555 en janvier 2030, plutôt que les Rs 13 298 actuellement prévues. « Qu'ils mettent Rs 15 555 au lieu de Rs 13 298. Cela coûterait seulement Rs 1,8 milliard de plus. Pourquoi faire souffrir autant de personnes pour un montant pareil ? Tout cela crée un stress énorme. » Il demande au Premier ministre de mettre fin aux inquiétudes des futurs retraités.

« Les alliances ne sont pas durables pour le pays »

Au-delà du débat sur les pensions, le leader du Reform Party élargit sa réflexion à la gouvernance du pays. Il plaide pour une mobilisation des compétences plutôt que des appartenances partisanes. « Quand on coupe la pension, on ne coupe pas la pension des électeurs du MSM, du PTr, du PMSD ou du Reform Party. On coupe la pension de tous les Mauriciens. » 

Il compare sa vision à celle d'une sélection nationale réunissant les meilleures compétences au service du pays. « Le Reform Party propose une sélection nationale. L'objectif n'est pas de gagner une élection, mais de sauver le pays. » Pour lui, « les alliances permettent peut-être de gagner des élections, mais elles ne sont pas toujours durables pour gouverner un pays ».

Sa conclusion résume sa vision de la réforme : « On ne réforme pas une pension en coupant un droit, mais en développant l'économie. »


16 500 bénéficiaires privés de leur pension à 60 ans 

Un préjudice financier estimé à Rs 3,79 milliards

Ils auraient dû commencer à percevoir leur pension à l’âge de 60 ans. Toutefois, avec la première réforme, ces bénéficiaires devront attendre d’avoir 61 ans avant de toucher leur pension complète. Selon les estimations de Roshi Bhadain, qui s’appuie sur les données de Statistics Mauritius, environ 16 500 personnes seraient concernées par cette situation.

  • Le nombre de personnes concernées : 16 500 personnes 
  • La période concernée : Du 1er septembre 2025 au 31 décembre 2026
  • Quand toucheront-elles leur pension complète ? : En janvier 2027, elles toucheront une pension complète de Rs 15 555.

L’estimation du manque à gagner pour les pensionnés : Selon Roshi Bhadain, la perte financière varie selon la date à laquelle chaque bénéficiaire aurait dû commencer à percevoir sa pension. Certains auraient été privés de 16 mois de pension, d’autres de 15, 14, et ainsi de suite. « D’après nos calculs, le gouvernement les a privés de Rs 3,79 milliards. C’est extrêmement grave. C’est ce qu’on appelle un vol. Je ne vois pas d’autre mot », martèle Roshi Bhadain. Il ajoute : « Ashok Subron affirme que la pension a été rétablie à l’âge de 60 ans, mais ce n’est pas le cas pour ces 16 500 personnes ».

Les quatre aspects sur lesquels le gouvernement a reculé, selon Bhadain 

1 Le retrait du means test

Après le tollé provoqué par le means test, qui devait toucher tous les pensionnés, quel que soit leur âge, et réduire leur pension en fonction de leurs revenus, le gouvernement a rectifié le tir deux jours plus tard. Le Premier ministre a annoncé le gel et ensuite le retrait complet du means test. « C’était un système de ciblage encore pire que celui de l’année dernière. Ti pe pran disel pima fort pe frot lor dimal-la », souligne Roshi Bhadain.

2 La révision du montant de la SAP 

Le Budget prévoyait une State Age Pension de Rs 11 589 pour une personne atteignant 60 ans. Aujourd’hui, le gouvernement parle d’une période de transition et annonce désormais un montant de Rs 13 298 à partir de janvier 2030, après cette période de transition. « Mais, là aussi, il s’agit d’une réduction de la pension », fait ressortir Roshi Bhadain.

3 Une Indexation Allowance 

Le gouvernement a mis une Indexation Allowance de 3,5 %, soit environ Rs 500 par an.

4 Le National Pension and Provident Fund retiré du Finance Bill

Le National Pension and Provident Fund a été retiré du Finance Bill. « C’est un gros scandale. Le gouvernement a annoncé que cette mesure serait présentée plus tard dans un projet de loi, après des consultations », souligne Roshi Bhadain.


Ces 2 aberrations déplorées 

1 Selon Roshi Bhadain, une personne qui atteint l’âge de 60 ans le 31 août 2026 ne reçoit aucune pension et doit attendre janvier 2027 pour en bénéficier. En revanche, une personne qui atteint 60 ans un jour après, soit le 1er septembre 2026, percevra Rs 14 490. « Zot inn tom lor zot latet. Ils font des choses de façon irréfléchie », déplore-t-il.

2 Un homme condamné à 23 ans de prison pour avoir tué son épouse de plusieurs coups de couteau coûte à l’État environ Rs 1 000 par jour, soit Rs 365 000 par an. Sur une peine de 23 ans, cela représente environ Rs 8 millions prélevées sur l’argent du contribuable. Si le means test n’avait pas été enlevé, cette personne aurait eu droit à une pension complète à sa sortie de prison car il n’a aucun revenu vu qu’il n’a pas travaillé. En revanche, un retraité de la Fonction publique, un planteur, un marchand de légumes, un marchand de dholl puri, entre autres, verra sa pension être réduite avec le système de means test.


Bhadain prêt à défendre les sexagénaires privés de pension complète

Roshi Bhadain estime que les personnes ayant atteint l’âge de 60 ans depuis septembre 2025 et qui se retrouvent privées de pension complète jusqu’à janvier 2027 pourraient contester cette situation en justice. Il affirme être disposé à les défendre devant la Cour. Il rappelle également que le litige relatif à la première réforme des pensions sera appelé devant la justice les 14 et 30 septembre. 


Bhadain accuse Subron de « cacher la réalité »

« Il suffit de regarder son langage corporel : Ashok Subron était embarrassé quand il s’est exprimé sur les ondes de Radio Plus lundi dernier. Il sait que ce qu’il dit n’est pas exact, il essaie de cacher la réalité. Ce qui est caché, c’est l’argent que ces personnes ont perdu. Ceux qui ont eu 60 ans l’année dernière n’ont pas reçu leur pension. C’est cette réalité qu’on ne dit pas aux Mauriciens », affirme Roshi Bhadain. 

Le taux d’indexation de 3,5 % sur l’inflation ne reflète pas la réalité

Concernant le taux d’inflation de 3,5 % sur lequel la pension sera ajustée à partir de 2029, Roshi Bhadain estime qu’il n’est pas nécessaire d’avoir une boule de cristal pour savoir que ce chiffre ne reflète pas la réalité. « On vient dire qu’un produit vendu à Rs 100 coûterait Rs 103,50 si l’on se base sur le taux d’inflation de 3,5 %. C’est faux. Il suffit d’aller dans les boutiques pour constater que les prix augmentent et ont presque doublé sur certains produits », déplore-t-il. Présenter un taux d’inflation de 3,5 % par an revient en réalité à projeter une augmentation d’environ Rs 500. Selon lui, il aurait été plus simple d’annoncer directement une augmentation de Rs 500. « Pe zet lafime dan lizie sa », ajoute-t-il.

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