Bérenger : « Nous espérons que d’ici lundi une solution sera trouvée »
Par
Sharone Samy
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Sharone Samy
Paul Bérenger a confirmé, samedi, qu’il existait « une possibilité » qu’il ne siège plus au Conseil des ministres. À peine deux mois après une première crise, l’Alliance du Changement en traverse une nouvelle.
Samedi 10 janvier, à l’issue du Comité central du Mouvement militant mauricien (MMM) tenu à la salle municipale de Beau-Bassin/Rose-Hill, le leader Paul Bérenger a confirmé, face à la presse, qu’il existait « une possibilité » qu’il ne siège plus au Conseil des ministres. Une déclaration qui relance les spéculations sur l’avenir de l’alliance gouvernementale, à peine deux mois après une première crise.
Le Premier ministre adjoint a d’abord démenti certaines rumeurs. « Ce n’est pas vrai. Je n’ai pas dit ça », a-t-il précisé, réfutant avoir annoncé lors du Conseil des ministres de la veille qu’il s’agissait de sa dernière réunion au Cabinet. « Mais c’est une possibilité que je ne sois plus au Conseil des ministres », a-t-il immédiatement ajouté.
Cette crise n’est pas la première. Le 15 novembre 2025, soit à peine un an après la victoire magistrale de l’Alliance du Changement aux élections législatives de 2024, le leader du MMM était déjà à deux doigts de quitter le gouvernement. En cause : des désaccords persistants et un sentiment d’inaction sur plusieurs dossiers jugés prioritaires, notamment le maintien de l’ordre, la lutte contre la drogue, certaines nominations stratégiques et le dossier Air Mauritius. Une rencontre de dernière minute avec le Premier ministre Navin Ramgoolam avait alors permis de désamorcer la crise.
Dans son discours de fin d’année, le 26 décembre dernier, Paul Bérenger avait affirmé que l’année 2026 serait décisive pour l’alliance gouvernementale. Les mêmes tensions semblent aujourd’hui refaire surface, malgré les rencontres successives entre le Premier ministre et son adjoint.
Ces derniers jours, les contacts se sont multipliés entre les deux hommes. « J’ai rencontré Navin Ramgoolam à plusieurs reprises depuis la semaine dernière. Je lui ai fait une proposition dans l’intérêt du pays avant tout, et non pas du parti », a révélé Paul Bérenger samedi. Cette proposition a également été présentée à la direction du MMM.
Son contenu demeure toutefois secret. « La direction est au courant dans le détail de la proposition faite au Premier ministre. Toutefois, par respect pour le chef du gouvernement et la démocratie gouvernementale, nous ne souhaitons pas la dévoiler, même au sein du Comité central », a-t-il expliqué. Le Comité central a ainsi été informé de la démarche sans débat sur le fond.
« Je souhaite que la proposition que j’ai faite au Premier ministre, et les suggestions que nous avons faites pour résoudre les problèmes actuels, aboutissent et que l’alliance gouvernementale prenne un nouveau départ », a déclaré le leader mauve.
Paul Bérenger a insisté sur le fait qu’il ne cherchait pas à mettre une pression excessive sur le Premier ministre. « Je ne suis pas en train de le bousculer », a-t-il affirmé. « Qu’il prenne son temps et qu’ensuite nous ayons plus de liberté pour parler », a-t-il ajouté.
Mais dans le même temps, il a annoncé un calendrier précis. « Lundi, nous allons nous réunir pour la réunion du bureau politique du MMM hebdomadaire et si nécessaire, nous appellerons une nouvelle réunion du Comité central, mardi ou mercredi », a-t-il précisé. « Nous espérons que cela ne sera pas nécessaire, nou swete ki durant le week-end e ziska Lindi nou ariv a enn solision a lavantaz l’Alliance du Changement e dan lavantaz du pays. »
Le dialogue reste ouvert entre les deux hommes, mais la question de la place de Paul Bérenger au sein du Conseil des ministres demeure entière. Comme de nombreux observateurs politiques l’avaient prédit, la scène politique mauricienne connaît un tournant. Réponse attendue ce lundi 12 janvier.
La proposition soumise par Paul Bérenger au Premier ministre concernerait, selon nos recoupements, le ministère des Finances, actuellement assumé par Navin Ramgoolam lui-même. Le leader du MMM en a évoqué les contours, vendredi, lors de la première réunion du bureau politique de son parti, tenue en fin d’après-midi à la rue Ambrose, à Rose-Hill, sans en dévoiler tous les détails.
Paul Bérenger a souligné que le Premier ministre avait pris la responsabilité des Finances « avec beaucoup de courage » dans une période particulièrement difficile et qu’il avait porté un Budget qualifié de difficile. Néanmoins, selon lui, le moment serait désormais venu pour que le pays dispose d’un ministre des Finances « full-fledged », c’est-à-dire pleinement dédié à ce portefeuille, afin de permettre à Navin Ramgoolam de se concentrer sur d’autres dossiers tout aussi importants.
Le Premier ministre adjoint aurait toutefois pris soin de préciser qu’il n’avait posé aucun ultimatum dans le cadre de cette proposition.