Bérenger évoque des «décisions difficiles» après le 12 mars

Par Le Dimanche /L' Hebdo
Publié le: 8 mars 2026 à 10:30
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Situation économique « très grave », dysfonctionnements à la Tourism Authority et zones d’ombre au PMO : Paul Bérenger dresse un constat sans concession et fixe un rendez-vous à l’issue de la Fête nationale.

Il y avait, le samedi 7 mars, de l’exaspération dans la voix de Paul Bérenger. Le Deputy Prime Minister et leader du Mouvement militant mauricien (MMM) tenait sa conférence de presse à l’issue de la réunion du comité central du parti. Mais le numéro deux du gouvernement n’avait visiblement pas l’intention de se cantonner aux formules convenues.

En une trentaine de minutes, il a dressé un tableau sombre de la situation du pays, mis en cause un ministre de la coalition, évoqué - à nouveau - un « gang » autour du bureau du Premier ministre et annoncé des « décisions difficiles » pour les jours à venir. Avec, en filigrane, une contrainte qu’il a lui-même posée : attendre le 14 mars.

C’est par la situation internationale que Paul Bérenger a ouvert sa conférence de presse, sur un registre alarmiste. La guerre au Moyen-Orient et ses répercussions économiques mondiales font peser, selon lui, une menace directe sur les finances publiques mauriciennes, notamment sur les dix milliards de roupies espérées du prochain budget. Il a identifié deux risques concrets : un éventuel downgrading par l’agence Moody’s dans un contexte qu’il qualifie d’économiquement « très grave », et un risque de « blacklisting » par le Financial Action Task Force et l’Eastern and Southern Africa Anti-Money Laundering Group. Des mots lourds de conséquences pour une économie aussi ouverte que celle de l’île Maurice.

« Mo pe manz mo kou »

C’est ensuite sur la situation interne que le ton s’est durci. « Mo pe manz mo kou… mais là, enough is enough », a lancé Paul Bérenger devant les journalistes. Sans désigner nommément ses cibles, il a laissé transparaître un agacement profond face à certaines décisions prises au sein même de la majorité.

Mais il s’est imposé une limite : pas de vagues politiques avant le 12 mars. Le président de la République des Seychelles, Patrick Herminie, effectue, en effet, une visite d’État à Maurice du 11 au 14 mars, à l’occasion des célébrations de la Fête nationale dont il est l’invité d’honneur. « Donk, apre le 12 mars pou ena bann desizion difisil pou pran ek mo pou ena boukou kitsoz pou dir ki mo pa pe kapav dir akoz mo dan gouvernman », a-t-il déclaré, résumant ainsi sa position.

Les Chagos : l’accord piétine

Sur le dossier des Chagos, le leader du MMM s’est attaché à corriger ce qu’il considère comme une mauvaise interprétation de la part de conservateurs britanniques. Ceux-ci auraient cru comprendre, à la lecture de déclarations du Premier ministre mauricien évoquant des « legal avenues », que Maurice envisageait de poursuivre le Royaume-Uni devant les tribunaux. « En termes d’options légales, nous réfléchissons à une autre consultation avec la Cour internationale de justice ou le tribunal des droits de la mer. Il est regrettable que certains conservateurs déforment cette information pour dire que nous envisageons de poursuivre l’Angleterre. Ce n’est nullement le cas », a-t-il précisé.

Reste que le dossier piétine. L’accord reconnaissant la souveraineté mauricienne sur l’archipel a été conclu, mais sa ratification par la House of Lords se fait toujours attendre. « Nou dan enn bez », a-t-il reconnu, sans chercher à masquer l’inquiétude qui prévaut au sein du gouvernement face à ces délais qui s’allongent.

Le port, la réforme électorale, la drogue

Paul Bérenger a également évoqué d’autres dossiers en suspens. Sur le port, il a parlé d’une situation de « vie ou de mort » : plusieurs recommandations auraient été avalisées en Conseil des ministres, et des consultations seraient prochainement lancées. Sur la réforme électorale, un Cabinet Paper aurait été rediscuté, laissant entendre que le dossier pourrait revenir sur la table dans les prochains mois. Sur la lutte contre la drogue, un nouveau chef a été nommé à l’Anti-Drug and Smuggling Unit, et des développements seraient attendus prochainement du côté de la National Agency for Drug Control.

Tourism Authority : « Un bazar »

Mais c’est la gestion de la Mauritius Tourism Authority (MTA) qui a concentré les critiques les plus directes. Paul Bérenger a décrit la situation comme un « bazar », ciblant ouvertement le ministre du Tourisme Richard Duval. L’affaire est complexe : quatre personnes devaient initialement être démises de leurs fonctions, mais le Premier ministre aurait finalement décidé de rappeler trois des lettres de révocation, à l’exception de celle concernant José Arunasalom, dont la suspension à la présidence de la MTA a suscité des interrogations, des allégations de harcèlement ayant été évoquées à son encontre. Après vérification, il s’agirait toutefois d’une simple « precautionary measure », en attendant les conclusions d’une enquête.

« Les nominations faites par le ministre du Tourisme interrogent. Comment peut-on suspendre quatre personnes pour ensuite les reprendre sans remettre en question la position du président de la MTA ? » a demandé le numéro 2 du gouvernement. Il a précisé avoir alerté Navin Ramgoolam sur le sujet. « J’en ai parlé au Premier ministre et il y a une investigation en cours. »

Quant à la nomination de Megh Pillay au Board d’Air Mauritius, Paul Bérenger a reconnu qu’elle ne saurait, à elle seule, redresser immédiatement la situation.

Un « gang » autour du Premier ministre ?

D’autre part, Paul Bérenger a rappelé ses préoccupations concernant l’existence d’un « gang » gravitant autour du bureau du Premier ministre, et dit vouloir éviter que cette situation ne prenne une tournure plus grave. Il n’a pas développé davantage, cohérent avec sa ligne du jour : attendre la fin de la Fête nationale.

Le bureau politique du MMM se réunira le 16 mars pour déterminer la position du parti. Et Paul Bérenger a conclu sur la formule suivante : « Ariv seki ariv, nou pou dan Parlman. »

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