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À Baie-du-Tombeau : une veuve et deux handicapés sans le sou

Marie, dont le défunt époux était marin, ne pensait pas qu’un jour elle se retrouverait dans une situation aussi critique. Non seulement elle n’a pas les moyens de joindre les deux bouts, elle a également à sa charge deux personnes souffrant de handicap. Tous vivent dans une maison délabrée. Elle est à bout…

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Joseph-Claude Alexis, son défunt mari, a travaillé pendant des années comme marin.

Des feuilles de tôle cachent la demeure de Marie Morning Godefrey. Nous sommes à Baie-du-Tombeau, rue Coquillage. Si le nom de cette ruelle fait penser à un endroit idyllique, tel n’est pas le cas pour une famille qui y habite. Une seule pièce de la maison est en dur sous tôle, même si le toit est pourri. Les autres pièces sont inachevées. Dans la pièce qui leur sert de cuisine, un prélart tient tant bien que mal et les protège du soleil. Des draps ont été attachés pour, ici et là, agir comme partitions. Les occupants de cette maison prennent leur bain en plein air. Ici, pas de douche, un petit robinet et un seau sont les seuls équipements de fortune. Les toilettes ne sont pas loin. En haut, pas de toit. « Nous avons pu mettre les murs en tôle, mais nous n’avons plus d’argent pour compléter la maison », explique Marie, 58 ans.

Cette dernière est veuve depuis 13 ans. Son mari, Joseph Claude Alexis, travaillait comme marin. Il est mort, laissant derrière une famille dévastée et sans le sou. « Depuis les années 70, il travaillait comme marin. C’était un homme qui aimait son métier. Il s’y donnait corps et âme, puis un jour il est tombé malade. Je me suis occupée de lui jusqu’à ses derniers jours. Malheureusement, il n’a eu aucune reconnaissance de ses anciens employeurs ».

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Marie doit également s'occuper de sa fille et son petit-fils.

« Aucune compensation, malgré toutes ces années de travail. Il avait souscrit à une assurance, quand je vais les voir ils m’envoient balader. Sur le compte bancaire de mon mari, je ne vois qu’une somme de Rs 300 000 qui a été créditée puis débitée le même jour en 2013, alors que mon mari était déjà mort.  Mais quand je demande des explications, on me dit que je ne peux rencontrer personne à la banque. Quand j’essaie de me renseigner pour savoir si, en tant que veuve, je devrais toucher une pension, on se moque de moi. À la Sécurité sociale, je me fais insulter. Kan ou pa konn lir zot tret ou kuma zanimo. Zot boufonn mwa. Zot dir mwa ‘Mwa ki boss ou pa pu kapav fer nanie », raconte-t-elle en larmes.

Aujourd’hui, elle veut se battre pour connaître la vérité, car elle est convaincue qu’elle a été bernée. « Je pense que quelqu’un, quelque part, a touché l’argent qui devait revenir à mon mari. Aujourd’hui, mes enfants me le reprochent».

Un vrai fourre-tout

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Marie explique sa situation
en larmes.

Tout cela a fait qu’aujourd’hui elle a très peu de revenus pour vivre. Les aînés n’habitent plus avec elle. Elle a aujourd’hui à sa charge sa fille de 38 ans et son petit-enfant. Les deux souffrent d’un handicap. « Ma fille souffre d’une déficience mentale et un jour une personne a abusé d’elle. Elle s’est retrouvée enceinte. J’avais d’abord pensé déposer son enfant dans un centre puis la CDU m’a convaincue de m’occuper de lui. Lui aussi souffre d’un handicap. Il fréquente une école spécialisée. Aujourd’hui, il commence à avoir des problèmes de vue. Malgré mes problèmes personnels, je dois aussi subvenir à leurs besoins ».

Elle nous montre avec tristesse l’état de sa maison. La seule pièce convenable est un fourre-tout. Elle sert de chambre (deux lits y sont entassés). Il n’y a pas d’armoire, les vêtements sont empilés dans un coin de la pièce. Marie explique que, même si elle souhaite travailler, elle ne peut le faire, car elle doit rester avec sa fille en permanence.

« Je me fais du souci pour eux ». Cette famille s’est également fait cambrioler à plusieurs reprises. « Nous n’avons pas de mur et les personnes mal intentionnées en profitent pour nous voler. Elles sont sans pitié. La situation est urgente, car nous sommes en danger ». Elle compte sur le soutien d’âmes charitables pour lui venir en aide.