Babita Thannoo : «Le cancer touche mon corps, mais pas mes convictions»
Par
Azeem Khodabux
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Azeem Khodabux
Quand la maladie frappe, certaines personnes se replient sur elles-mêmes. Babita Thannoo, elle, a choisi un autre chemin : transformer son combat personnel en une nouvelle bataille pour la vie. Atteinte d’un cancer du sein, la députée poursuit son engagement malgré les séances de chimiothérapie, la fatigue et les effets secondaires. Depuis son domicile, elle continue à suivre les dossiers de ses mandants, à porter ses convictions et à défendre les causes qui lui sont chères. Dans cette épreuve qui bouleverse le corps, mais pas l’esprit, elle livre un témoignage marqué par la résilience et la lucidité, ainsi qu’un message fort : « Tant qu’il y a la vie, il y a de l’espoir. »
Le diagnostic d’un cancer du sein représente toujours un moment suspendu dans une vie. Pour Babita Thannoo, l’annonce de la maladie n’a pas provoqué de panique, mais plutôt une réflexion profonde sur son parcours, ses combats et la manière dont elle allait continuer à avancer. « J’ai accueilli cette annonce avec calme. La maladie se soigne et je remercie tout le personnel du National Cancer Centre (NCC) qui me procure les soins nécessaires malgré les difficultés auxquelles ils font face quotidiennement », confie-t-elle. Cette épreuve a également conforté ses convictions en matière de santé publique. À ses yeux, ce combat dépasse sa propre personne. Elle estime qu’il faut s’interroger sur les causes profondes de l’augmentation des maladies dans la société et sur les choix collectifs qui influencent la santé de la population.
Dès les premiers jours suivant son diagnostic, une question essentielle s’est imposée à elle : comment continuer à être présente pour les habitants de sa circonscription ? Pour Babita Thannoo, la maladie ne pouvait pas interrompre la mission qu’elle s’était fixée. « Mon premier réflexe a été de réfléchir à comment continuer le travail dans la circonscription et les combats. Le combat continue malgré tout », explique-t-elle.
Même si les traitements l’obligent à adapter son rythme de vie, elle reste connectée aux réalités du terrain. Depuis son domicile, elle examine les demandes reçues, échange avec les administrations et cherche des solutions aux problèmes soulevés par les citoyens. « Je révise les demandes et les requêtes que je reçois. Je communique avec les instances par email ou téléphone pour faire avancer les demandes justes », raconte-t-elle. Les outils numériques jouent désormais un rôle essentiel dans cette nouvelle organisation. Les applications de messagerie et les échanges à distance lui permettent de maintenir le lien avec ses collaborateurs, ses sympathisants et les habitants qui continuent à la solliciter.
Le parcours de chimiothérapie impose une nouvelle réalité à Babita Thannoo. Ses journées s’organisent désormais autour des traitements, des périodes de récupération et des moments où le corps rappelle les limites qu’il faut respecter. Pourtant, même dans les instants les plus difficiles, elle refuse de laisser la maladie prendre le dessus sur son engagement et ses convictions.
Après chaque séance, la fatigue peut être importante. Certains jours, l’énergie manque, le corps devient plus fragile et les effets secondaires rendent le quotidien plus compliqué. Mais, pour elle, ces moments difficiles ne sont qu’une étape dans un combat plus large. « Il y a des jours où on n’a plus de force physique, surtout après les séances de chimiothérapie. Mais ce n’est que passager et dès qu’on reprend des forces, on essaie de faire de notre mieux », indique-t-elle avec détermination.
À l’approche de la fin de ce cycle de traitement, Babita Thannoo préfère rester prudente. Elle avance avec espoir, mais aussi avec réalisme, consciente que chaque étape doit être validée médicalement. « Je ne sais pas si ce sera ma dernière séance. J’attends un diagnostic complet du médecin traitant », précise-t-elle.
Cette incertitude ne diminue pas sa volonté. Elle poursuit son chemin avec la force intérieure qui l’accompagne depuis le début. Parmi les effets secondaires les plus difficiles à supporter figurent notamment la mucite buccale et les problèmes intestinaux. Peu visibles de l’extérieur, ces troubles constituent néanmoins une véritable épreuve quotidienne pour les patients.
Dans ce combat contre la maladie, Babita Thannoo reconnaît l’importance du soutien de ses proches. Derrière chaque patient atteint d’un cancer, il y a aussi une famille qui accompagne, rassure et partage les moments difficiles. « Ils me soutiennent à 100 %. Ils sont toujours à mes côtés. Grâce à eux, je peux mener mon combat au quotidien », confie-t-elle avec émotion.
Cette présence lui apporte une force supplémentaire. Dans les moments de fatigue ou d’incertitude, savoir qu’elle est entourée lui permet de continuer à avancer. Pour elle, la maladie rappelle aussi l’importance des liens humains et de la solidarité.
Si elle affirme ne pas avoir traversé de véritables périodes de découragement, son regard se tourne également vers les autres personnes qui vivent cette épreuve, ainsi que vers le personnel médical qui les accompagne. Elle tient notamment à saluer le travail des équipes du National Cancer Centre, confrontées, selon elle, à de nombreux défis. « Je sympathise avec tout le personnel du NCC qui souffre de manquements importants en termes de personnel et d’équipements, ce qui impacte énormément leur santé mentale et physique », souligne-t-elle.
L’hôpital est souvent associé à la peur, à l’inquiétude et à la souffrance. Mais, pour Babita Thannoo, cet environnement lui a aussi permis de découvrir une autre dimension de l’être humain : la solidarité dans l’épreuve. Les rencontres avec d’autres patients lui ont appris la patience, l’empathie et la capacité à garder espoir malgré les difficultés. Derrière chaque chambre, chaque traitement et chaque attente, elle a découvert des histoires de courage.
« J’ai appris l’empathie, la résilience, la beauté de l’âme humaine enfermée entre quatre murs mais qui prie pour chaque être qui souffre. J’ai découvert la sérénité de vouloir survivre dans un univers difficile malgré tout », raconte-t-elle.
Cette expérience a renforcé sa conviction que la vie doit être vécue pleinement. Pour elle, la maladie n’a pas changé ses priorités. Elle reste fidèle aux valeurs qui ont toujours guidé son engagement : défendre les citoyens, protéger l’environnement et chercher des solutions aux problèmes de société. « Ma priorité a toujours été de vivre pleinement mes valeurs, mon combat et ma vision. Je continue de le faire », affirme-t-elle.
En choisissant de parler ouvertement de son cancer, Babita Thannoo souhaite envoyer un message aux Mauriciens. Pour elle, une personnalité publique ne doit pas seulement partager ses réussites, mais aussi évoquer ses moments de vulnérabilité lorsque cela peut aider les autres. Son témoignage vise notamment à encourager les femmes à se soumettre régulièrement au dépistage du cancer du sein. « Faites-le, s’il vous plaît. Il faut prendre les devants et faire des dépistages réguliers », insiste-t-elle.
Son message est simple : ne pas attendre, ne pas ignorer les signes et prendre soin de sa santé. Un diagnostic précoce peut accroître les chances de guérison. Pour elle, cette bataille dépasse son propre parcours. Elle veut également attirer l’attention sur les questions liées à la santé publique et aux choix de société qui influencent la vie quotidienne des citoyens.
La phrase « Tant qu’il y a la vie, il y a de l’espoir » prend aujourd’hui une dimension particulière pour Babita Thannoo. Elle ne la voit pas comme une simple formule, mais comme une philosophie de vie. « La vie, c’est l’espoir. Mais il faut protéger la vie, surtout celle des femmes, car elles portent le futur », explique-t-elle.
Son combat politique reste ainsi lié à ses convictions environnementales et sociales. Même pendant son traitement, elle garde en tête les projets qu’elle souhaite continuer à défendre : promouvoir l’agroécologie, soutenir l’emploi des femmes et s’attaquer aux défis du système éducatif public. Pour elle, la santé humaine doit être au centre de toutes les décisions. « Notre combat pour la vie est celui de chaque Mauricien et de chaque Mauricienne », affirme-t-elle.
Aujourd’hui, Babita Thannoo avance étape par étape. La maladie fait partie de son histoire, mais elle ne résume pas son identité. Elle reste une femme engagée, une députée déterminée et une voix qui souhaite transformer une épreuve personnelle en message d’espoir pour les autres.
Son parcours rappelle une vérité essentielle : le courage ne signifie pas ne jamais avoir peur ni ne jamais souffrir. Il consiste à continuer d’avancer malgré les difficultés, avec la conviction que chaque jour gagné représente déjà une victoire. Pour Babita Thannoo, cette victoire porte un nom : l’espoir.