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Ayant plusieurs cordes À son arc : Hossen Namooya, un papi ancré dans son temps

Devant son ordinateur, Hossen réalise les illustrations pour ses livres et crée ses tutos.

À 70 ans, Hossen Namooya revit une deuxième jeunesse, en phase totale avec son temps. Avec l’écriture, le tir à l’arc, la création de tutos sans oublier son piano électrique, l’ex-instituteur sait combler son temps.

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Quand on aime la musique en général, on a toujours 20 ans, affirme un dicton. Aussi, il ne faut pas compter sur Hossen pour jouer aux papis gâteux. Certes, il adore ses quatre petits-enfants, leur dédie du temps et veille de près à leur développement, mais il se consacre du temps pour lui-même afin de maintenir une bonne santé et surtout toute sa lucidité.

« En fait, je fais aussi tout cela pour rester auprès de ma famille le plus longtemps possible. L’argent compte, mais il n’est pas central dans ma vie. C’est ma famille qui compte pour moi », dit Hossen, domicilié à Plaine-Verte, père de trois enfants, et le dernier d’une fratrie de 14 enfants. Même s’il se dit ‘well-off’ aujourd’hui, il n’a pas oublié ses jours de collège en Form 3, où il lui fallait aller casser les cranes de bœuf à Carreau Lalos pour aider ses parents à acheter les matériaux scolaires. 

28 années dans le primaire

« Mon père, qui était boucher, était tombé malade, il fallait que je l’aide. On est même allé ramasser de la vieille ferraille », se souvient-il. Mais qu’à cela ne tienne : au collège Islamic, où il est bon élève, il y ressort avec six credits au SC et s’inscrit au Teachers Training College à la fin de ses études secondaires.

Durant sa carrière de 28 années dans le primaire, il sera affecté dans 28 écoles, en majeure partie dans le Nord. Mais vers l’âge de 40 ans, il commence à souffrir de sa gorge et quelques années plus tard, après une opération, il met fin à sa carrière. Il s’installe alors au Kadhafi Square où il ouvre un petit commerce de sous-traitance de gravures sur vitres. 

L’entreprise fera bien sa fortune, mais comme il n’a pas le sens du business, elle ne fera pas long feu. « J’étais mauvais gestionnaire, ce n’était pas fait pour moi, il me fallait me rendre à l’évidence. Mais je me suis aussi rendu compte que l’argent peut aussi détruire la famille », avoue-t-il.

Jardin secret

Au deuxième étage de la maison familiale, Hossen a installé son jardin secret dans lequel voisinent son ordinateur, son piano électrique et surtout son espace de création, où il a fabriqué des petits jeux de lumière. C’est ici qu’il donne libre cours à son imagination, où il puise parfois dans ses souvenirs. « Ici, j’ai écrit mon dernier livre ‘Si mo ti kone’ et j’ai réalisé les illustrations à l’aide de mon ordinateur.  Dans les prochains mois, je vais créer une série de manuels illustrés pour enfants où il sera question de conseils et de valeurs universelles. Ce sera une manière d’encourager la lecture chez les gosses et de rester auprès d’eux, à un moment où certains parents se ‘débarrassent’ d’eux en leur offrant des portables et les couvrent de cadeaux numériques. La rupture entre les générations est au niveau de la communication. Il faut trouver le juste équilibre pour qu’elle passe », confie-t-il. Même si son frère aîné vit dans la même cour, c’est à lui qu’incombe la responsabilité de ‘role-model’ dans la famille. « C’est un challenge que j’assume avec humilité, en mettant l'accent sur les valeurs de solidarité et spirituelles. C’est pour y arriver que j’essaie d’être exemplaire à tous les niveaux. Mais c’est un bonheur d’être à quatre générations dans cette cour.  J’essaie de transmettre les valeurs de ma génération à travers les outils de communication modernes », dit-il.

Un tricycle  ‘eco-friendly’

Depuis maintenant deux ans, Hossen travaille à la mise au point d’un tricycle ‘eco-friendly’ dans sa cour. Il n’attend que des pièces en provenance de Turquie par DHL pour finaliser cet engin monté sur une vieille mobylette de récupération. « Il marchera en alternance à l’électricité et à l’énergie solaire et éolienne. Comme tel, je n’aurais pas besoin de permis. C’est pratique et facile à garer. Il me permettra de circuler facilement à Port-Louis », sourit-il, se réjouissant à l’idée que ce sera une première à Maurice. Même si c’est l’idée du bricoleur qu’il est, la fabrication du tricycle lui a tout de même coûté la coquette somme de Rs 200 000.

Claviériste au Sweet Sensation

Dans les années 70, alors qu’il est enseignant, il croise le chemin de Philippe Ohsan, alors directeur de la Police Band. C’est ce dernier qui l’orientera vers la musique, où il se met à apprendre le piano, la guitare et l’harmonica. « Mon grand-père avait déjà la fibre musicale, il avait fabriqué sa propre flûte avec du bambou », fait-il valoir. Rattrapé par cet atavisme, il va s’inscrire à la Royal School of Music où il termine en Grade 8. À l’âge de 28 ans, il se joint à un groupe port-louisien, où il s’installe aux claviers. Aux côtés des gloires de l’époque, Guito Benoit, Jose Samba et Pierrot Ravina, la formation écume les boîtes de nuit avec le répertoire des Bee Gees, Billy Joel et autres Rod Steward. « C’était le triomphe du disco, du soft rock et de la pop-music », raconte-t-il.

Grâce à son cachet mensuel de Rs 800 gagné durant certaines soirées et son salaire d’enseignant, il fait des économies qui lui permettront d’acheter le terrain où lui et son frère ont construit leur maison à Plaine-Verte, là où ils habitent actuellement. Vers la fin des années 80, la mort du disco mettra fin au Sweet Sensation. « Mais, les autres membres s’étaient aussi mariés, personne ne pouvait continuer comme avant. Mais quelle belle période on a vécue ! », reconnaît-il. 

Toujours imprégné par les sonorités des années 70, il avoue ne pas porter d’intérêt aux tendances musicales des années 2020. « Je ne suis pas passéiste mais je ne vois guère de mélodie dans les morceaux d’aujourd’hui. Et pourtant, j’aime la musique ! La bonne musique c’est celle qu’on retient et qui traverse le temps », dit-il.
 

 

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