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Avinaash Munohur, politologue : «Si ces fonds ne tombent pas, l’État devra creuser le déficit ou couper ailleurs»

Par Christina Vilbrin
Publié le: 23 June 2026 à 13:00
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La démission de Keir Starmer ce lundi peut-elle avoir un impact sur les négociations et l’accord concernant les Chagos ?
Oui. Starmer reste Premier ministre intérimaire jusqu’à la désignation de son successeur, avec Andy Burnham comme grand favori et une transition qui pourrait être bouclée en septembre. Or l’accord sur les Chagos est une signature de l’ère Starmer - coûteuse politiquement à Londres, attaquée par les Conservateurs et par Reform. Le versement annuel à Maurice est précisément le type de dépense qu’un successeur soucieux de se démarquer peut être tenté de renégocier ou de présenter comme un héritage encombrant. Un accord adossé à un dirigeant qui s’en va n’est pas un accord consolidé : c’est une promesse en transition. 

Quelle doit être la stratégie du gouvernement ?
Le réflexe mauricien consiste à célébrer la signature comme un aboutissement. C’est l’erreur classique : on confond l’événement avec la structure. Trois principes devraient guider l’exécutif. D’abord, verrouiller juridiquement l’accord avant la transition britannique. Tant que Starmer expédie les affaires courantes, notre levier est à son maximum. Il faut obtenir des engagements contraignants et indexés, à l’épreuve d’un changement de majorité - pas de simples intentions politiques.

Ensuite, dissocier Londres de Washington. La base de Diego Garcia est un actif américain ; le Royaume-Uni n’en est que le dépositaire formel. Maurice gagnerait à parler directement au véritable décideur plutôt qu’à laisser un Foreign Office affaibli jouer les intermédiaires. C’est la souveraineté réelle contre la souveraineté de papier.

Enfin, ne jamais budgétiser la dépendance. Un flux financier suspendu à la bonne volonté d’une puissance en recomposition n’est pas une ressource : c’est une vulnérabilité. Le bon sens stratégique commande de traiter cet argent comme révocable tant qu’il n’est pas encaissé.

Justement, dans son Budget, le gouvernement annonce une enveloppe de Rs 10,6 milliards pour les Chagos en 2026-2027 et pour les deux exercices suivants. C’est la deuxième fois qu’il budgétise des revenus qui n’existent pas encore...
C’est la même faute de méthode que celle qui traverse tout ce Budget : on comble un trou réel avec une recette virtuelle. Inscrire pour la deuxième fois des revenus liés aux Chagos non matérialisés, c’est convertir une incertitude diplomatique en ligne comptable. Autrement dit, on déplace le risque géopolitique vers le contribuable mauricien.

Si ces fonds ne tombent pas, l’État devra creuser le déficit ou couper ailleurs. Et l’on sait où tombe toujours la hache : le social et les PME, déjà les parents pauvres de ce Budget. De plus, faire de la rente des Chagos une recette récurrente, c’est arrimer la trajectoire budgétaire d’un petit État insulaire au calendrier politique d’une ancienne puissance coloniale.

En clair, on a vendu un avenir diplomatique pour équilibrer un présent comptable. La prudence aurait voulu qu’on traite ces revenus comme exceptionnels et hors bilan tant qu’ils ne sont pas encaissés.

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