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Aveugle depuis 10 ans : à 14 ans, Keyanne Jean défie l’obscurité et impressionne tout un collège

Par Azeem Khodabux
Publié le: 23 May 2026 à 18:00
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Keyanne est né avec hydrocéphalie.
Keyanne est né avec hydrocéphalie.

Né avec une hydrocéphalie et devenu non-voyant à l’âge de quatre ans, Keyanne Jean, 14 ans, poursuit aujourd’hui sa scolarité au Sir Abdool Razack Mohamed College. Soutenu par sa famille et ses enseignants, cet élève brillant impressionne par sa détermination, son autonomie et ses résultats académiques.
 
Dans une salle de classe remplie d’élèves, un adolescent écoute attentivement chaque mot prononcé par l’enseignant. Ses doigts glissent sur une machine en braille, pendant qu’une enseignante spécialisée l’accompagne discrètement dans son apprentissage. Concentré, calme et déterminé, il suit les cours comme tous les autres collégiens de son âge.

Pourtant, derrière ce quotidien presque ordinaire se cache une histoire hors du commun : celle de Keyanne Jean, 14 ans, un garçon décrit par ses proches comme « un petit génie ».

Né avec une hydrocéphalie, une maladie provoquant une accumulation anormale de liquide dans le cerveau, Keyanne a dû se battre dès les premiers jours de sa vie. Très jeune, il subit plusieurs interventions chirurgicales extrêmement délicates. À seulement trois ans, il a déjà traversé trois opérations majeures. « À chaque fois, nous avions peur de le perdre », raconte son père, la voix encore chargée d’émotion. Un tube a dû être placé dans sa tête afin de permettre l’évacuation du liquide. Une épreuve immense pour ses parents, Demis et Marlene, qui refusent pourtant de sombrer dans le découragement.

Mais le plus dur reste encore à venir. À l’âge de quatre ans, Keyanne perd progressivement la vue. Le choc est brutal. Pour beaucoup, cela aurait pu signifier la fin des rêves d’une enfance normale. Pas pour lui. Pas pour sa famille non plus. « Nous avons toujours voulu qu’il vive comme les autres enfants », confient ses parents. 

Très tôt, ils refusent de le surprotéger. Malgré sa petite taille, ses problèmes de santé et son handicap visuel, Keyanne grandit avec une étonnante maturité. « Il connaît ses limites, mais il ne se plaint jamais. Il s’accepte comme il est », explique sa mère.

À cinq ans, il intègre l’institution Lizie dan la Main, à Curepipe. Là-bas, l’enfant découvre un nouvel univers. Il apprend le braille, développe son autonomie et montre rapidement des capacités exceptionnelles. Ses enseignants réalisent vite qu’ils ont affaire à un élève hors norme. Curieux de tout, passionné par l’apprentissage, Keyanne aime toutes les matières sans exception. Les chiffres, les langues, les leçons de sciences… tout l’intéresse.

Son père sourit lorsqu’il parle de lui. « Avec Keyanne, nous n’avons jamais eu de problèmes pour les études. Il adore apprendre. »

Après son parcours primaire, le jeune garçon nourrit un rêve : intégrer un collège « normal », étudier parmi les autres élèves et construire sa vie comme n’importe quel adolescent mauricien. Un rêve immense pour un enfant non-voyant dans un système éducatif encore peu adapté au handicap visuel.

Détermination 

Grâce au soutien de Lizie dan la Main, de ses parents et de sa détermination exceptionnelle, Keyanne est admis au Sir Abdool Razack Mohamed College, à Port-Louis. Une victoire immense pour toute la famille.

Aujourd’hui en Grade 8, il impressionne aussi bien ses enseignants que ses camarades. Dans tout l’établissement, il est le seul élève non-voyant. Pourtant, cela ne l’empêche pas de briller académiquement. L’année dernière déjà, il avait terminé parmi les meilleurs de sa classe. « Il est très intelligent. Il comprend vite et travaille énormément », explique un proche de l’établissement.

Dans la classe, tout le monde le connaît. Les élèves l’aident naturellement lorsqu’il doit se déplacer ou suivre certaines activités. Les enseignants, eux aussi, se mobilisent autour de lui. Une enseignante spécialisée l’accompagne en permanence afin de lui expliquer les schémas, les tableaux ou les éléments visuels présentés durant les cours.

Pour prendre des notes, Keyanne utilise un appareil spécialisé coûtant près de Rs 200 000. Grâce à cette technologie, il peut écrire et lire en braille avec une rapidité impressionnante. Même lors des examens, il compose entièrement en braille avant que ses réponses soient traduites.

Malgré toutes les difficultés, le collégien ne montre aucun signe de frustration ou de colère face à la vie. Bien au contraire. Son sourire calme et sa personnalité attachante font de lui le “chouchou” de son école. « Tout le monde l’aime ici », confie une personne proche du collège.

À la maison, Keyanne mène une vie simple, entouré de sa famille. Cadet d’une fratrie de trois enfants, il aime passer du temps sur sa tablette, où il lit énormément grâce aux outils adaptés aux non-voyants. Il adore aussi le football. Son équipe préférée ? Le Brésil. Et en club, il supporte fièrement Manchester United.

Son père raconte qu’il suit les matchs avec passion et connaît parfaitement les joueurs. « Il aime vraiment le football », dit-il avec tendresse.

Mais ce qui frappe le plus chez cet adolescent, c’est sa sérénité. Malgré les opérations, la maladie, la perte de la vue et les nombreux obstacles, Keyanne ne nourrit aucun regret. Il ne demande pas pourquoi la vie lui a imposé ce chemin. Il avance simplement. « Je suis comme ça et je suis heureux », dit-il doucement.

Cette force intérieure impressionne profondément ceux qui croisent sa route. Derrière son apparence discrète se cache une volonté extraordinaire. Chaque journée passée au collège représente pour lui une victoire contre les limites que certains pensaient infranchissables.

Gratitude

Ses parents, eux, restent remplis de gratitude. Gratitude envers les enseignants, les élèves, les professionnels de Lizie dan la Main et toutes les personnes qui ont cru en leur fils. « Sans leur soutien, cela aurait été beaucoup plus difficile », reconnaissent-ils.

Mais au-delà des aides et des accompagnements, c’est surtout la détermination de Keyanne qui inspire. À seulement 14 ans, il démontre déjà qu’aucune obscurité ne peut empêcher un esprit brillant d’avancer.

Dans les couloirs du collège, beaucoup voient en lui un exemple de courage. D’autres parlent simplement d’un garçon exceptionnel. Mais pour ses parents, il restera avant tout leur enfant, ce petit garçon fragile devenu, au fil des années, un symbole silencieux de persévérance.

Et lorsque les cours se terminent, que les élèves quittent les salles dans le bruit et les éclats de rire, Keyanne continue, lui, de rêver comme tous les adolescents de son âge. Avec cette même envie simple : réussir sa vie, trouver sa place et prouver que les limites les plus grandes existent souvent seulement dans le regard des autres.


Florianne Poché, directrice de Lizie Dan La Main : « Notre petit héros »

« Keyanne, dès son intégration dans notre école spécialisée, nous savions déjà qu’il était un enfant exceptionnel. Toujours attentif, assidu à l’école et donnant le meilleur de lui-même, il ne se plaint jamais. Au contraire, il motive et encourage constamment ses amis. Après ses magnifiques résultats au PSAC, il a intégré le collège. Nous l’avions bien préparé pour cette nouvelle étape, mais nous savions surtout qu’il ferait cette transition du primaire au secondaire avec sérénité et détermination. Même aujourd’hui, alors qu’il évolue désormais dans la cour des grands, Keyanne ne manque jamais une occasion de venir passer une journée à La Source, chez Lizie Dan La Main. Keyanne est notre petit héros à sa manière… et nous sommes tellement fiers de lui. Ce qui me manque toujours le plus chez lui, c’est son magnifique sourire. »


 Corinne Viadé, accompagnatrice : « Il est un exemple de courage pour les autres »

« Keyanne est un élève absolument remarquable. Malgré sa déficience visuelle, il fait preuve d’une intelligence, d’une discipline et d’une capacité de concentration hors du commun. Dans certaines matières, notamment les sciences, il doit faire face à de nombreux défis. Les expériences en laboratoire, les schémas, les images et certaines structures visuelles des leçons sont parfois très difficiles à décortiquer pour lui. Mais Keyanne possède une force exceptionnelle : ses oreilles sont devenues ses yeux. Il écoute avec une attention incroyable et retient énormément d’informations grâce à son sens de l’écoute très développé. Pour pouvoir travailler efficacement, il a besoin de beaucoup de silence et de calme afin de se concentrer pleinement. Comme vous le savez, dans une classe composée majoritairement de garçons, ce n’est pas toujours évident. Malgré toutes ces difficultés, Keyanne ne baisse jamais les bras. Il travaille avec une grande rigueur et une détermination admirable. L’année dernière, il a terminé premier de sa classe durant toute l’année scolaire.

Et cette année encore, au premier trimestre, il s’est classé cinquième sur 35 élèves. C’est un véritable exemple de courage, de persévérance et de dépassement de soi pour tous les autres élèves. » 

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