Avec des nuages qui s’amoncellent sur l’économie : Maurice face à un ralentissement plus prononcé en 2026
Par
Christina Vilbrin
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Christina Vilbrin
Le recul des arrivées touristiques en avril, les tensions persistantes sur les prix et la fragilisation du commerce extérieur dans un contexte de guerre au Moyen-Orient assombrissent les perspectives économiques. La croissance devrait ainsi ralentir davantage cette année. D’ailleurs, Statistics Mauritius et le FMI ont tous deux revu leurs prévisions à la baisse, souligne CareEdge Ratings.
Le secteur touristique a enregistré un recul de 3,7 % des arrivées en avril 2026 par rapport à la même période de 2025, confirmant un ralentissement progressif de la dynamique observée ces derniers mois. Les incertitudes géopolitiques et le climat économique mondial pèsent désormais davantage sur la demande de voyages.
Sur les quatre premiers mois de l’année, les arrivées touristiques demeurent toutefois en hausse de 4 % pour atteindre 464 208 visiteurs, soutenues par de solides performances en début d’année. « Le repli observé récemment laisse néanmoins craindre un affaiblissement plus marqué du secteur si les risques externes persistent », indique CareEdge Ratings.
Les recettes touristiques continuent cependant d’afficher une performance robuste. En mars 2026, les revenus bruts du tourisme ont progressé de 23 % sur un an pour atteindre Rs 9,6 milliards. Sur l’ensemble du premier trimestre, les recettes cumulées ont bondi de 28 % pour s’établir à Rs 30,2 milliards. Cette progression s’explique principalement par une hausse des dépenses par touriste, la dépréciation de la roupie face à l’euro ainsi qu’une dynamique tarifaire favorable. « Ces éléments devraient permettre d’amortir partiellement le ralentissement des arrivées observé en avril. Toutefois, une baisse prolongée de la fréquentation finirait inévitablement par affecter les recettes du secteur dans les prochains mois », prévient CareEdge Ratings.
À moyen terme, poursuit CareEdge Ratings, le tourisme devra composer avec plusieurs vents contraires : la hausse des billets d’avion, les annulations de vols et le ralentissement économique mondial, autant de facteurs susceptibles de freiner la demande et de peser sur le budget des voyageurs. « Malgré cela, Maurice continue de mieux résister que certains marchés concurrents. Entre janvier et avril 2026, les arrivées touristiques ont progressé de 4 % à Maurice, alors que les Seychelles ont enregistré une chute de 13,4 % sur la même période. Aux Maldives, la croissance des arrivées n’a atteint que 0,2 % sur les trois premiers mois de l’année », ajoute CareEdge Ratings.
… la croissance
Les perspectives économiques de Maurice pour 2026 se détériorent progressivement sous l’effet des tensions géopolitiques persistantes et du ralentissement de la demande mondiale. Alors que Statistics Mauritius tablait initialement sur une croissance d’environ 3 %, celle-ci pourrait tomber à près de 2,3 % en cas d’aggravation ou de prolongement du conflit au Moyen-Orient. Dans sa récente déclaration de fin de mission dans le cadre de l’Article IV Consultation, le Fonds monétaire international a revu à la baisse ses prévisions de croissance pour Maurice à 2,8 % en 2026, contre 3,4 % auparavant, invoquant principalement les retombées des tensions géopolitiques au Moyen-Orient et les pressions extérieures. L’institution souligne toutefois que l’économie mauricienne a fait preuve d’une relative résilience en 2025, avec une croissance réelle estimée à 3,2 %, soutenue notamment par la vigueur des services, en particulier le tourisme et les services financiers. Néanmoins, le rythme de croissance devrait ralentir en 2026 dans un contexte d’incertitude mondiale accrue et de faiblesse persistante dans le secteur de la construction. Malgré ce contexte plus difficile, les risques baissiers restent relativement contenus grâce à la bonne performance du secteur touristique, qui continue de dépasser plusieurs concurrents régionaux (même si les arrivées sont en baisse), notamment les Maldives et les Seychelles.
| Les prévisions de croissance pour 2026 | |
| Statistics Mauritius | 3% |
| FMI | 2,8 % |
…l’inflation
Les perspectives inflationnistes demeurent orientées à la hausse. La remontée des prix internationaux du pétrole et les tensions géopolitiques commencent à se répercuter sur les prix domestiques. Étant fortement dépendante des importations énergétiques, l’économie mauricienne reste particulièrement exposée aux variations des coûts du carburant. La hausse des prix de l’énergie devrait ainsi se transmettre rapidement aux transports, à l’électricité ainsi qu’aux coûts de production et de distribution. Des effets secondaires pourraient également se faire sentir sur les services et les produits alimentaires. Par ailleurs, les récentes augmentations des prix administrés - notamment sur les carburants, l’électricité et certains produits alimentaires - devraient accentuer davantage les tensions inflationnistes. Dans ce contexte, l’inflation pourrait dépasser les prévisions initiales avant de se stabiliser progressivement.
| Inflation globale | |
| Mars | 2,7 % |
| Avril | 3,6 % |
| Inflation sous-jacente | |
| Mars | 5,5 % |
| Avril | 6,1 % |
… le commerce
En février 2026, le déficit commercial de Maurice s’est creusé à Rs 16,5 milliards, contre Rs 14 milliards un an plus tôt. Cette détérioration résulte d’une baisse de 11,7 % des exportations, combinée à une hausse de 7,2 % des importations. À plus long terme, la balance commerciale mauricienne restera fortement exposée à l’évolution des prix mondiaux de l’énergie et des matières premières. En tant qu’importateur net de pétrole, Maurice subira directement l’impact d’une hausse durable des prix du carburant, du fret et des coûts logistiques. Dans le même temps, le ralentissement de la demande mondiale et l’augmentation des coûts de transport risquent de limiter la progression des exportations, malgré les avantages commerciaux accordés dans le cadre de l’AGOA jusqu’en décembre 2026.
| Croissance des importations et des exportations | ||
| Janvier-Février 2025 | Janvier-Février 2026 | |
| Croissance des exportations | 11,1 % | -5,7 % |
| Croissance des importations : | 10,6 % | -5,7 % |
| Source : Statistics Mauritius | ||
… la roupie :
En avril 2026, la roupie s’est maintenue à une moyenne de Rs 47,10 pour un dollar, un niveau pratiquement inchangé par rapport à mars malgré les tensions géopolitiques mondiales. Sur la période février-avril, la devise s’est néanmoins dépréciée de 1,3 %. À l’avenir, la roupie devrait continuer de subir des pressions modérées à la baisse sous l’effet de la hausse des prix des matières premières, des coûts du fret et des importations énergétiques.
| L’évolution du taux de change dollar/roupie | |
| Novembre 2025 | Rs 46,40 |
| Décembre 2025 | Rs 46,80 |
| Janvier 2026 | Rs 46,50 |
| Février 2026 | Rs 46,50 |
| Mars 2026 | Rs 47,10 |
| Avril 2026 | Rs 47,10 |
| *La moyenne | |
Source : « Mauritius Economy Update (May 2026) », un rapport de CareEdge Ratings publié cette semaine