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Automobile : quand bichonner sa voiture est synonyme de luxe

Samir Peerally

Proto Sellerie opère dans le revêtement intérieur des voitures, un marché-niche de l’automobile. Cette entreprise familiale se différencie en offrant du taillé sur mesure auquel se greffe une expertise acquise et affinée en Europe. Incursion dans ce monde où père, mère et fils s’allient pour répondre à la demande d’une clientèle exigeante.

Précision est le maître mot, tant dans le travail que dans les définitions. D’emblée, Samir Peerally, 35 ans, le benjamin de la famille, tient à ce qu’on fasse la distinction entre atelier de garnissage et sellerie. Le garnissage de voitures est un travail de base nécessitant un effort moindre. Il utilise, entre autres, des housses importées et prêtes à être fixées sur des sièges. Vite fait, bien fait.

RevetementPar contre, en ce qui concerne la sellerie, tout est différent. Certes, le cuir demeure la matière de référence, mais la différence, c’est qu’à Maurice, elle va de la découpe jusqu’à la couture faite main, tout en s’assurant que le revêtement soit uniforme et impeccable. Dans l’atelier des Peerally, à la route Royale, Eau-Coulée, la durée du travail se compte en jours, voire en semaine.

« Il faut tracer le gabarit et s’assurer d’une découpe parfaite aux ciseaux. Tout se fait manuellement. Ce sont 150 à 200 pièces qu’il faut pour les sièges avant et arrière, les portes, les têtières et les accoudoirs. Après, il y a l’intégration de l’éponge et le montage. Tout cela prend du temps », fait-il ressortir.

En décrivant cette technique, Salim Peerally parle avec l’assurance d’un professionnel ayant appris et vécu dans ce monde haut de gamme. Et c’est bel et bien le cas. Car le professionnel, c’est avant tout son père, Fazal Peerally, aujourd’hui âgé de 67 ans. Notre interlocuteur nous relate le parcours de son père.

« Mon père était chef d’atelier chez Burnet Interiors, une entreprise spécialisée dans la fabrication de sièges pour des jets privés appartenant à des cheikhs et des princes arabes », explique-t-il. « Il a même travaillé sur le siège d’avion du Pape Jean-Paul II, une œuvre qui l’a accompagné dans ses trajets et dans ses voyages par jets privés à travers le monde ».

Et l’aventure mauricienne ? Nous sommes alors en 1996. Le père décide de tout quitter en France pour revenir au pays natal. Il vend tout et se lance dans la sellerie pour voitures. L’entreprise démarre à l’aveuglette, car, selon Samir Peerally, son père ne savait pas si son projet allait être bien accueilli ou pas. Toutefois, être le premier à offrir ce genre de service comporte des avantages. Les concessionnaires automobiles se mettent en avant et les particuliers suivent.

« Au fil des années, notre clientèle a changé. Aujourd’hui, ce sont davantage des particuliers qui se tournent vers nous, car les voitures neuves viennent avec beaucoup plus d’options, incluant le revêtement en cuir, » affirme-t-il. Solliciter un sellier d’automobile, c’est surtout s’assurer que l’authenticité soit préservée, voire améliorée. Dans sa clientèle, on retrouve des propriétaires de grosses cylindrées, neuves ou vieilles, notamment BMW, Mercedes et Land Rover. Ces personnes, souligne Samir Peerally, tiennent à l’esthétisme intérieur de leur voiture. Ce sont des propriétaires qui investissent, sachant qu’ils seront au volant de la même voiture pendant 10 ans, voire plus.

Désormais, l’expertise se transmet de père en fils. Samir Peerally, 35 ans, est convaincu d’avoir trouvé sa voie dans un métier auquel il a d’abord été contraint de se consacrer entre deux jobs. Cette expertise, dit-il, lui ouvrira les portes… de jets privés. Comme son père.