Au n˚19, le choc et l’amertume après le départ du leader
Par
Le Défi Quotidien
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L’annonce est tombée comme un couperet à la mi-journée. Paul Bérenger, figure de proue et leader historique du MMM, a démissionné du parti. Au cœur de son bastion, à Stanley/Rose-Hill (circonscription n˚19), la nouvelle s’est propagée comme une traînée de poudre, laissant derrière elle un mélange d’amertume et de tristesse.
À Rose-Hill, l’agitation habituelle a fait place à des discussions feutrées à chaque coin de rue. Entre les étals des commerçants et les arrêts de bus, un seul sujet est sur toutes les lèvres : la fin d’une ère. Pour beaucoup, l’idée d’un MMM sans Bérenger semble inconcevable.
Bernard Renoit (un retraité rencontré près de la place de taxi) ne cache pas sa déception. Pour lui, quitter le gouvernement était l’erreur fatale. « C’est malheureux, c’est regrettable. C’est quelqu’un de compétent, mais se tirer du gouvernement était une bêtise », martèle-t-il avec résignation. Il observe avec lucidité que si Paul Bérenger compte former un nouveau mouvement, ce ne sera plus jamais le MMM qu’il a connu : « La page est tournée. »
Fait marquant de cette journée : l’attitude des militants de la première heure. De nombreux « die-hards » du MMM, bien qu’ils aient choisi de se ranger du côté de la « bande des 15 », affichaient un visage sombre. S’ils ont pris leurs distances avec la ligne du leader, la blessure reste vive. Beaucoup d’entre eux n’ont pas souhaité commenter l’affaire officiellement, mais ne cachaient pas leur profonde tristesse face à ce déchirement historique.
Un peu plus loin, Barlen, chauffeur de taxi, analyse la situation avec une pointe de malice. Selon lui, le leader n’avait pas d’autre choix que de partir, la majorité du parti ayant exprimé le souhait de rester au gouvernement. « Paul Bérenger enn malin sa, ou pou trouve apre », lâche-t-il mystérieusement.
Cependant, tout le monde ne partage pas cette lecture. Jean-Marie Laviolette exprime la fatigue d’une partie de l’électorat au travers d’une métaphore footballistique : « Paul Bérenger se enn zwer ki pa kapav zwe 90 minit. Sak fwa lor 20 minit, li pou lev lame, li pou dir larbit pabon, li pou dir tir li. Sa fwa-la se tro. »
Pour lui, Bérenger a privilégié l’avenir de sa fille au détriment du pays. Il estime que les partisans sont « fatige al dan karo kann ar li » et préfèrent désormais l’alternative proposée par la bande des 15.
Malgré les critiques, « l’emblématique leader des mauves » conserve des soutiens féroces. Mala Christine, fidèle parmi les fidèles, ne décolère pas contre Deven Nagalingum, l’élu mauve de la circonscription, qu’elle qualifie de « vander lalit ». « J’ai toujours soutenu Paul Bérenger, et je le soutiendrai toujours. Il a les mains propres », clame-t-elle avec émotion.
Le sentiment général reste celui d’un immense gâchis. Pour Christine Bhoyroo, bien qu’elle ne soit pas une habitante de la localité, ce départ provoquera un déséquilibre irréparable. Elle concède que les militants avaient de grandes attentes après les élections et craint que le parti ne perde son âme.
Elle souligne que ce sont les partisans de longue date qui souffrent le plus aujourd’hui. Le constat est unanime : au nº 19, plus rien ne sera jamais pareil. Le MMM survit, mais son visage historique s’est effacé.
Johanne Prosper