Au cœur de l’info : les réformes, la mixité et l’avenir du système éducatif discutés
Par
Sharone Samy
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Sharone Samy
L’émission Au cœur de l’info, présentée par Jane Lutchmaya et Annick Rivet, a consacré son édition du 14 janvier aux réformes du système éducatif, à la mixité dans les collèges ainsi qu’aux enjeux liés à la notation, au téléphone portable et à l’avenir du NCE.
Les changements dans le secteur éducatif ont été au cœur des débats lors de l’émission Au cœur de l’info le mercredi 14 janvier. Mixité dans les collèges d’État, encadrement de la rentrée, utilisation du téléphone portable, réforme de la grille de notation et avenir du National Certificate of Education (NCE) ont occupé une large place dans les échanges. Les positions du ministre de l’Éducation, Dr Mahend Gungapersad, des responsables d’établissements et des représentants syndicaux étaient nuancées.
En ouverture, le ministre a salué ce qu’il qualifie de reprise « en douceur ». Il a insisté sur « l’effort apporté par les enseignants ainsi que les chefs de département » pour encadrer les élèves lors de ce début d’année scolaire. Mahend Gungapersad a également évoqué l’appui de la police, citant en particulier la présence de policiers de la Crime Prevention Unit dans plusieurs écoles. Pour le ministre, cette mobilisation a contribué à créer un climat rassurant dès les premiers jours. « La rentrée s’est faite d’une façon différente et je dois saluer la façon dont les enseignants ont encadré les enfants. Même chez les plus petits, il y avait cet enthousiasme d’être dans le milieu scolaire et de commencer une toute nouvelle étape », a-t-il fait ressortir.
Le dossier de la mixité dans les collèges a ensuite été illustré par un cas concret : le Curepipe College, qui accueille pour la première fois des filles cette année. Son recteur et manager, Neetesh Sewpal, y voit « un moment historique » et affirme que l’intégration s’est déroulée sans difficulté majeure. Selon lui, une certaine méfiance accompagne la mixité alors qu’elle peut, avec des règles claires, produire l’effet inverse de celui redouté. « Nous sommes heureux d’accueillir des filles dans notre collège et la transition s’est passée comme une lettre à la poste. Nous avons toujours tendance à avoir des appréhensions concernant la mixité, mais avec quelques règles et surtout un accompagnement équilibré, nous pouvons faire en sorte que ce plan marche. » Pour lui, l’objectif dépasse la simple cohabitation : il s’agit, dit-il, de « prôner le dialogue » et « le respect entre les filles et les garçons », avec des classes partagées qui favorisent « le partage d’idées et de connaissances ».
Sur le plan national, Mahend Gungapersad a précisé que le ministère continue de se pencher sur la question de la mixité. Il reconnaît qu’il existe « une fausse perception » sur le sujet et que certaines expériences passées n’ont pas été préparées comme il aurait fallu. Le ministre rappelle qu’autrefois la mixité intervenait en Grade 10 lors des admissions en académies, mais qu’il y a eu des difficultés. Le projet actuellement étudié viserait, si la proposition est validée, à introduire la mixité dès le Grade 7, avec un travail de préparation plus structuré. « Nous voulons faire une différence et le 20 janvier nous écouterons ce que les parents ont à dire. Toutes les propositions ont été envoyées au bureau de l’Attorney General pour une analyse », a-t-il indiqué. Un survey permettra d’obtenir « des chiffres » afin de mieux cerner les attentes. Pour lui, la mixité n’est pas qu’un volet organisationnel : elle doit aussi contribuer au « vivre ensemble », à condition que les bases soient posées correctement dès le départ.
L’utilisation du téléphone portable dans les établissements secondaires a également été abordée, avec l’exemple du Curepipe College. Neetesh Sewpal a expliqué que son établissement est une Mobile Free Zone depuis 2025. Et une mesure additionnelle a été introduite cette année : un Digital Conduct Agreement signé par les parents et les élèves. Selon lui, l’enjeu n’est pas de « contrôler » à outrance, mais de responsabiliser les deux parties. « Le but n’est pas d’imposer un contrôle, mais de responsabiliser les deux parties. Désormais il y a plus de discipline et les parents sont très impliqués. » De son côté, le ministre a confirmé que l’encadrement du portable à l’échelle des collèges d’État et nationaux est envisagé, mais qu’un cadre légal et des réglementations sont nécessaires. « Nous ne pouvons pas imposer. Les recommandations sont là, mais il ne faut surtout pas prôner des choix extrêmes. Il doit y avoir un cadre légal, une sensibilisation responsable et une formule pour le progrès académique », a-t-il déclaré. Une demande a déjà été transmise au bureau de l’Attorney General pour consultation.
Le débat s’est ensuite déplacé vers la réforme de la grille de notation, un sujet sensible. L’Union of Private Secondary Education Employees, par la voix de son président Arvind Bhojun, s’est montré inquiet, parlant d’un risque de retour à une logique de compétition excessive, comparable selon lui à certaines dérives du Certificate of Primary Education. « Nous sommes d’accord qu’il faut revoir le système de notation, mais il faut une préparation fondée si nous voulons des résultats. Avec la nouvelle grille de notation, les corrections se feront de façon plus sévère et nous allons vers une compétition extrême. Dès le Grade 3, l’enfant est poussé… Il y a un conditionnement qui n’est pas vraiment bien. » Arvind Bhojun a aussi dressé un tableau critique de la situation autour de la mixité et du fonctionnement de la Private Secondary Education Authority, estimant que certaines décisions ont manqué de cohérence et que des plaintes d’éducateurs n’ont pas trouvé de réponses. Selon lui, « l’instance ne marche pas » et des interventions du ministre ont parfois été nécessaires pour débloquer des situations, d’où la nécessité, dit-il, de « nouvelles réformes ».
Mahend Gungapersad a répondu en expliquant que la proposition sur la notation s’appuie sur des analyses de professionnels et de correcteurs. Il estime que certaines aberrations ont été constatées lors des corrections, notamment le fait que des élèves puissent atteindre des scores élevés sans répondre aux questions de niveau supérieur. Ce qui a généré des incompréhensions et des frustrations chez des parents, surtout lorsque des résultats identiques n’ouvraient pas les mêmes portes en matière d’affectation. « Avec la nouvelle grille, nous proposons plus de transparence et plus de responsabilités du côté de l’enfant. » Il a rejeté l’idée d’une pression supplémentaire systématique.
Enfin, la question du National Certificate in Education a été abordée, le ministère envisageant des ajustements. L’idée d’organiser les examens en octobre plutôt qu’en septembre afin de ne pas perturber le syllabus a été émise. Mahend Gungapersad a aussi évoqué des aménagements en cas de contraintes (maladie, décès dans la famille), avec la possibilité d’un resit, de considérations spéciales lors des corrections, voire d’un accès provisoire au Grade 4 pour des élèves ayant un nombre limité de matières. À la fin de l’émission, le ministre a insisté sur l’idée que l’éducation ne se résume pas à un certificat et que la réussite du progrès éducatif repose sur le soutien de tous : école, parents et société.