Au cœur de l’info : la modernisation du réseau électrique souhaitée
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Le Défi Quotidien
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La guerre au Moyen-Orient continue de faire planer une menace sur l’économie mauricienne. Hausse du diesel, augmentation du prix du gaz, risque de flambée des prix alimentaires, incertitudes sur l’électricité et pression accrue sur le pouvoir d’achat : ces répercussions ont été au centre des débats dans l’émission « Au cœur de l’info » diffusée le lundi 6 avril sur Radio Plus.
D’emblée, Jayen Chellum, secrétaire général de l’Association des consommateurs de l’île Maurice (ACIM), a expliqué que les premiers effets se font déjà sentir dans les supermarchés. Il a rappelé que le prix du gaz ménager est passé de Rs 190 à Rs 250 récemment. Il a aussi souligné que plusieurs produits alimentaires ont enregistré des hausses au fil des dernières années, notamment l’huile, le riz, certaines viandes et d’autres produits de base.
Toutefois, Jayen Chellum a nuancé la situation en expliquant que, pour l’instant, il n’y a pas encore de flambée généralisée des prix. « Il n’y a pas lieu de paniquer pour le moment, mais c’est la suite qui nous inquiète », a-t-il affirmé. Selon lui, les effets les plus marqués pourraient apparaître avec les prochaines cargaisons importées, alors que les coûts du fret et du carburant augmentent.
Le représentant des consommateurs a aussi dénoncé le phénomène de « viscosité des prix » (price stickiness). « Quand les prix montent, ils restent élevés, mais quand les coûts baissent, les prix ne redescendent presque jamais », a-t-il souligné. Il estime que le gouvernement devrait mieux utiliser les mécanismes comme le Price Stabilisation Fund pour protéger les consommateurs.
Sunil Dowarkasing, consultant en développement durable, a, pour sa part, insisté sur la forte dépendance de Maurice aux énergies fossiles. « À chaque conflit international, Maurice se retrouve à genoux », a-t-il indiqué. Il a fait ressortir que le pays produit moins de 20 % de son énergie à partir de sources renouvelables, malgré des ambitions affichées depuis plusieurs années.
Selon lui, Maurice accuse un retard important dans sa transition énergétique. « Nous parlons de transition depuis 10 à 15 ans, mais nous avons reculé au lieu d’avancer », a-t-il soutenu. Il a également dénoncé ce qu’il considère comme un monopole dans la production d’électricité, estimant que la démocratisation de l’énergie solaire pourrait réduire les coûts pour les consommateurs.
Avinaash Munohur, politologue, a abondé dans le même sens. Il a expliqué que la guerre en Iran, comme auparavant la pandémie de Covid-19, montre à quel point Maurice dépend du reste du monde. « Nous importons absolument tout : notre énergie, nos matières premières et une grande partie de notre alimentation », a-t-il déploré.
Le politologue a plaidé pour une plus grande indépendance énergétique. Il a estimé que Maurice devrait encourager davantage les ménages à produire leur propre énergie grâce aux panneaux solaires. « Chaque foyer pourrait devenir un producteur d’énergie », a-t-il affirmé. Selon lui, cela permettrait de réduire la dépendance envers les gros producteurs et de faire baisser la facture d’électricité.
Avinaash Munohur a aussi insisté sur la nécessité de moderniser le réseau électrique. « Maurice a besoin d’un smart grid et d’une réforme profonde du Central Electricity Board (CEB) », a-t-il fait comprendre. Ce dernier a expliqué que le CEB ne peut pas continuer à cumuler les rôles de producteur, distributeur et gestionnaire du réseau.
L’économiste Manisha Dookhony, qui est intervenue par téléphone, a, elle aussi, insisté sur le manque de préparation du pays. Elle est d’avis que Maurice devrait investir davantage dans les capacités de stockage, mais aussi dans la production locale. « Nous avons longtemps pensé que Maurice ne pouvait pas produire suffisamment, mais il faut aujourd’hui revoir cette logique », a-t-elle dit.
Selon elle, la guerre actuelle met en évidence les limites du modèle économique mauricien, fondé sur les importations. « Nous sommes très vulnérables aux chocs extérieurs », a-t-elle soutenu. Comme les autres intervenants, elle pense qu’il est urgent de miser davantage sur la production locale, les énergies renouvelables et des réserves stratégiques afin de mieux protéger les consommateurs face aux futures crises.
• Cette retranscription n’est qu’une partie de l’émission, qui dure deux heures. Elle est disponible sur les plateformes du Défi Media et sur la chaîne YouTube de TéléPlus.