Au cœur de l’info - Guerre en Iran : les impacts pour Maurice

Par Sharone Samy
Publié le: 6 mars 2026 à 09:48
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Au cœur de l’info

La guerre qui secoue actuellement le Moyen-Orient ne se limite pas à une confrontation militaire régionale. Elle soulève des interrogations plus larges sur l’équilibre du système international et sur la solidité des chaînes économiques mondiales. 

Dans l’émission Au cœur de l’info, animée par Prem Sewpaul, plusieurs intervenants ont tenté d’analyser les conséquences possibles de ce conflit pour Maurice. Autour de la table figuraient l’ancien ministre des Affaires étrangères Anil Gayan, l’ancien ambassadeur de Maurice auprès des Nations unies Jagdish Koonjul, l’observateur Irshad Mallam Hassam et l’économiste Ibrahim Malleck.

Le débat a abordé la dimension géopolitique de la guerre en Iran et il a surtout permis de mettre en lumière les répercussions économiques pour une petite économie insulaire comme Maurice.

Répercussions économiques

Selon Ibrahim Malleck, l’impact du conflit n’est pas une simple hypothèse. Selon lui, même si Maurice se trouve à des milliers de kilomètres de la zone de guerre, les effets économiques finiront par se faire sentir. 

L’économiste rappelle que l’économie mauricienne dépend largement du commerce international et des importations. Dans ce contexte, toute perturbation majeure des routes maritimes ou du marché de l’énergie se répercute rapidement sur les prix et sur la stabilité économique.

« Maurice importe près de 70 % de ce qu’il consomme. Dans une économie aussi dépendante des importations, les chocs internationaux ne mettent jamais longtemps à se faire sentir », explique-t-il.

Détroit d’Ormuz

Selon lui, la fermeture du détroit d’Ormuz constitue l’un des éléments les plus préoccupants du conflit actuel. Ce passage maritime est l’un des corridors stratégiques du commerce mondial, notamment pour le transport du pétrole et de ses produits dérivés.

Pour l’économiste, cette situation pourrait provoquer une hausse progressive des coûts énergétiques et logistiques. « Avec le détroit d’Ormuz fermé, il y a un problème majeur concernant le transport maritime des produits énergétiques. Les produits pétroliers passent en grande partie par ce passage stratégique. Si les tensions persistent dans la région, ce n’est pas seulement le Moyen-Orient qui sera affecté, mais aussi une grande partie de l’Afrique », indique Ibrahim Malleck.

Au-delà de la question énergétique, les perturbations du transport maritime pourraient également entraîner une augmentation du coût du fret. Plusieurs compagnies maritimes ont déjà choisi d’éviter certaines routes jugées trop risquées, ce qui oblige les navires à emprunter des itinéraires plus longs et donc plus coûteux. Cette situation se traduit déjà par une hausse des prix du transport maritime.

Fret

« Le fret commence déjà à enregistrer une hausse comprise entre 2 000 et 3 000 dollars. Pour le moment, l’impact n’est pas encore visible pour les consommateurs, mais dans les semaines à venir la situation pourrait devenir plus difficile », explique l’économiste. Il rappelle que dans une économie dépendante des importations comme celle de Maurice, toute hausse du transport maritime finit inévitablement par se répercuter sur les prix des produits.

Selon lui, l’effet inflationniste pourrait apparaître progressivement. Les importateurs devront d’abord absorber une partie des coûts supplémentaires avant de les répercuter sur les prix. « Dans un mois ou un mois et demi, nous allons commencer à ressentir les effets de la guerre. Les importateurs n’auront pas d’autre choix que d’ajuster leurs prix et ce sont les consommateurs qui subiront les conséquences », ajoute Ibrahim Malleck.

La question monétaire constitue également un facteur aggravant. La faiblesse relative de la roupie face au dollar rend les importations encore plus coûteuses. Dans un contexte dans lequel le prix du transport maritime et des matières premières pourrait augmenter, cette situation pourrait accentuer les pressions sur le pouvoir d’achat.

Pour Ibrahim Malleck, les répercussions pourraient aussi toucher le système financier. L’incertitude géopolitique pousse généralement les institutions financières à adopter une attitude plus prudente. « Avec les tensions actuelles, les assurances maritimes risquent d’augmenter et les coûts d’importation aussi. Dans ce contexte, je doute fortement que les banques puissent envisager une baisse des taux d’intérêt », explique-t-il.

Cette situation pourrait ralentir les investissements et freiner certains projets économiques. Les entreprises pourraient hésiter à contracter de nouveaux emprunts si les conditions financières restent incertaines. Selon l’économiste, cette prudence pourrait se traduire par un ralentissement de certaines activités économiques.

Opportunités

Toutefois, certains intervenants ont également évoqué la possibilité que ces bouleversements créent de nouvelles opportunités pour Maurice. Si les routes maritimes se redessinent en raison des tensions au Moyen-Orient, l’île pourrait tirer parti de sa position stratégique dans l’océan Indien. Mais cette hypothèse dépendra largement de la capacité du pays à renforcer ses infrastructures portuaires et logistiques.

Sur le plan géopolitique, l’ancien ministre des Affaires étrangères Anil Gayan estime que la situation militaire reste complexe et difficile à prévoir. Selon lui, malgré les frappes et les pressions militaires, le régime iranien ne semble pas près de s’effondrer. « Chaque jour qui passe montre que les frappes de missiles diminuent. Certaines analyses affirment que l’Iran n’aurait plus de missiles, mais pour moi il s’agit plutôt d’une stratégie. »

Pour l’ancien ministre, le conflit dépasse désormais la confrontation initiale entre Israël et l’Iran. L’implication des États-Unis a modifié la dynamique stratégique de la région. Selon lui, la question du programme nucléaire iranien reste au cœur des tensions actuelles.

L’observateur Irshad Mallam Hassam estime pour sa part que la stratégie américaine pourrait se heurter à des limites importantes. « Les États-Unis veulent un changement de régime en Iran, mais ce n’est pas avec des frappes aériennes que l’on renverse un pouvoir en place », avance-t-il. Selon lui, sans intervention terrestre, une telle stratégie reste difficile à concrétiser.

Rs 10 milliards

L’ancien ambassadeur Jagdish Koonjul estime que le conflit actuel illustre surtout l’évolution des guerres contemporaines. Selon lui, les confrontations ne se limitent plus à des affrontements militaires traditionnels, mais s’étendent aux domaines diplomatiques, économiques et stratégiques.

Le débat s’est également penché sur les conséquences indirectes de cette situation internationale pour Maurice, notamment en ce qui concerne les finances publiques. La déclaration récente du Premier ministre Navin Ramgoolam évoquant la nécessité de trouver Rs 10 milliards pour le prochain budget a alimenté les discussions.

Pour Ibrahim Malleck, un tel manque à gagner pourrait peser lourd sur les finances de l’État. « Il est évident qu’un manque de Rs 10 milliards aurait un impact sur le budget. La question est de savoir comment combler ce manque sans fragiliser davantage l’économie. »

Selon lui, le gouvernement devra trouver des solutions durables pour maintenir l’équilibre budgétaire. « Il faudra identifier des sources de revenus stables sans affecter le tissu social. Notre économie est déjà confrontée à plusieurs défis, notamment la baisse des investissements et le déficit de main-d’œuvre », conclut l’économiste.

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