Mise à jour January 6, 2026, 10:35 am

Au Coeur de l’Info - Économie mauricienne : le grand chantier de la transformation

Par Defimedia.info
Image
Économie mauricienne : le grand chantier de la transformation
Les trois invités sur le plateau : Amit Bakhirta, Manisha Dookhony, et Rabin Bhujun.

L’économie mauricienne se trouve à un moment charnière. C’est le constat posé d’emblée dans l’émission « Au Cœur de l’Info », consacrée aux priorités économiques pour 2026, à la suite du discours du Nouvel an du Premier ministre Navin Ramgoolam. Croissance en ralentissement, modèle économique à bout de souffle pour certains secteurs, pression géopolitique et montée en puissance de l’intelligence artificielle : les intervenants ont dressé un diagnostic sans complaisance, tout en esquissant des pistes pour l’avenir.

Dès le début de l’émission, la question de la fin d’un cycle économique a été posée. Pour l’économiste Manisha Dookhony, les chiffres parlent d’eux-mêmes. La croissance moyenne des deux dernières décennies ne dépasse guère 4 %, traduisant une forme de stagnation pour une économie de la taille de Maurice. « Si certains secteurs traditionnels, comme l’agriculture ou le manufacturier orienté vers l’exportation, peinent à se renouveler, aucun nouveau pilier n’a réellement émergé depuis le développement du secteur financier il y a vingt ans », a-t-elle expliqué.

Le mot « rupture », largement repris durant la campagne électorale et dans le discours du 1er janvier, a également été analysé. Pour le consultant en communication stratégique Rabin Bhujun, la rupture ne peut se limiter à un slogan. « Elle se mesure aux décisions difficiles que le gouvernement est prêt à prendre, même au risque d’impopularité. Réformes de la fonction publique, productivité de l’État, gestion de la dette et réorientation des investissements sont autant de chantiers incontournables si Maurice veut réellement changer de trajectoire », a-t-il indiqué.

L’intelligence artificielle

Le fondateur et CEO d’Anneau, Amit Bakhirta, a, pour sa part, insisté sur l’incapacité chronique du pays à transformer son potentiel en résultats économiques concrets. « Depuis des années, de nouveaux secteurs sont identifiés (économie océanique, biopharmaceutique, énergies renouvelables), sans que les conditions institutionnelles et réglementaires permettent leur décollage », a-t-il souligné. Selon lui, l’État peine encore à jouer pleinement son rôle de facilitateur, notamment en raison des lourdeurs administratives et de la résistance au changement.

L’intelligence artificielle a également occupé une place centrale dans les échanges. Si elle représente une opportunité majeure pour améliorer la productivité et repositionner certains secteurs, elle constitue aussi une menace pour des activités comme le BPO, fortement exposées à l’automatisation. Les intervenants ont souligné l’urgence d’investir dans la formation dès le plus jeune âge, afin de préparer la main-d’œuvre aux compétences numériques et technologiques de demain.

Depuis Washington, l’ancien secrétaire financier Ali Mansoor a apporté un éclairage plus global, en insistant sur l’importance d’un pacte social autour de la croissance. Selon lui, l’alternative à une stratégie économique ambitieuse est l’austérité, dont les effets commencent déjà à se faire sentir, notamment sur la classe moyenne. Il a plaidé pour une mobilisation collective, associant État, secteur privé et population, afin de créer de nouvelles richesses et atteindre un taux de croissance suffisant pour réduire durablement la dette publique.

Les enjeux géopolitiques ont également été évoqués, qu’il s’agisse de l’évolution des routes commerciales, de la concurrence portuaire en Afrique de l’Est ou des fluctuations du dollar. Autant de facteurs externes qui renforcent, selon les invités, la nécessité pour Maurice de renforcer ses infrastructures, diversifier ses marchés et clarifier sa vision stratégique.

Publicité
À LA UNE
quotidien-4076