Au Cœur de l’info - eau : un réseau à reconstruire sous contrainte financière
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Le Défi Quotidien
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Remplacer 1 500 kilomètres de canalisations, développer de nouvelles infrastructures de captage et renforcer les capacités de stockage. Pour les invités de l’émission « Au Cœur de l’Info », le principal défi de Maurice n’est pas tant de trouver de nouvelles ressources en eau que de financer la modernisation d’un réseau vieillissant. Un chantier colossal, alors que la Central Water Authority (CWA) affiche un déficit d’environ Rs 755 millions.
Pour Prem Saddul, ancien Chairman de la CWA et consultant en hydrogéologie, le pays ne souffre pas d’un manque d’eau, mais d’une mauvaise valorisation de cette ressource. Selon lui, une part importante des eaux de pluie rejoint encore la mer faute d’infrastructures capables de les capter et de les stocker. « Nous n’avons jamais connu de véritable stress hydrique parce que nous disposons de suffisamment de ressources », affirme-t-il. Il plaide pour un développement accru des ouvrages de captage des eaux de rivière et des nappes souterraines, estimant que c’est sur ce terrain que Maurice doit concentrer ses investissements.
Dans cette logique, il se montre très réservé à l’égard du dessalement, régulièrement évoqué comme une solution d’avenir. À ses yeux, cette technologie demeure à la fois coûteuse et peu adaptée au contexte mauricien en raison de ses impacts environnementaux. « Le dessalement n’est ni économiquement ni écologiquement viable pour Maurice », dit Prem Saddul.
À la CWA, le constat est similaire, même si l’approche se veut plus pragmatique. Son Deputy General Manager, Chandrasen Matadeen, indique que plusieurs projets sont déjà en cours afin d’augmenter les capacités de production grâce à de nouveaux Containerised Pressure Filters (CPF), qui permettront d’exploiter davantage les ressources des rivières et des nappes phréatiques. Il cite également le projet développé avec Médine pour renforcer l’approvisionnement en eau dans l’Ouest.
Mais produire davantage d’eau ne suffira pas si le réseau continue de perdre une partie importante des volumes distribués.
Sur les quelque 5 300 kilomètres de conduites exploitées par la CWA, près de 1 500 kilomètres devront être remplacés. Le coût de ce programme est estimé à Rs 37,5 milliards. « Sans les financements nécessaires, il sera impossible de réduire significativement les pertes sur le réseau », reconnaît Chandrasen Matadeen.
Cette réalité explique également la hausse tarifaire annoncée par le gouvernement. Aujourd’hui, produire un mètre cube d’eau coûte environ Rs 24, alors qu’il est vendu en moyenne à Rs 14, ce qui limite la capacité de la CWA à entretenir ses infrastructures et à investir dans leur renouvellement.
Pour Lomush Juggoo, directeur de la Water Resources Unit, la modernisation devra aussi passer par une vision à plus long terme. Si les CPF permettent de répondre rapidement à certaines pénuries locales, Maurice devra renforcer ses capacités de stockage afin de mieux retenir l’eau pendant les épisodes de fortes pluies et de sécuriser l’approvisionnement durant les périodes sèches.
Il estime également qu’une révision des tarifs peut se justifier après près de 15 ans sans augmentation, à condition qu’elle s’accompagne de mécanismes protégeant les ménages les plus vulnérables. « Il est extrêmement important de disposer d’infrastructures capables de capter davantage d’eau pendant les fortes pluies afin de répondre aux besoins durant les périodes sèches », résume-t-il, estimant que cette modernisation constitue l’un des principaux leviers pour assurer durablement l’approvisionnement en eau du pays.
Cette retranscription n’est qu’une partie de l’émission qui est d’une durée de deux heures. Elle est à voir sur les plateformes du Défi Media Group et la chaîne YouTube de TéléPlus.