Au Cœur de l’Info - Conflit au Moyen-Orient : Maurice sur le qui-vive

Par Le Défi Quotidien
Publié le: 3 mars 2026 à 09:50
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Harish Chundunsing, Manisha Dookhony et Tahir Wahab étaient les invités sur le plateau  d’« Au Coeur de  l’Info » hier.
Harish Chundunsing, Manisha Dookhony et Tahir Wahab étaient les invités sur le plateau d’« Au Coeur de l’Info » hier.

Les tensions au Moyen-Orient ravivent les inquiétudes à Maurice. Experts et autorités analysent les impacts potentiels d’une crise susceptible d’ébranler davantage l’économie mauricienne.

Le conflit qui secoue le Moyen-Orient fait planer une incertitude grandissante à l’échelle mondiale. À Maurice, si le pays n’est pas directement impliqué dans les hostilités, les répercussions économiques et stratégiques sont scrutées de près. Dans l’émission « Au Cœur de l’Info » du lundi 2 mars, animée par Patrick Hilbert, les analystes ont tenté de mesurer l’ampleur des risques pour l’économie mauricienne.

L’économiste Manisha Dookhony a ouvert le débat en rappelant que le baril avait déjà franchi la barre des 78 à 80 dollars : « Si le conflit se prolonge, il est possible que le baril dépasse les 100 dollars. » Près de 20 % du pétrole mondial transite par le détroit d’Ormuz, actuellement sous tension. « Toute perturbation à ce niveau entraîne une hausse immédiate des coûts de transport et d’assurance maritime », a-t-elle souligné.

Elle a mis en garde contre l’augmentation des frais de fret. Certaines compagnies maritimes évitent désormais les zones sensibles et rallongent leurs itinéraires en contournant l’Afrique du Sud. « Cela ajoute plus d’une semaine de navigation et se répercute inévitablement sur les prix à l’importation. » Elle a en outre évoqué les conséquences possibles sur le tourisme, notamment via Dubaï, important hub de transit pour Maurice.

Tahir Wahab, observateur économique, a insisté sur la forte dépendance du pays aux importations. « Aucun pays ne dispose de toutes les ressources nécessaires pour être totalement autonome. Maurice importe l’essentiel de son énergie et une grande partie de ses produits de base. » Si l’Inde ou la Chine voient leurs coûts de production augmenter en raison d’un pétrole plus cher, « Maurice importera cette inflation ». Il a également évoqué la volatilité des marchés et le risque d’une pression accrue sur le pouvoir d’achat des ménages.

Pour Harish Chundunsing, le conflit intervient « à un très mauvais moment » pour Maurice : « Nous sortions à peine d’un marasme économique. Le pouvoir d’achat était déjà fragilisé et l’inflation persistait. »

Selon lui, si la guerre devait durer, « des moments difficiles sont à prévoir ». Il a fait ressortir que la hausse potentielle du baril, combinée aux tensions sur le fret et au ralentissement du tourisme, pourrait peser lourdement sur la reprise économique. « Un jour qui passe dans l’incertitude est un jour qui fragilise davantage notre économie », a-t-il averti.

Intervenu au téléphone, l’ancien ministre des Affaires étrangères Nando Bodha a estimé que le Moyen-Orient était devenu « une véritable poudrière » et que le conflit pourrait durer plusieurs semaines. Il a averti qu’une paralysie des liaisons aériennes et maritimes, ainsi qu’une flambée du pétrole, auraient des conséquences directes sur Maurice.

Du côté des importations, Afzal Delbar, président de la Customs House Brokers Association, a confirmé les premières tensions sur le fret. « Depuis les premières frappes, les coûts commencent à augmenter. Le marché fonctionne sur l’offre et la demande, et l’incertitude fait grimper les prix », a-t-il expliqué.

Sécurité alimentaire

La sécurité alimentaire a également été au cœur des débats. Le ministre de l’Agro-industrie et de la sécurité alimentaire, Arvin Boolell, s’est voulu rassurant. « À ce jour, il n’y a aucune pénurie à signaler », a-t-il affirmé, en précisant que Maurice diversifiait ses sources d’approvisionnement, notamment auprès de l’Inde et de l’Afrique du Sud, afin de réduire sa dépendance à certaines routes maritimes sensibles.

Mais au-delà de l’urgence, le ministre a insisté sur la nécessité de renforcer l’autosuffisance alimentaire : « Nous importons plus de 75 % de notre consommation alimentaire. Il est temps de produire davantage localement ce que nous consommons. » Il a annoncé la tenue prochaine d’une réunion d’urgence avec les parties concernées afin de renforcer les mécanismes de surveillance et d’anticipation.

L’impact sur le tourisme

Les impacts sur le tourisme inquiètent également. Maurice dépend fortement de la connectivité aérienne via Dubaï, avec environ trois vols quotidiens transportant plus de 1 000 passagers par jour. Toute perturbation prolongée de l’espace aérien dans la région pourrait affecter les arrivées touristiques (voir aussi en page 9).

Enfin, les intervenants ont souligné que cette crise pouvait également constituer un moment de réflexion stratégique. « Chaque grande crise nous rappelle notre vulnérabilité », a déclaré Manisha Dookhony. Elle a plaidé pour une diversification accrue de l’économie et une accélération de la transition énergétique afin de renforcer la résilience nationale.

Si la situation reste pour l’heure sous contrôle, l’incertitude domine. Les autorités surveillent l’évolution du conflit de près, conscientes que dans un monde interconnecté, même une île éloignée comme Maurice n’est jamais totalement à l’abri des secousses géopolitiques mondiales.
 

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