Au cœur de l’info - Bilan du Budget 2025 : sacrifices sans résultats?
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Le Défi Plus
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Lors de l’émission Au Cœur de l’Info, experts et acteurs économiques ont souligné les difficultés persistantes : réformes contestées, hausse du coût de la vie et incertitudes internationales. Ils appellent à une vision claire et durable pour stimuler la confiance et l’investissement.
Le débat de l’émission Au Cœur de l’Info, animée par Ashna Nuckcheddy-Rabot vendredi 27 février, a été largement consacré au bilan du Budget 2025-2026 et aux attentes entourant le prochain Budget 2026-2027, dans un contexte marqué par le maintien de la note souveraine de Maurice par Moody’s avec une perspective négative, la hausse persistante du coût de la vie et des mesures économiques jugées impopulaires par une partie de la population.
Plusieurs décisions, notamment la réforme de la pension avec le relèvement de l’âge de la retraite à 65 ans et la suppression progressive de certaines allocations sociales, ont été justifiées par les autorités comme étant nécessaires pour stabiliser les finances publiques et préserver la crédibilité économique du pays. Pourtant, malgré ces mesures, la situation reste incertaine et la perspective négative maintenue par Moody’s soulève des interrogations sur l’efficacité réelle des réformes engagées. Dans ce contexte, une question s’impose : les sacrifices demandés à la population ont-ils permis d’améliorer la situation économique du pays ou les résultats tardent-ils à se concrétiser ?
Pour l’économiste Sameer Sharma, les préparatifs du prochain Budget s’inscrivent dans un contexte international instable qui échappe en grande partie au contrôle de Maurice. « Nous sommes peut-être à l’aube d’une guerre au Moyen-Orient. C’est une situation qui dépasse notre contrôle, mais qui aura un impact définitif sur notre économie, notamment sur le prix du pétrole », a-t-il expliqué.
Sameer Sharma estime également que la situation budgétaire reste fragile, notamment en raison d’incertitudes entourant certaines recettes attendues. « On dépendait des dix milliards liés au dossier Chagos, mais c’est toujours dans le flou. Que se passera-t-il si on n’obtient pas cet argent ? Quel est le plan B ? » s’est-il interrogé.
Selon l’économiste, les Budgets successifs peinent à apporter des solutions durables. « Dans tous les Budgets, on essaie de trouver des solutions éphémères sans vraiment venir de l’avant avec des réformes structurelles », a-t-il affirmé. Il estime que l’absence d’une stratégie de développement claire explique en partie pourquoi la note de Moody’s n’évolue pas. « Les mesures ne sont pas soutenables. C’est pour cela que la note ne change pas », a-t-il ajouté.
Rajen Valayden, rédacteur en chef du magazine Capital, a pour sa part insisté sur la dimension psychologique du budget. « Le Budget n’est pas uniquement un exercice de comptabilité. Le but du discours, c’est d’inspirer la confiance. L’économie est guidée par la confiance : pas de confiance, pas de croissance », a-t-il déclaré. Selon lui, le Budget 2025 a produit l’effet inverse. « C’est un budget de psychose qui fait peur, notamment avec le document « State of the Economy » qui brosse un tableau quasiment fin-du-monde de l’économie », a-t-il affirmé.
Il évoque une insatisfaction généralisée face aux politiques économiques. « Les commentaires sont négatifs sur tous les fronts. Le gouvernement doit se rendre compte qu’il a raté le départ », a-t-il déclaré.
Le rédacteur en chef de Capital critique aussi les priorités économiques actuelles. « Le vrai moteur de croissance, ce sont les petites et moyennes entreprises, mais rien n’a été fait pour elles », a-t-il soutenu.
Jayen Chellum, secrétaire de l’Association des consommateurs de l’île Maurice (Acim), a insisté sur les conséquences concrètes des politiques économiques sur les ménages. Il estime que la réforme de la pension constitue « une erreur » dans sa mise en œuvre. « Le gouvernement a fait un faux pas », a-t-il affirmé.
Jayen Chellum reconnaît toutefois que le vieillissement de la population impose des ajustements. Mais il critique la méthode adoptée. « La manière de faire a été autocratique, brutale, avec une absence de dialogue », a-t-il dénoncé.
Il plaide également pour un meilleur encadrement des prix de certains produits essentiels. « Il y a des produits qui nécessitent un contrôle, notamment les médicaments », a-t-il insisté.