Attribution des collèges : incompréhension et frustration
Par
Melanie Duval, Jameela Jaddoo
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Melanie Duval, Jameela Jaddoo
La première édition du Primary School Achievement Certificate a été marquée par la grogne de nombreux parents dans certaines écoles. Insatisfaits du collège attribué à leurs enfants, ils ont laissé éclater leur colère. Ils n’écartent pas la possibilité de solliciter un avis légal sur la question.
C’est ce mardi 12 décembre que les élèves ayant pris part aux examens du Primary School Achievement Certificate (PSAC) ont obtenu leurs résultats. Ils ont également pris connaissance du collège qui a été attribué à chacun d’entre eux. Si certains parents sont satisfaits du choix imposé à leurs enfants par les autorités, d’autres, en revanche, sont animés par la colère, la frustration et l’incompréhension.
« Nous ne comprenons pas comment le Mauritius Examinations Syndicate (MES) a procédé à l’allocation des places dans les collèges. Il n’y a pas de transparence. Nous n’écartons pas la possibilité de demander un avis légal sur la question parce que nous estimons qu’il y a une rupture de contrat », déplore Vikash Ramessur. Ce père de famille s’est rendu au siège du MES pour contester le collège alloué à sa fille.
Il explique que celle-ci a obtenu quatre unités aux examens du PSAC. « Elle a donc eu la meilleure note. Nous habitons St-Julien-d’Hotman. Lorsque nous avions rempli le formulaire pour l’allocation des collèges, nous avions inscrit le nom de quatre établissements. Au final, ma fille a obtenu le SSS Quartier-Militaire, un collège qui ne se trouve même pas sur notre liste. »
Lorsque Vikash Ramessur a demandé des explications, un officier du MES lui a indiqué que la proximité est le critère qui a été pris en considération. « La question que je me pose est la suivante : sommes-nous obligés de fréquenter un collège du village parce que nous habitons ce village ? »
Furieux, le père de famille précise que mardi prochain, soit le jour de l’admission des élèves en Grade 7, il se rendra au siège du MES pour qu’un autre collège soit attribué à sa fille. Comme lui, ils sont nombreux à contester le choix imposé à leurs enfants, à l’instar de Barat Ramloul. Sa fille a elle aussi obtenu le collège SSS Quartier-Militaire alors que l’établissement était son dernier choix sur la liste d’enregistrement. « Je ne comprends pas pourquoi les autorités nous ont demandé de remplir un formulaire puisqu’au final, nous n’avons pas le collège que nous avons mis en priorité. C’est discriminatoire d’allouer à des enfants qui habitent loin des villes, un collège qui se trouve à proximité de leur résidence alors qu’ils obtenu de bons résultats. »
À l’école du gouvernement Sir Veerasamy Ringadoo, la colère de certains parents était palpable. Le petit Ethan, insatisfait du collège qui lui a été octroyé, se dit déçu. « Je voulais être admis au collège St-Esprit, mais je ne l’ai pas obtenu. Je me demande comment mon ami, qui a obtenu les mêmes notes que moi et qui, de plus, habite plus loin que moi, a pu être sélectionné pour intégrer ce collège. » Ce qui l’intrigue davantage est le fait qu’il ait eu le SSS Sir Raman Osman alors qu’il vit à Quatre-Bornes. Sa mère est également déçue, voire furieuse. « Je ne comprends pas cette sélection. Je contesterai évidemment ce choix. »
Vikash Boodhoo se pose lui aussi des questions sur le critère de la proximité. Le père de famille, qui habite non loin du collège St-Esprit de Quatre-Bornes, estime que le collège qu’a obtenu son fils se situe trop loin de son domicile. « Je ne comprends pas comment les autorités ont mené l’exercice d’allocation. Ont-elles réellement tenu compte de l’adresse des élèves ? »
Ce sentiment de frustration a été observé un peu partout dans l’île. À Port-Louis, Sarita Goodorally remet en question la transparence dans l’exercice d’attribution des collèges : « Je ne comprends pas comment l’allocation est faite. Sur quoi se base-t-on ? »
Sa fille Shania, élève à l’école Raoul Rivet, a obtenu le SSS de Pamplemousses, alors qu’elle a récolté quatre unités. « Certains élèves ayant décroché trois Grade 1 sont admis au Rabindranath Tagore Institute (RTI) alors que ma fille qui a eu quatre unités, n’a pas eu le collège qu’il fallait. Le RTI était notre premier choix. On dit que le collège est alloué à ceux qui habitent le plus près. Pourtant, nous vivons à Arsenal. Je songe à contester cette situation. Il faut plus de transparence dans l’allocation des collèges. »
Sarah Tandrayen est totalement insatisfaite de l’établissement attribué à sa fille, élève à l’école Raoul Rivet. « C’était un stress perpétuel avec la préparation pour les examens du PSAC. Ma fille était souffrante durant l’année mais elle a fait de son mieux. Nous avions inscrit sur notre formulaire plusieurs SSS ainsi qu’un collège confessionnel comme choix principal. Au final, ma fille a obtenu le dernier choix de la liste. Pourquoi ma fille n’a-t-elle pas eu un SSS alors que ses résultats sont assez satisfaisants ? La ministre a pris nos enfants pour des cobayes. Il faut enlever le PSAC », dit-elle.
Dans une déclaration à l’Assemblée nationale mardi après-midi, la ministre de l’Éducation Leela Devi Dookun-Luchoomun a souligné que 12 427 candidats ont atteint le niveau requis du PSAC. Elle a souligné que c’est le MES qui est responsable du processus d’enregistrement dans les collèges.
Si certains parents et élèves manifestaient leur mécontentement, l’heure était au soulagement pour d’autres. Après une année de dur labeur et de stress, parents et élèves ont laissé exprimer leur joie. À l’instar de Brinda Jankee. Submergée par l’émotion, elle se dit très satisfaite des résultats de sa fille Smriti, élève à l’école Raoul-Rivet, qui a obtenu le Rabindranath Tagore Institute. « C’était une année difficile, car elle a dû s’adapter au nouveau programme d’études. Nous avons fait beaucoup de sacrifices. »
Yeevesh, qui fréquente la même école, est tout simplement heureux, car il ira à la SSS de Terre-Rouge. Sa maman Cheetranee est satisfaite des résultats qu’il a obtenus : « On ne s’y attendait pas. Ce n’était pas facile pour mon fils. On ne voit pas trop de différences entre le Certificate of Primary Education (CPE) et le PSAC. Je pense que tout dépend des résultats de l’enfant. Il faut faire beaucoup d’efforts. »
La joie était aussi visible à l’école primaire Notre-Dame-de-Bon-Secours RCA. Jamel Meetoo fait la fierté de sa famille. « Ses résultats sont à la hauteur de nos espérances. Jamel aura certainement de très bonnes bases au collège James-Burty-David », confie Mélanie, la sœur de Jamel.
En sortant de l’école Notre-Dame-de-Bon-Secours RCA, Doris et son fils Wayne avait le sourire. « Les examens étaient faciles. J’ai eu le collège Patten à Rose-Hill. Je suis très content. C’est tout près de ma maison », indique Wayne. « On croyait qu’il allait moins bien travailler. Nous sommes très contents. Avec le PSAC, il y a moins de pressions exercées sur les enfants. La concurrence était rude avec le CPE », explique Doris Lim.
Lorraine Marjolain était très émue après avoir pris connaissance des résultats de sa fille, élève à l’école Notre-Dame-de-Bon-Secours RCA. « Ma fille Lorenna nous a surpris. Elle doit souvent s’absenter de l’école, car elle est souffrante. Malgré cela, elle a bien travaillé. Elle a obtenu la SSS de La-Tour Kœnig. C’est une bonne chose, car nous habitons la région. Avec le nouveau système mis en place par le ministère de l’Éducation, les enfants sont moins stressés », explique-t-elle. Quant à Lorenna, elle confie que les examens étaient à sa portée, malgré quelques difficultés en mathématiques.
Certaines écoles de la Zone d’éducation prioritaire ont réalisé une performance remarquable pour la première édition du PSAC. Sainte-Thérèse-de-l’Enfant-Jésus RCA enregistre un taux de réussite de 93,1 %. L’école Jean-Éon RCA enregistre, elle, un taux de 80,85 %. Celui de R. C. Nuckchady Government School s’élève à 70,37 %. Stanley Government School enregistre un taux de réussite de 66,67 % et Barkly Government School 63,16 %.
Brenda Thanacoody-Soborun, directrice du MES, apporte des éléments de réponse à l’incompréhension que pourrait susciter l’attribution des collèges. Elle souligne que toutes les procédures sont respectées. « L’exercice d’admission est basé sur les trois critères mis en avant sous l’Education Act qui a été amendée : c’est-à-dire le choix des parents, le Grade Aggregate de l’enfant et la proximité de la résidence. »
Dans le même souffle elle soutient que selon l’Education Amendment Regulations 2015, qui ont été officialisés en novembre 2015 il est écrit: (c) Where 2 or more pupils are equally meritorious in accordance with the criteria of admission specified in subparagraph (b), admission to Grade 7 shall be determined on the basis of the proximity of the residence of each of the pupils to the regional school.
C’est le nombre de candidats ayant pris part aux examens du PSAC. Le taux de réussite pour Maurice et Rodrigues s’élève à 77,7 %. 82,58 % des filles ont réussi, contre 73,01 % des garçons. Avec l’abolition de l’A+, le nombre de candidats ayant obtenu la meilleure note, qui est de quatre unités, est passé à 6 328. Ils sont 3 900 enfants à faire partie de l’Extended Programme, destiné à ceux n’ayant pas réussi les examens du PSAC.
Au niveau des Core Subjects, le taux de réussite en anglais est de 83,2 %. Il se chiffre à 80,86 % pour les mathématiques. En français, le taux s’élève à 84,68 %. En histoire-géographie, il est de 79,66 %. En sciences, 82,29 % des candidats ont réussi.
En ce qui concerne les langues orientales (c’est-à-dire les Optional Core Subjects ; NDLR), le taux de réussite en hindi est de 73,53 % ; en ourdou de 74,16 % et en marathi, il se chiffre à 70,18 %. Celui enregistré en télougou est de 74,04 %. Le taux de réussite des candidats en Modern Chinese s’élève à 72,41 %. Par ailleurs, 74,7 % des candidats ont réussi en arabe et 79,6 % en kreol morisien (épreuve qui s’est tenue pour la première fois ; NDLR). Ils sont 1 667 candidats à avoir décroché la meilleure note.