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Attente du Budget - Pétrole sous les 80 dollars : une baisse des prix à la pompe fortement espérée

Par Leena Gooraya-Poligadoo
Publié le: 19 June 2026 à 15:21
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Essence
La baisse du prix de l’essence et du diesel était une promesse électorale.

Alors que le pétrole brut est repassé sous la barre symbolique des 80 dollars cette semaine, de nombreux Mauriciens espèrent une baisse du prix de l’essence et du diesel. En ce jour de la présentation du Budget 2026-2027, les observateurs économiques invitent toutefois à la prudence.

La baisse récente des cours mondiaux du pétrole suscite de nombreuses attentes à Maurice. Après plusieurs semaines marquées par les tensions géopolitiques au Moyen-Orient et une forte volatilité des marchés énergétiques, le Brent est repassé sous le seuil des 80 dollars le baril, soit à 79 dollars le jeudi 18 juin. Une évolution qui soulève naturellement une question : le Budget 2026-2027 pourrait-il annoncer une baisse du prix de l’essence et du diesel ?

Pour les économistes et observateurs interrogés, la réponse est loin d’être évidente. Si la détente des marchés pétroliers constitue un signal positif, plusieurs mécanismes techniques et financiers limitent la possibilité d’une répercussion immédiate sur les prix pratiqués à la pompe. Pour Cédric Béguier, Head of Investment Strategy chez AXYS Investment Partners Ltd, il est important de rappeler que les prix des carburants à Maurice ne sont pas déterminés dans le cadre du Budget. Selon lui, la raison est mécanique avant d’être politique.

Petroleum Pricing Committee

« La fixation des prix relève du Petroleum Pricing Committee (PPC), un organisme indépendant qui se réunit au minimum tous les quatre mois et qui applique une méthodologie précise », dit-il. L’expert explique que le calcul des prix s’appuie sur une moyenne couvrant les six derniers mois et sur des projections pour les mois à venir. « Cette approche vise à amortir les fluctuations brusques des marchés internationaux. Par conséquent, les variations quotidiennes du prix du pétrole n’ont pas d’effet immédiat sur les tarifs locaux », ajoute-t-il. 

Il rappelle que les prix actuellement en vigueur ont été déterminés le 15 avril, à une période où les cours internationaux étaient nettement plus élevés. « Le prix de référence retenu était alors de 973,39 dollars la tonne métrique avec un taux de change de Rs 46,70 pour un dollar américain », indique notre interlocuteur. Dans ce contexte, dit-il, la baisse observée depuis quelques jours ne peut pas être intégrée directement dans les mesures budgétaires de vendredi. « Le Budget agit sur la fiscalité, les accises, la TVA ou encore sur une éventuelle recapitalisation du fonds de stabilisation. Il n’agit pas sur le cours mondial du pétrole ni sur le calendrier du PPC. »

Un autre élément complique la perspective d’une baisse rapide : la situation financière du Price Stabilisation Account (PSA). Selon Cédric Béguier, la législation actuelle prévoit qu’une diminution du prix à la pompe ne peut être envisagée que si ce fonds de stabilisation présente un solde positif. Or, celui-ci affichait un déficit estimé à Rs 3,2 milliards à la mi-avril.

Même si les cours du pétrole continuent de reculer, dit-il, le gouvernement pourrait être tenté d’utiliser cette embellie pour reconstituer les réserves financières du PSA plutôt que de procéder immédiatement à une baisse des prix. Pour l’analyste d’AXYS, si une baisse devait intervenir, elle serait davantage envisageable lors de la prochaine révision du PPC, probablement en juillet ou en août, à condition que les cours actuels se maintiennent.

Marge de manœuvre

L’économiste Bhavish Jugurnath adopte une position plus nuancée. « La baisse des cours du pétrole pourrait créer une marge de manœuvre pour une réduction des prix de l’essence et du diesel à Maurice », explique-t-il. Toutefois, le pétrole brut n’est qu’un des éléments pris en compte dans le calcul des prix locaux. « Les coûts d’importation, les frais de transport maritime, le taux de change roupie dollar, les taxes gouvernementales et la santé financière du PSA demeurent des variables déterminantes », dit-il. Pour l’économiste, le scénario le plus probable à court terme reste l’absence de changement immédiat à la pompe.

Il estime que le gouvernement pourrait plutôt privilégier des mesures ciblées de soutien aux ménages ou aux opérateurs du transport, tout en laissant la porte ouverte à une révision future des prix si la tendance baissière des marchés pétroliers se confirme. Selon lui, une baisse durable sous le seuil des 80 dollars renforcerait considérablement les arguments en faveur d’une réduction lors d’une prochaine réunion du PPC.

Pour Suttyhudeo Tengur, président de l’Association pour la protection de l’environnement et des consommateurs (APEC), la baisse actuelle constitue néanmoins une bonne nouvelle pour l’économie mauricienne. Il rappelle que Maurice demeure fortement dépendant des importations énergétiques et que la facture pétrolière représente plusieurs dizaines de milliards de roupies. Toutefois, il reconnaît que plusieurs facteurs techniques entrent en ligne de compte avant qu’une baisse internationale ne se traduise localement.

« Les prix mauriciens tiennent compte du coût d’achat, du fret, du taux de change, des stocks existants ainsi que des prélèvements destinés aux mécanismes de stabilisation. »  Malgré ces contraintes, Suttyhudeo Tengur estime que si les cours mondiaux restent durablement sous les 80 dollars le baril, les autorités disposeront d’une plus grande marge de manœuvre pour soulager les consommateurs.

En ce jour du grand oral, une chose semble donc acquise : même si la chute récente du pétrole ouvre la voie à une possible baisse future des carburants, une réduction immédiate du prix de l’essence et du diesel apparaît peu probable. Les Mauriciens devront attendre la prochaine révision du Petroleum Pricing Committee pour savoir si la détente observée sur les marchés internationaux se traduira enfin à la pompe.

Accord Iran–États-Unis

L’annonce d’un accord-cadre entre l’Iran et les États-Unis suscite de nouveaux espoirs sur les marchés pétroliers mondiaux. Les Mauriciens peuvent-ils espérer une baisse durable du prix de l’essence et du diesel ? Pour Cédric Béguier, Head of Investment Strategy chez AXYS Investment Partners Ltd, il convient d’abord de tempérer l’optimisme. Selon lui, aucun accord de paix définitif n’a encore été signé. « Il s’agit pour l’instant d’un accord-cadre intérimaire dont la signature est attendue en Suisse. Si le marché a déjà réagi favorablement, entraînant une baisse du Brent, la réouverture effective du détroit d’Ormuz prendra du temps », dit-il. Il indique que les opérations de déminage, la reprise graduelle du trafic maritime, le retour des assurances à des niveaux normaux et la relance de certaines productions pétrolières pourraient prendre plusieurs mois. 

L’économiste Bhavish Jugurnath estime néanmoins qu’une baisse progressive des prix des carburants est envisageable si les cours du pétrole se maintiennent durablement dans la fourchette de 75 à 80 dollars le baril. Il rappelle que l’impact dépendra également du taux de change roupie dollar, des taxes appliquées localement ainsi que de la situation financière du Price Stabilisation Account. Même son de cloche du côté de Suttyhudeo Tengur, président de l’APEC. Selon lui, la réduction des tensions géopolitiques constitue un signal positif, car près de 20 % du pétrole mondial transite par le détroit d’Ormuz. Toutefois, il insiste sur le fait qu’une baisse durable des carburants dépendra avant tout de la stabilité retrouvée sur les marchés internationaux.

La promesse électorale

La baisse des prix des carburants, brandie comme une promesse électorale, n’a jusqu’à présent pas été réalisée. Au contraire, les hausses successives ont pesé sur le pouvoir d’achat des ménages. Bhavish Jugurnath rappelle que la fixation des prix dépend avant tout de facteurs extérieurs : cours mondiaux du pétrole, taux de change, besoins budgétaires et fonctionnement du Price Stabilisation Account. « Les promesses se heurtent donc à une équation économique complexe, où l’État cherche à protéger à la fois le pouvoir d’achat et ses finances », dit-il. 

Cedric Beguier avance que si le Brent est revenu à des niveaux proches d’avant-conflit, le mécanisme local a absorbé les chocs passés. « Les hausses récentes, plus 20,3 % pour l’essence et 34,4 % pour le diesel au premier semestre 2026, auraient été bien plus lourdes sans plafonnement et sans déficit du fonds de stabilisation, estimé à Rs 3,2 milliards en avril », dit-il. Selon lui, la STC vend à perte, amortissant le choc, mais l’inflation et la hausse du taux directeur montrent que l’impact énergétique se diffuse dans l’économie. Pour Suttyhudeo Tengur, les ménages attendent légitimement que toute baisse internationale soit reflétée rapidement. « La promesse électorale de baisse reste donc un horizon incertain, tributaire de forces mondiales et de la dépendance énergétique du pays », dit-il.

Prix carburants et évolution à Maurice

4 novembre 2025
EssenceRs 58,45 
DieselRs 58,95
24 mars 2026
EssenceRs 58,45 
DieselRs 64,80 
15 avril 2026 (actuel)
EssenceRs 64,25 
DieselRs 71,25
Variation premier semestre de 2026
Essence+20,3 %
Diesel+34,4 %

Évolution du Brent – novembre 2024 à juin 2026

Novembre 2024 74,1 $
Décembre 2024 73,8 $
Janvier 2025 79,3 $
Février 2025 75,4 $
Mars 2025 72,7 $
Avril 2025 67,8 $
Mai 2025 64,4 $
Juin 2025 71,4 $
Juillet 2025 71,0 $
Août 2025 67,9 $
Septembre 2025 67,4 $
Octobre 2025 63,9 $
Novembre 2025 63,6 $
Décembre 2025 61,0 $
Janvier 2026 64,7 $
Février 2026 72,5 $
Mars 2026 91,9 $
Avril 2026 103,3 $
Mai 2026 96,4 $
Juin 2026 (jusqu’au 18 juin) 79 $(baisse en cours)
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