Atteinte d’une maladie - la députée Babita Thannoo : «Il n’a jamais été question de vie ou de mort»
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Le Défi Plus
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Élue de la circonscription n° 8, Babita Thannoo affronte une maladie silencieuse mais traitable. Entre soins et engagement, elle témoigne avec dignité et appelle les Mauriciens au dépistage.
Figure engagée de la circonscription n° 8, Babita Thannoo traverse aujourd'hui une épreuve personnelle qui aurait pu la briser. Loin de céder, elle choisit de se battre, de continuer à servir et de transformer la douleur en combat collectif. Entre résilience, convictions profondes et engagement politique, elle livre un témoignage rare.
« Il n'a jamais été question de vie ou de mort. » La voix est posée, maîtrisée, presque apaisante. Babita Thannoo n’ignore pas que les rumeurs ont circulé, quelquefois amplifiées et déformées. Dans un pays où l'émotion prend souvent le pas sur la nuance, elle tient à remettre les choses à leur juste place : « Je m'excuse auprès du peuple pour les ragots qui ont circulé à propos de ma maladie. Elle est tout à fait traitable. Il faut simplement suivre les consignes des médecins strictement. »
Dans ces mots, il n'y a ni colère ni reproche. Juste une volonté de vérité. Une manière aussi de rassurer, de reprendre le contrôle d'un récit qui lui a parfois échappé. Car derrière la femme publique, il y a une femme qui lutte — une femme qui apprend à composer avec la fatigue, avec les contraintes, avec une réalité qui impose désormais ses limites.
Babita Thannoo ne dramatise pas. Elle refuse toute posture victimaire. Pourtant, son quotidien a changé. Les gestes les plus simples sont désormais mesurés, réfléchis. « Je ne peux me permettre de rencontrer beaucoup de personnes à la fois, en raison du risque d'infection virale », explique-t-elle. Ce détail, presque banal en apparence, dit beaucoup : elle parle d'isolement, de prudence, mais aussi de discipline — une discipline imposée par le corps, acceptée avec lucidité.
Avant même de penser à elle, elle pense aux autres. À ceux qui l'attendent, qui comptent sur elle. À cette circonscription n° 8 qu'elle n'a jamais cessé de porter. Mais aujourd'hui, elle doit ralentir. Se protéger pour continuer.
Dans cette épreuve, Babita Thannoo n'est pas seule. Et elle tient à le dire : « Je remercie de tout cœur chaque Mauricien qui m'a soutenue, ainsi que toute ma famille, dans cette épreuve. » Le mot « famille » revient avec douceur, comme un refuge, comme une évidence.
Au-delà du cercle intime, c'est tout un réseau de solidarité qui s'est tissé autour d'elle. « J'exprime ma sincère gratitude envers le Premier ministre, mes collègues ministres et parlementaires, ainsi que la grande famille de Rezistans ek Alternativ, qui sont toujours à mes côtés », dit-elle. Dans le tumulte politique, ces mots ont un poids particulier : ils rappellent que derrière les divergences, il existe encore des élans d'humanité.
Elle n'oublie pas non plus ceux qui ont été présents concrètement, dans les moments décisifs. « Je remercie surtout le ministre Anil Bachoo et la Junior Minister Anishta Babooram pour m'avoir aidée dans mes soins », souligne-t-elle.
Mais même entourée, Babita Thannoo ne cache pas ses inquiétudes. « Je dois admettre avoir été anxieuse par rapport à mes responsabilités familiales et au travail énorme qu'il nous faut accomplir pour la circonscription n° 8 et le pays en entier », reconnaît-elle. L'aveu est rare. Sincère. Il révèle la pression constante qui pèse sur ses épaules : être à la fois femme, responsable politique, pilier familial — et aujourd'hui, patiente.
Tout a commencé de manière insidieuse. La fatigue et des rougeurs sur la peau ont constitué les premiers symptômes. Rien d'alarmant, au départ. Rien qui ne puisse être attribué au stress, à l'épuisement. Et pourtant. « C'est une maladie très silencieuse et insidieuse. Je demande donc à chaque Mauricien de faire des tests de dépistage réguliers », lance-t-elle.
Le message est clair : prévenir plutôt que subir, ne pas attendre, ne pas ignorer les signes. Car c'est souvent dans le silence que les choses s'installent. « Après un premier diagnostic, les médecins m'ont pris en charge pour que je reçoive les soins nécessaires », relate-t-elle.
Une prise en charge rapide, un suivi rigoureux, et surtout une confiance totale envers le corps médical. Elle tient à rassurer : « Je suis redevable envers les médecins qui me suivent de près. L'épreuve de la maladie se passe bien en ce moment et le traitement est positif ».
Babita Thannoo a passé trois semaines en Inde pour bénéficier d'un encadrement spécifique. Mais c'est à Maurice qu'elle poursuit aujourd'hui son combat. « Je suis le traitement à Maurice en ce moment, à l'hôpital public », précise-t-elle. Un choix fort : faire confiance au système de santé local, et rester proche des siens.
Malgré la fatigue et les contraintes, l'élue n'a pas arrêté. « En ce moment, le travail continue. On arrive à traiter les réponses à nos questions parlementaires et on travaille étroitement avec les ministères afin de trouver des solutions aux problèmes qui nous affectent », affirme-t-elle.
Dans la circonscription n° 8, les urgences sont nombreuses : accès à l'eau, transport, infrastructures scolaires, sécurité des marchés. « Le marché de Saint-Pierre, qui va à l'encontre des normes de sécurité et de santé, constitue notre cheval de bataille », indique-t-elle. Même affaiblie, elle reste en première ligne.
Parmi ses priorités, une cause lui tient particulièrement à cœur : celle des femmes. « Je suis de très près les cas de femmes sujettes au harcèlement dans le monde du travail. Il est regrettable que de nombreuses femmes souffrent du harcèlement psychologique au travail », déplore-t-elle. Elle va plus loin, et dénonce un vide institutionnel : « Il nous manque un système de whistleblowing qui permettrait de dénoncer les auteurs de ces actes tout en protégeant les travailleurs. »
Au-delà des urgences, Babita Thannoo porte une vision tournée vers la santé collective : « Il nous faut surtout résoudre les problèmes des éleveurs et planteurs pour assurer notre sécurité alimentaire, notamment en temps de crise. » Pour elle, tout est lié : santé, alimentation, environnement.
« Il est impératif de propager la culture agroécologique afin de protéger la santé de chaque Mauricien », déclare-t-elle.
Son discours est engagé, parfois tranchant : « J'ai toujours combattu l'agro-industrie chimique qui nous détruit la vie. » Et son expérience personnelle n'a fait que renforcer ses convictions. « Ma maladie a renforcé mes convictions, ma colère et ma bataille contre l'industrie agroalimentaire chimique qui nuit à notre santé », martèle-t-elle.
Elle ne se contente pas de subir : elle transforme. « Malgré toutes mes recherches, mes connaissances et ma maîtrise du sujet, je me suis retrouvée malade », dit-elle. Un constat amer, mais lucide. Elle lance alors un appel direct aux agriculteurs : « Je fais un appel aux agriculteurs de faire la transition écologique vers l’agriculture biologique saine. Seule l'agroécologie pourra nous sauver la vie. » Elle cite en modèles des expériences réussies comme celles de Cuba et de l'État indien de Sikkim.
Cette épreuve a changé son regard. « Cette expérience m'a rappelé la fragilité de notre être », lâche-t-elle. Une phrase simple, mais lourde de sens. Elle a dû ralentir, prendre du recul. « J'ai dû mettre un frein aux activités dans la circonscription, mais la bataille continue », affirme-t-elle. Car au fond, rien n’a changé. Ou peut-être que si. « L’esprit de combattant se renforce à chaque épreuve », soutient-elle.
C’est ainsi qu’elle conclut. Avec ces deux mots chargés d’histoire : « A luta Continua. » Un slogan. Une philosophie. Une manière de dire que rien n’est terminé. Babita Thannoo avance, sans bruit, sans plainte. Elle ne cherche ni compassion, ni mise en lumière. Elle avance avec dignité. Et dans ce silence, il y a peut-être la plus grande des forces.