Atteinte d’éléphantiasis - Pushpa Devi : 50 kilos de souffrance en moins
Par
Reshad Toorab
Par
Reshad Toorab
Pushpa Devi commence enfin à voir la lumière au bout du tunnel. Entre les mains de spécialistes, elle a subi une intervention hors norme pour retrouver ses jambes.
Sur ce lit d’hôpital, en Inde, Pushpa Devi Dookee, 42 ans, atteinte d’éléphantiasis, regarde ses jambes bandées. Pour la première fois depuis des années, elles ont retrouvé une forme humaine. Les chirurgiens viennent de retirer cinquante kilos de tissus malades. Le poids d’une vie entière portée en trop.
En 2013, cette Mauricienne apprend qu’elle est atteinte d’un cancer du sein. Le choc est brutal. Le monde s’écroule. Mais elle s’accroche. Elle suit les traitements, affronte la douleur, les incertitudes, les longues journées d’hôpital.
Lorsqu’elle parvient à surmonter cette première épreuve, elle pense alors que le pire est derrière elle. Mais la vie en décide autrement.
Deux ans plus tard, en 2015, elle subit une hystérectomie. Une nouvelle opération, une nouvelle cicatrice. Et presque en même temps, un signe étrange apparaît : sa jambe gauche commence à enfler. Rien d’alarmant au début. Juste un gonflement léger, qui passe presque inaperçu.
Mais les semaines passent… puis les mois. Et le gonflement ne disparaît pas. Au contraire, il s’aggrave. En 2017, la jambe droite est également touchée. Ce n’est plus un simple problème de santé. C’est le début d’une descente lente vers une maladie lourde, invalidante, qui va transformer son quotidien.
Ses jambes gonflent de manière impressionnante. Marcher devient difficile. Puis douloureux. Puis, presque impossible. Les gestes les plus simples – se lever, se déplacer, sortir – deviennent des épreuves. Chaque mouvement demande un effort immense. Le corps devient un poids à porter.
Mais au-delà de la douleur physique, c'est une autre souffrance qui s'installe. Celle de perdre son autonomie. Celle de dépendre des autres. Celle de voir sa vie se réduire, jour après jour.
Les années passent. La maladie progresse. Le diagnostic tombe finalement, lourd comme une condamnation : lymphœdème bilatéral sévère, évoluant vers un éléphantiasis avancé. À ce stade, il ne s'agit plus simplement d’un gonflement. Le système lymphatique ne fonctionne plus. Le corps n’arrive plus à drainer les fluides. Les jambes deviennent massives, déformées, lourdes à porter.
Pushpa Devi vit avec. Elle endure. En silence. « Ena bann zour li pa ti kapav leve… nou ti bizin soutenir li », explique un proche. Autour d’elle, la famille tente de tenir bon. Sa mère, sa sœur, toujours présentes, toujours là pour l’aider, pour la soutenir, pour l’encourager quand le moral vacille. Elles ont vu son état se dégrader. Elles ont vu la fatigue, la douleur, parfois même le découragement. Mais elles ne l’ont jamais laissée seule.
Pendant longtemps, la situation semble sans issue. Puis vient une lueur d’espoir.
Elle est finalement prise en charge en Inde, où son cas est examiné par des spécialistes. Les résultats des examens confirment la gravité extrême de son état. Un stade avancé, presque irréversible. Mais les médecins proposent une solution. Une intervention lourde, risquée, complexe : la procédure de Charles. Une chirurgie réservée aux cas les plus graves d’éléphantiasis, qui consiste à retirer les tissus malades pour tenter de redonner une forme de normalité au corps. Il n’y a plus vraiment d’alternative. Alors, elle accepte.
Son état étant critique, les médecins décident d’intervenir progressivement, une jambe à la fois. Le jour de la première intervention arrive. Sur la table d’opération, les chirurgiens retirent environ 25 kilos de tissus malades de sa jambe gauche. Puis vient la reconstruction, réalisée à l’aide de greffes de peau. Une opération longue, délicate et éprouvante.
À l’extérieur, la famille attend, dans l’angoisse. Accrochée à l’espoir. Les heures passent. Puis, la nouvelle tombe, enfin : l’opération s’est bien déroulée. Le soulagement est immense.
La période post-opératoire reste délicate. Les risques sont présents. Mais la récupération se passe bien. L’état de Pushpa Devi est stable. Une deuxième intervention sur sa jambe droite a depuis été réalisée mercredi, marquant la poursuite de ce traitement lourd, mais porteur d’espoir.
Aujourd’hui, rien n’est encore totalement gagné. Le chemin reste long. Mais pour la première fois depuis des années, il y a l’espoir de retrouver un peu de mobilité, un peu d’indépendance, une part de vie normale.
Derrière cette avancée, il y a aussi une chaîne de solidarité. Cette intervention n’aurait pas été possible sans le soutien de l’OMCA Foundation, qui a permis l’accès à ces soins spécialisés.