Atteint de paralysie cérébrale - Dhruv, 12 ans : le combat d’un petit guerrier pour marcher
Par
Reshad Toorab
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Reshad Toorab
Après plusieurs années d’errance médicale et de portes closes à Maurice, le jeune Dhruv, atteint de paralysie cérébrale, reçoit enfin des soins spécialisés en Inde grâce au soutien de l’OMCA Foundation. Mais les fonds manquent.
Né prématuré, privé de soins adaptés pendant des années, exclu de l’école, Dhruv se bat aujourd’hui pour réaliser un rêve simple : marcher. À 12 ans, il est enfin en Inde pour recevoir le traitement qu’il n’a pas pu avoir à Maurice. Mais sa famille ne peut pas y arriver seule. Derrière ce petit garçon qui refuse d’abandonner, il y a un appel à la solidarité. Le coût total de ce traitement est estimé à environ Rs 480 000, une somme que la famille ne peut assumer seule.
Dans sa petite chambre d’hôpital, Dhruv regarde l’écran qui diffuse ses dessins animés préférés. Il chante. Comme toujours. Sa voix est claire, joyeuse même. Diana, sa mère, l’observe en silence. Elle voit un guerrier, un enfant qui refuse d’abandonner. Mais pour en arriver là, il a fallu traverser l’enfer.
Tout commence dans l’urgence, un jour d’il y a 12 ans. Dhruv naît prématurément, à huit mois et deux jours de grossesse. Il ne pèse que 1,8 kilo. Trop fragile, trop petit. On le place immédiatement en « Nursery », sous surveillance médicale. Diana et son mari espèrent. Ils se raccrochent à l’idée que leur fils va s’en sortir, que le pire est derrière eux. Mais les mois qui suivent ne ressemblent pas à ce qu’ils avaient imaginé.
Dhruv grandit, mais différem-ment. À un an, il ne marche toujours pas. Il traîne ses jambes sur le sol, ne parvient pas à se tenir debout. Ses genoux ne se redressent pas correctement, ses pieds restent déformés. Diana sent que quelque chose ne va pas. Mais autour d’elle, personne ne semble voir l’urgence.
Commence alors un calvaire administratif et médical qui va durer des années. Tous les trois mois, la famille se rend à l’hôpital. À chaque fois, on leur propose quelques séances de thérapie. Rien de plus. Pas de diagnostic précis. Pas de plan de traitement global. Pas d’équipement adapté. Pas d’attelle médicale, pas de « walking frame »... Juste des rendez-vous qui se suivent et se ressemblent, dans une routine épuisante qui n’aboutit à rien.
Dhruv apprend à se déplacer à quatre pattes. Quand il ne peut plus, ses parents le portent ou le placent dans une poussette. Le diagnostic finit par tomber : paralysie cérébrale. Mais même avec un nom sur la maladie, rien ne change vraiment. Démunis, ses parents font confiance au système. Ils pensent que les soins finiront par arriver. Que quelqu’un, quelque part, va enfin s’occuper de leur fils. « Une simple consultation spécialisée plus tôt aurait pu éviter tant de souffrances », confie aujourd’hui Diana, 42 ans, la voix chargée d’une amertume qu’elle ne cherche plus à cacher.
À cinq ans, Dhruv veut aller à l’école. Il est vif, curieux. Il comprend tout, pose des questions, aime chanter. Dans sa tête, tout fonctionne parfaitement. Mais son corps, lui, ne suit pas. Et pour beaucoup d’établissements scolaires, c’est suffisant pour lui fermer la porte.
Plusieurs écoles, surtout les maternelles, refusent de l’accueillir. Faute d’accompagnant. Faute de moyens, disent-ils. Dhruv rate ainsi une grande partie de sa scolarité, enfermé à la maison, alors qu’il rêve d’apprendre comme les autres enfants.
La famille ne baisse pas les bras. Diana frappe à toutes les portes, multiplie les démarches. Et finalement, grâce à la bienveillance de certaines personnes — elle remercie particulièrement Mme Aubeelack qui a cru en son fils —, Dhruv parvient enfin à intégrer un parcours éducatif. Il est d’abord admis à la RDA Government School – SEN Unit, avant d’être transféré à la Nouvelle-France SEN Unit, où il poursuit aujourd’hui sa scolarité.
Chaque matin, un homme entre dans cette histoire. Le chauffeur de taxi qui conduit Dhruv à l’école ne se contente pas de le déposer devant le portail. Il le porte dans ses bras pour l’installer dans le véhicule, puis jusqu’à sa salle de classe. Un acte simple, quotidien, mais chargé d’une immense humanité. C’est aussi ça, la vie de Dhruv : une chaîne humaine faite de solidarité, de petits gestes qui changent tout.
À la maison, ses deux sœurs, âgées de 21 et 23 ans, prennent soin de lui comme de véritables secondes mères. Tandis que son grand-père, Ranjit Ghoburdhun, veille lorsque ses parents sont au travail. Dans cette famille modeste, l’amour compense ce que le système n’a jamais su offrir.
Dhruv a maintenant 12 ans. Des années de consultations qui ne mènent nulle part, d’attente, de frustration. Et puis, un jour, en 2025, lors d’un rendez-vous à l’hôpital de Rose-Belle, un médecin pose enfin les bonnes questions. Il s’étonne. Comment se fait-il qu’aucune prise en charge à l’étranger n’ait été envisagée plus tôt ? Il mentionne l’existence d’un service orthopédique pédiatrique à l’hôpital SSRN, spécialisé dans les enfants en situation de handicap.
Diana reste sans voix. « Tout ce temps-là, depuis que mon enfant a un an, les docteurs n’ont pas trouvé ça et personne ne l’a recommandé là-bas », raconte-t-elle aujourd’hui, incrédule devant tant d’années perdues. Un médecin spécialiste venu d’Inde est contacté. Le diagnostic est clair, et cette fois, un plan d’action se dessine enfin.
Le 9 octobre 2025, Dhruv subit une lourde opération aux deux pieds. Une intervention nécessaire, mais qui change radicalement son quotidien. Depuis, il ne peut plus se déplacer à quatre pattes. Il se retrouve cloué au lit, totalement dépendant d’un fauteuil roulant.
La famille tente d’obtenir un fauteuil roulant électrique adapté auprès de la Sécurité sociale. Mais les critères sont implacables : les revenus cumulés du foyer – Rs 35 000 pour ce couple – dépassent légèrement le plafond autorisé. Un obstacle de plus dans un parcours qui en compte déjà tant.
C’est là qu’intervient l’OMCA Foundation. Grâce au soutien de plusieurs associations, Dhruv finit par obtenir un fauteuil roulant électrique, une aide essentielle à son quotidien. Mais surtout, il obtient quelque chose de bien plus précieux : de l’espoir.
Diana se souvient précisément du moment où tout a basculé. Lors d’une visite à domicile, Zaheer, représentant de l’OMCA Foundation, prononce une phrase qui va la hanter : « Un fauteuil roulant, oui… mais quel avenir pour Dhruv ? »
Cette question, simple en apparence, ouvre une brèche. Pour la première fois, quelqu’un ne se contente pas de proposer un équipement. Quelqu’un regarde plus loin, vers l’avenir, vers la possibilité d’une vraie vie pour cet enfant.
L’OMCA Foundation prend Dhruv sous sa responsabilité et s’engage à l’envoyer en Inde pour y recevoir un traitement spécialisé. L’objectif : lui permettre de marcher un jour. Un rêve qui semblait inaccessible devient soudain possible.
« L’OMCA Foundation est une association qui tient parole. Grâce à eux, nous sommes aujourd’hui en Inde et mon fils est en cours de traitement », témoigne Diana, la voix chargée d’une émotion qu’elle ne cherche pas à retenir. « Au-delà de l’équipement, ils nous ont offert le plus grand des cadeaux, presque comme une lueur d’espoir tombée du ciel. »
En Inde, les examens révèlent une bonne nouvelle : l’IRM démontre que tout est normal dans les jambes de Dhruv. Il a besoin d’une intervention et de traitements pour qu’il puisse enfin tenir sur ses pieds. Pour la première fois depuis huit ans, le mot « marcher » ne semble plus un rêve inaccessible.
Tasleem Dilloo, CEO de l’OMCA Foundation, ne veut pas que l’histoire de Dhruv reste isolée. Pour lui, ce petit garçon représente une réalité bien plus large, celle de dizaines d’enfants à Maurice qui se retrouvent livrés à eux-mêmes.
« Le cas de Dhruv reflète malheureusement la réalité de beaucoup d’autres enfants qui ont été longtemps abandonnés à leur sort », explique-t-il. « Bien souvent, les familles ne savent même pas vers qui se tourner, ni quelles démarches entreprendre pour obtenir de l’aide, surtout lorsqu’un traitement à l’étranger est nécessaire. »
Le problème n’est pas tant le manque de volonté des familles que le manque de moyens financiers et, surtout, de renseignements. C’est pour cela que Tasleem Dilloo lance un appel clair à toutes les familles qui traversent des situations similaires : « Bann fami ki pena le mwayin pou amenn enn manb zot fami pou enn tretman a letranze, notaman Lind, bizin pa krwar zot tousel. Zot kapav kontakte OMCA Foundation. Pa bizin gagn traka kote finans. Nou la pou gid zot, soutenir e akonpagn zot zisko-bou. »
L’OMCA Foundation veut offrir une seconde chance aux enfants vulnérables, indépendamment de la communauté, et redonner espoir à des familles souvent dépassées par l’ampleur des difficultés. Parce que derrière chaque cas administratif, il y a un enfant qui veut simplement vivre.
Dans sa chambre d’hôpital en Inde, Dhruv continue de chanter. Il suit son traitement avec courage, entouré de sa mère qui a tout quitté pour l’accompagner. Mais aujourd’hui, Diana ne voit plus seulement un enfant malade. « Il a changé », dit-elle. « Il comprend tout. Il veut avancer. »
Dhruv n’a qu’un rêve, simple et universel : marcher un jour, apprendre, chanter, et vivre comme les autres enfants. Un rêve que des années d’errance médicale n’ont pas réussi à éteindre. Un rêve qui, grâce à la solidarité, peut enfin devenir réalité.
Le traitement de Dhruv nécessite une évaluation médicale approfondie et une prise en charge thérapeutique spécialisée. Le coût total est estimé à Rs 480 000. Pour faire un don :