Astride : «Manger local, c’est prendre soin de soi»
Par
Jenna Ramoo
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Jenna Ramoo
À 45 ans, Astride Raghoonauth a décidé de transformer la crise économique liée à l’inflation en une opportunité de retour aux sources. Habitante de Curepipe et passionnée par son travail sur un terrain agroécologique, elle a fait de sa cuisine, un laboratoire de créativité. Chez elle, le dîner type se réinvente autour d’un cari de peaux de bananes, d’une fricassée de papaye ou même de cookies au moringa.
Manger local n’est plus un slogan, c’est une stratégie de survie. « Au marché, le prix du manioc et de la patate douce s’envole. Mieux vaut planter chez soi », estime-t-elle. Servir de la viande ou du poisson à chaque repas, autrefois banal, est devenu le luxe du week-end.
Face aux protéines animales devenues chères, Astride s’efface avec douceur. Elle laisse la part belle à ses enfants qui réclament encore ce goût familier de viande ou de poulet, tout en sachant que les protéines végétales sont ses meilleures alliées. « À la maison, nous avons une devise : le partage. Personne ne doit manquer. C’est une valeur fondamentale que je veux transmettre à mes enfants, car le partage commence toujours sous son propre toit. »
Ce changement, bien qu’imposé par la vie chère, est devenu, pour elle, un moteur de santé : « Cette crise économique m’a poussée à mettre enfin en pratique ce que je disais à mes enfants, notamment que manger local, c’est prendre soin de soi. »
À la maison, nous avons une devise : le partage. Personne ne doit manquer»
Grâce à une formation en nutrition axée sur les produits abordables, elle jongle avec les aliments accessibles sans jamais sacrifier l’équilibre. Sa force ? Une organisation millimétrée. Chez elle, tout est classé par catégorie pour éviter les mauvaises surprises à la caisse. Elle ajuste chaque aspect de ses dépenses pour que les activités et l’école des enfants restent une priorité.
Ses plaisirs faciles du « tout prêt » ou ses commandes de repas deux ou trois fois par semaine ont disparu au profit du fait maison. Si les enfants boudent parfois l’absence de viande, Astride transforme ces moments en discussions pédagogiques.
« On apprend à faire autrement et à apprécier la rareté. Ne pas être dans l’excès fait du bien à notre santé. » Le week-end reste, cependant, un moment où elle cuisine des plats plus élaborés pour marquer la rupture avec la simplicité de la semaine.
Pourtant, derrière ce sourire résilient, la fatigue est réelle. En rentrant du travail, la charge mentale est immense entre veiller à ce que ses enfants fassent leurs devoirs, les repas à planifier et le soin apporté à ses propres parents pour qu’ils ne subissent pas seuls la tempête économique. Aux journées denses, s’ajoute le poids du monde, les tensions internationales et cette incertitude qui plane sur l’avenir.
Pour s’en sortir, Astride mise sur l’autonomie et la conscience collective. Son jardin est devenu sa banque alimentaire, rempli de plantes nourricières. En impliquant toute sa famille dans la lutte contre le gaspillage et en planifiant chaque menu avec rigueur, elle prouve que même face à la vie chère, on peut garder sa dignité et sa vitalité. Pour Astride, la richesse ne se compte plus en produits importés mais en racines solidement plantées dans sa cour.