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Assassinat de Marie-Ange Milazar : Katna, l'un des criminels, demande pardon

Louis Jonathan Thomas

Louis Jonathan Thomas (alias Katna), l’un des assassins de Marie-Ange Milazar, prostituée martyrisée et sauvagement tuée en novembre 2009, demande pardon. Dans une lettre manuscrite adressée aux proches de la victime, le détenu « repenti », qui purge sa peine de 40 ans à la prison de haute sécurité de Melrose (EHSP), dit « regretter » son geste.

Mais pourquoi l’un des trois bourreaux de Marie-Ange Milazar demande-t-il pardon aux proches de la victime 10 ans après les faits ? Éprouve-t-il des remords ou est-il vraiment devenu un apôtre de Dieu ? Dans la correspondance d’une page destinée aux proches de la malheureuse, dont Le Dimanche/L’Hebdo détient une copie, le détenu donne l’impression de s’être « tourné vers Dieu » afin d’être en paix avec son âme… D’ailleurs, il le répète sans cesse dans sa confession manuscrite rédigée entre les quatre murs de l’Eastern High Security Prison (EHSP) de Melrose, le centre pénitencier où lui et ses deux complices, Kinsley Dietmar François et Ricardo Perrine, purgent la même sentence : 40 ans de servitude pénale pour l’assassinat, qui relève d’une barbarie extrême, de Marie-Ange Milazar, prostituée enceinte de huit mois, en novembre 2009. 

Selon nos renseignements, c’est un travailleur social qui a remis la lettre aux enfants de Marie-Ange Milazar, il y a environ deux semaines. Ces derniers, domiciliés à Batterie-Cassée, Roche-Bois, ont pu lire dans la lettre écrite sur une feuille de papier classeur : « Mo espéré zot bien ek ki la grace de notre seigneur et sauveur Jesus Christ avec zot. Mo pé envoye zot sa let la parseki mo croire li finne arrive ler pou mo afronte la vérité ek zot coler ». Louis Jonathan Thomas poursuit en affirmant comprendre combien les enfants de Marie-Ange Milazar ont souffert à cause de son geste. 

Marie-Ange, qui était enceinte de huit mois, avait été tuée sauvagement en 2009 par Kinsley Dietmar François, Louis Jonathan Thomas et Ricardo Perrine. Elle avait subi de multiples sévices avant de mourir, battue et tailladée sur diverses parties du corps avec des tessons de bouteille et des armes tranchantes. La martyre avait les mains et les pieds ligotés, et elle avait été également violée et sodomisée. Son cadavre avait été retrouvé dans une bouche d’égout, sous le pont du Ruisseau du Pouce, rue Labourdonnais, avec un gros rocher sur le ventre. L’autopsie avait conclu que la prostituée était morte par strangulation. Son corps portait également des traces de brûlures de cigarette.

Le «pardon»

« Mo conscient ki avec mo participation ek mo fote, zot finn perdi enn membre de zot famille. C’est pour sa raison la ki mo p avoye zot sa let la parski mone envie demande zot mo pardon pou ki le seigneur capave pardonne mwa ossi. Mo finn fer zot souffert ek mo ré demane zot pardonne moi s’il vous plaît (…) », implore Louis Jonathan Thomas dans sa confession. Dans la correspondance, le criminel dit être conscient que les proches de Marie-Ange Milazar puissent éprouver de la haine envers lui. « Mo koné ki zot ena la haine contre moi. Mo comprend zot et mo accepté zot décision mais par la grâce de dieu, mo espéré zot pardonne moi (…) », ajoute-t-il. 

Le détenu termine sa correspondance en implorant, une fois de plus, le pardon. « Mo espérer ki zot pou accepté mo pardon ek ki sa pou permet moi tire inpé poids dan mo leker. Mo termine mo let par la mem ek mo prié pou ki zot pardonne moi. Merci beaucoup pou zot finn prend letan pou lire mo let », poursuit-il avant de signer… De la part de Louis Jonathan Thomas (alias Katna).

Kersley, le fils aîné de Marie-Ange Milazar, se confie

Kersley Milazar avait 23 ans en 2009, lorsque sa mère a été sauvagement tuée par les trois individus. Dix ans après le drame, il accepte de se confier en livrant un portrait de cette mère qui l’a tant choyé. Si  Kersley Milazar et son frère cadet Ericson disent pardonner les assassins de leur mère pour leur acte, tel n’est pas le cas de leur sœur Athena, âgée de 20 ans.

Ils n’ont pas grandi ensemble. Le seul point qui les rapproche est leur mère Marie-Ange. Celle-ci était toxicomane et s’adonnait au commerce de son corps afin de pouvoir survivre. Seul son aîné, Kersley, a vécu à ses côtés. Les six autres, âgés entre 27 ans et 15 ans respectivement, ont été adoptés, ou ont grandi avec d’autres proches, ou encore ont été placés dans des abris pour enfants, faute de moyens financiers. Si certains se souviennent vaguement de leur mère, d’autres ne l’ont hélas pas connue et c’est à travers des photos qu’ils se font une image de la femme qui leur a donné la vie.

« J’ai mené une vie paisible aux côtés de ma maman. Elle était une véritable femme courage. Je mangeais à ma faim et j’avais tout ce dont j’avais besoin. Le plus beau souvenir de ma mère est le fait qu’elle avait un penchant pour la cuisine. C’était un véritable cordon bleu. Le plat qu’elle cuisinait le plus souvent était les curry de poulet avec des faratas », se remémore Kersley Milazar, aux côtés de son frère Ericson et de sa sœur Athena. L’une des qualités de Marie-Ange Milazar, poursuit Kersley, est qu’elle avait le cœur sur la main. « Elle était toujours prête à tendre la main à n’importe quel malheureux… », poursuit le fils aîné.

Kersley Milazar explique qu’à l’âge de 17 ans, il avait demandé à sa mère de se ranger afin de mener une vie paisible. Celle-ci avait obtempéré, pendant plusieurs années… « J’avais un peu honte de ce qu’elle faisait. Alors, un beau jour, j’ai demandé à ma mère de mettre une fin à la prostitution. Elle m’avait écouté et a ainsi cessé avec la prostitution et la toxicomanie. Peu après, elle s’était mise en concubinage pendant environ trois ans, mais elle avait fini par rechuter. C’est ainsi qu’elle s’était retrouvée à faire le trottoir. Un mois plus tard, elle était assassinée. »

Kersley Milazar envisage d’approcher le milieu pénitencier, suite à la lettre du détenu qu’ils ont réceptionnée, afin de réclamer une visite aux assassins de sa mère. « Je suis disposé à pardonner aux assassins de ma mère car, étant jeunes, ils ne savaient pas ce qu’ils faisaient à ce moment précis. Ce n’est que bien plus tard qu’ils ont réalisé ce qu’ils avaient fait », dit Kersley Milazar. Son frère cadet Ericson, âgé de 19 ans, abonde dans le même sens. « Mais moi non ! Pourquoi dois-je pardonner à ceux qui ont ôté la vie de ma mère qui était enceinte ? Kifer mo bizin pardonn zot ? » demande Athena. Elle ne lâche pas prise et ne peut, du moins pas pour le moment, entendre parler de pardon.

Novembre 2009 : Maurice sous le choc : Un crime qui relève d’une barbarie extrême

L’assassinat de Marie-Ange Milazar, survenu dans la nuit du 6 au 7 novembre 2009 dans des circonstances affreuses, avait choqué toute la nation mauricienne. Agée de 44 ans, cette mère de sept enfants (trois garçons et quatre filles) dont l’aîné avait 23 ans à l’époque, avait perdu la vie entre les mains de ses trois bourreaux, Kinsley Dietmar François (alias Canard), Louis Jonathan Thomas (alias Katna) et Ricardo Perrine (alias Edley). Ces derniers avaient d’ailleurs confessé leur crime lors de leur arrestation et, une fois l’affaire en cour, ils avaient plaidé coupable. 

Le verdict est tombé en mars 2014. Les trois prévenus ont tous écopé de 40 ans de servitude pénale pour meurtre. Dans son jugement, le juge Benjamin Marie Joseph avait souligné que Marie-Ange Milazar avait été victime d’une rare violence et que la victime avait également subi des sévices sexuels jusqu’à son dernier soupir. Le juge avait aussi fait ressortir que les trois accusés avaient des couteaux en leur possession, avaient l’intention de voler l’argent de Marie-Ange Milazar et avaient contraint cette dernière à les suivre de force sous le pont afin de satisfaire leurs désirs, bien qu’elle leur eût rappelé qu’elle était enceinte. Le juge Benjamin Marie Joseph avait aussi mis l’accent sur l’importance de faire preuve de sévérité dans des cas de crimes où il y a une volonté d’ôter la vie.

Un officier du département Welfare du milieu carcéral, sollicité, explique que les trois criminels sont incarcérés à la prison de Melrose. « Le fait que le détenu Louis Jonathan Thomas ait exprimé des regrets est dans le cours des choses en prison. Ce n’est pas nouveau qu’un détenu, qui se retrouve entre quatre murs, exprime des remords », fait ressortir notre interlocuteur. L’officier du département Welfare ajoute que Louis Jonathan Thomas serait en train de « suivre les programmes de réhabilitation » dispensés par le milieu carcéral et qu’il fréquente également l’école de la prison. Mais qu’en est-il des deux autres criminels ? « Tout ce que je peux vous dire, c’est qu’ils bénéficient de visites de leurs proches… », indique notre interlocuteur.

Détention des trois criminels : Lourde sentence avec rémission possible

Les trois assassins de Marie-Ange Milazar purgent tous une peine d’emprisonnement de 40 ans à la prison de Melrose. Selon les Standing Orders de la prison, ils peuvent bénéficier de Statutory Remissions, réduisant ainsi leurs peines d’un tiers. Ils purgeront néanmoins un maximum de 30 ans de réclusion criminelle. Les trois détenus pourraient également bénéficier de Earned Remissions, c’est-à-dire de rémissions (calculées sous forme d’heures) en cas de bonne conduite, ou encore s’ils s’adonnent aux corvées à la prison. Selon des renseignements, ils ont aussi bénéficié de remises de peine pour les 50 ans de l’Indépendance ou encore lors de la venue du pape en septembre. Le temps qu’ils ont passé en détention préventive, en attendant leur procès, sera aussi comptabilisé. Selon l’état-major du milieu carcéral, les trois High Profile Detainees pourraient regagner la liberté « bien avant 2044 ».

 

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