Mise à jour: 25 janvier 2026 à 15:30

Ashven Mootien : l’art du trait sacré

Par Le Dimanche /L' Hebdo
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La représentation des divinités est pour Ashven le chemin qui révèle pleinement son art.

À seulement 22 ans, Ashven Mootien sublime les divinités par son trait d’une grande finesse. Entre portraits sacrés et restauration de statuettes, ce jeune autodidacte cultive l’art du recueillement.

Les cahiers d’écolier d’Ashven Mootien débordaient de visages. Des silhouettes, des yeux expressifs qu’il recopiait sans relâche. Pas de cours, pas de professeur. Juste l’observation, la reproduction, la répétition. « Je n’ai jamais vraiment appris à dessiner dans une école. J’observais, je reproduisais, je recommençais », confie-t-il. Le geste s’est affiné comme ça, au fil des années. Très vite, son trait s’est précisé, son sens du détail s’est affirmé. Les portraits sont devenus plus réalistes, plus profonds, plus vivants.

Mais c’est dans la représentation des divinités qu’Ashven trouve sa véritable voie. Aujourd’hui, à 22 ans, dans sa chambre transformée en atelier, loin des projecteurs et du bruit, il dessine Ganesh, Muruga, Shiva, Krishna, Lakshmi. Sous son crayon, ces figures sacrées prennent une dimension humaine et spirituelle à la fois. Chaque regard semble habité, chaque expression chargée de paix, de force ou de compassion. « Quand je dessine une divinité, je ne dessine pas juste un visage. Je ressens quelque chose. Il faut être calme, concentré, respectueux. »

Son travail se distingue par une grande finesse de traits, une attention extrême aux ombrages, aux expressions du regard, à la symbolique des postures. Rien n’est laissé au hasard. Avant de commencer, Ashven observe longuement les références, s’imprègne de l’histoire et de la signification de la divinité qu’il va représenter. Le dessin devient alors un moment presque spirituel, un dialogue silencieux entre l’artiste et le sacré.

C’est là aussi, dans cet atelier de fortune, qu’il restaure des statuettes religieuses. À Maurice, de nombreuses familles possèdent des statues anciennes, parfois transmises de génération en génération, mais dont la peinture s’est abîmée avec le temps, l’humidité ou l’exposition. Plutôt que de les remplacer, Ashven leur offre une seconde vie.

« Les gens sont souvent très attachés à leurs statuettes. Elles ont une valeur émotionnelle, spirituelle. Je fais très attention quand je travaille dessus. » Nettoyage délicat, retouches minutieuses, reprise des couleurs, respect des teintes traditionnelles : chaque intervention se fait avec patience et humilité. Il ne s’agit jamais de transformer l’objet, mais de lui redonner son éclat d’origine, sa dignité.

Ce travail demande une précision extrême. Une erreur de couleur, un trait trop appuyé, et c’est toute l’expression de la statue qui change. Ashven travaille lentement, parfois sur plusieurs jours, laissant sécher chaque couche de peinture avant d’avancer. « Je préfère prendre du temps et bien faire. Ce n’est pas un travail industriel. »

Ses clients viennent souvent par le bouche-à-oreille. Une famille impressionnée par un portrait, un voisin touché par la restauration d’une statuette, un ami qui recommande son travail. Peu à peu, son nom circule, discrètement, mais sûrement. Sur les réseaux sociaux aussi, ses œuvres attirent l’attention, suscitent admiration et respect.

Ce qui frappe chez ce jeune artiste, c’est son rapport au temps et à l’argent. Ashven ne court pas après la rentabilité. Il choisit ses commandes avec soin, accepte ce qu’il sait pouvoir réaliser correctement, refuse ce qui ne correspond pas à ses valeurs ou à ses capacités du moment. « Je veux que la personne soit satisfaite, mais surtout que moi je sois en paix avec mon travail. »

Ashven parle peu de lui, mais beaucoup de son travail. Il préfère laisser ses dessins parler à sa place. Et ils parlent fort : ils racontent la patience, la foi, la discipline, le respect du sacré. À 22 ans, il est encore au début de son parcours. Les projets ne manquent pas. Il rêve d’améliorer encore sa technique, d’explorer de nouveaux supports, peut-être un jour d’exposer ses œuvres. Mais sans précipitation. « Chaque chose en son temps », dit-il simplement. 

Pour l’instant, il y a ces portraits à terminer, ces statuettes à restaurer. Ce silence dans lequel il travaille, un crayon à la main.

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