Ashok Subron : «Pou sertin dimounn, monn vinn le parti a abat»
Par
Sharone Samy
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Sharone Samy
Invité de l’émission Au Cœur de l’Info ce jeudi 23 avril, le ministre de l’Intégration sociale, Ashok Subron, a dressé un constat sans détour sur l’action gouvernementale. Entre lenteurs administratives, réformes contestées et tensions politiques, il affirme rester engagé, tout en brandissant la possibilité d’un départ si les engagements pris ne sont pas respectés.
Dans un contexte économique marqué par une hausse du coût de la vie, des tensions sur les prix et un climat international incertain, Ashok Subron était l’invité de Prem Sewpaul dans l’émission Au Cœur de l’Info sur Radio Plus. L’échange, franc et parfois incisif, a permis au ministre de s’exprimer sur plusieurs dossiers sensibles, notamment la réforme des pensions, les arbitrages budgétaires et les tensions internes au sein de la majorité.
Dès le début de l’entretien, le ministre a reconnu un certain malaise face au rythme d’exécution des mesures attendues par la population. S’il affirme rester convaincu de la volonté du gouvernement d’avancer, il déplore néanmoins une lenteur persistante dans la mise en œuvre des décisions. « En 15 mois, j’ai beaucoup appris et je reste engagé dans mes convictions. Mais ce qui m’agace, c’est que pour certaines dimounes, monn vinn le parti à abattre », lâche-t-il, visiblement agacé par les critiques visant son parti, Rezistans ek Alternativ (ReA).
En 15 mois, j’ai beaucoup appris et je reste engagé dans mes convictions»
Il insiste toutefois sur le rôle de sa formation politique au sein de l’alliance gouvernementale. Selon lui, ReA agit dans le respect des engagements pris, tout en défendant ses valeurs fondamentales. « Nous avons eu une consultation avec le Premier ministre et, comme je l’ai toujours dit, ReA suit son accord avec l’alliance gouvernementale. Nous avons demandé une réorganisation au sein du gouvernement, avec une liste de propositions. Si cela va dans la direction voulue, nous restons. Sinon, nous nous réservons le droit de quitter le gouvernement », prévient-il.
Cette prise de position intervient dans un climat politique agité, marqué par des tensions internes et des remous récents, notamment la démission de Paul Bérenger comme Deputy Prime Minister. Pour le ministre, ces événements ont contribué à ralentir la dynamique gouvernementale. « Le gouvernement a connu pas mal de secousses en si peu de temps. Le départ du DPM, la crise énergétique liée à la guerre et l’incertitude globale. Nous travaillons malgré tout pour jeter les bases des 30 prochaines années », affirme-t-il, évoquant la nécessité de transformations structurelles.
Sur le plan économique, Ashok Subron n’a pas éludé les difficultés auxquelles font face les Mauriciens. Entre hausse des prix, coût du carburant et pression sur le pouvoir d’achat, il reconnaît que la situation est tendue. Dans ce contexte, il propose la mise en place d’un Crisis Solidarity Fund, destiné à soutenir la classe moyenne. « Il faut contribuer, oui, mais de manière légale, avec un cadre bien établi. Pas comme à l’époque du Covid-19 où nous avons vu une véritable maldonne. Sat bwar dilait so enn sel fwa ! », lance-t-il, appelant à une mobilisation collective et structurée.
Interrogé sur l’absence perçue du Premier ministre dans la communication publique face aux défis actuels, le ministre se montre nuancé. Il estime que le chef du gouvernement agit dans un contexte particulièrement complexe. « Il fait ce qu’il peut dans une période difficile. Entre les tensions internes, la guerre au Moyen-Orient et les enjeux énergétiques, la situation n’est pas simple », explique-t-il, tout en soulignant l’importance d’un message rassembleur.
Il y a une lourdeur dans l’exécution des décisions»
Le dossier de la réforme des pensions a également été abordé. Sur ce point, Ashok Subron reconnaît des lacunes dans le processus décisionnel. Il affirme que certaines décisions ont été prises sans consultation préalable, y compris au sein du gouvernement. « Je dois le dire clairement, nous n’étions pas au courant. Il n’y a pas eu de consultation. Le Premier ministre a pris sur lui », déclare-t-il, laissant transparaître une certaine frustration.
Le ministre s’est aussi exprimé sur les critiques liées aux nominations publiques, notamment celles ayant conduit à des échecs ou des incompatibilités. Il admet que la situation est préoccupante. « Lorsque nous regardons certaines nominations, il est regrettable de constater une incompatibilité entre certaines personnes et les objectifs que nous poursuivons. Il y a une lourdeur dans l’exécution des décisions », souligne-t-il, appelant à davantage de rigueur et de cohérence.
Malgré ces critiques, Ashok Subron réaffirme son engagement politique. Il insiste sur la nécessité de défendre une vision axée sur la justice sociale, l’écologie et les droits des travailleurs. Il rappelle également l’importance du combat contre la drogue, un dossier qu’il considère prioritaire. Malgré ces réserves, Ashok Subron maintient son cap. Il insiste sur la nécessité de rester fidèle à une ligne politique axée sur la justice sociale et la défense des plus vulnérables. Pour lui, il ne s’agit pas simplement de gérer l’urgence, mais de transformer en profondeur certains piliers du système. « Nous sommes là pour changer le système », affirme-t-il, tout en rappelant que son engagement reste intact, notamment sur des dossiers sensibles comme la lutte contre la drogue ou encore les inégalités sociales.
Mais dans le creux du sujet, c’est un avertissement politique que lance le ministre. Derrière les mots, une impatience qui se fait de plus en plus sentir face aux lenteurs et aux décisions contestées. Pour Ashok Subron, il ne suffit plus d’afficher des intentions : il faut des résultats. Et si le cap n’est pas corrigé rapidement, la question de la place de Rezistans ek Alternativ au sein du gouvernement pourrait ne plus être théorique, mais bien réelle.