Ashitah Rogbeer, criminologue : «Le féminicide est souvent l’aboutissement d’un cycle de violence déjà installé»
Par
Sharone Samy
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Sharone Samy
Les féminicides commis par un conjoint ou un ex-conjoint ne sont pas nécessairement plus nombreux qu’auparavant. Mais ils ont aujourd’hui une plus grande reconnaissance et une visibilité accrue dans l’espace public. C’est le constat de la criminologue Ashitah Rogbeer. Elle met en avant une évolution préoccupante de leur poids dans les statistiques criminelles.
« En 2016, environ 22 % des homicides étaient commis dans le cadre du foyer. En 2024, cette proportion est passée à 40 %. Cette situation montre que les violences au sein de la famille occupent une place de plus en plus importante dans les homicides enregistrés », indique-t-elle. Selon la criminologue, les circonstances de ces crimes sont souvent similaires. Les modes opératoires observés demeurent relativement constants, qu’il s’agisse de l’utilisation d’armes blanches, de strangulations et de violences physiques entraînant la mort. Ashitah Rogbeer note que plusieurs facteurs déclencheurs reviennent fréquemment dans les dossiers étudiés. Parmi eux figurent les séparations, la jalousie excessive, le sentiment de possession à l’égard du partenaire ainsi que les antécédents de violences conjugales.
Pour la spécialiste, le féminicide ne survient généralement pas de manière soudaine ou imprévisible. Il constitue l’aboutissement d’un processus plus long, marqué par des comportements de contrôle, d’intimidation et de violence déjà présents au sein de la relation.
« Les recherches montrent que ces crimes s’inscrivent dans un cycle de domination et de violences qui s’est installé bien avant le passage à l’acte. C’est pourquoi l’identification précoce des signaux d’alerte est essentielle pour prévenir de nouveaux drames. »