Artistes et sportifs mauriciens : une reconversion dans l’entrepreneuriat
Par
Ajagen Koomalen Rungen
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Ajagen Koomalen Rungen
Ils font vibrer les scènes, briller les stades et inspirer toute une génération. Mais derrière leurs talents artistiques et sportifs, Alain Ramanisum, Stéphan Buckland, Alexandre Martin et Jean Diyaune Adriano Francoeur partagent une même vision : celle de bâtir un avenir solide à travers l’entrepreneuriat. Entre musique, sport, créativité et sens des affaires, ces parcours croisés illustrent une réalité mauricienne où la passion ne suffit pas toujours, mais devient un puissant moteur pour se réinventer, diversifier ses revenus et construire, avec détermination, une réussite durable.
Connu pour sa voix et ses compositions qui font danser toute une île, Alain Ramanisum a toujours cultivé une autre passion, plus discrète mais tout aussi intense : la cuisine. « Depuis longtemps, j’avais ce rêve d’ouvrir un restaurant. La musique nourrit l’âme, mais la cuisine nourrit le cœur autrement », confie-t-il. Il y a quatre ans, il décide de franchir le pas et d’ouvrir son établissement à Port-Louis, un lieu à son image, chaleureux et authentique. Ici, pas de compromis : la cuisine locale est reine, à l’image du séga qu’il met en avant dans sa carrière artistique.
Dans son restaurant, la cuisine créole est à l’honneur. Chaque plat raconte une histoire, un héritage, une identité. « Comme dans mes chansons, je veux que les gens ressentent quelque chose en goûtant mes plats. C’est une autre manière de partager ma culture », explique-t-il. Pour lui, il existe un parallèle évident entre musique et gastronomie : les deux rassemblent, les deux font voyager. « Le séga fait vibrer les émotions, la cuisine créole fait revivre les souvenirs. »
Mais derrière cette aventure entrepreneuriale se cache aussi une réalité bien connue des artistes. « Ce n’est pas toujours évident de dépendre uniquement du revenu artistique. Être entrepreneur, c’est une sécurité en plus », admet-il avec lucidité. La restauration devient alors un complément essentiel, un pilier qui lui permet de continuer à créer librement. « Je ne vois pas ça comme un plan B, mais comme une extension de qui je suis », précise-t-il.
Malgré un emploi du temps chargé, Alain Ramanisum refuse de faire des choix. Il reste profondément attaché à sa carrière musicale tout en développant son activité de restaurateur. « Je ne néglige ni ma carrière d’artiste, ni mon rôle d’entrepreneur. Les deux me passionnent autant », affirme-t-il. Cette double casquette demande discipline et organisation, mais il s’y investit pleinement.
Derrière l’artiste et l’entrepreneur se cache aussi un père de famille. Alain Ramanisum est le père d’un garçon et d’une fille, une source de motivation constante. À ses côtés, son épouse Laura Beg, elle aussi chanteuse, partage sa passion pour la musique et comprend les exigences de ce mode de vie. « Ma famille est mon équilibre. Sans elle, rien ne serait possible », souligne-t-il.
Aujourd’hui, son restaurant s’impose comme un lieu où se rencontrent saveurs locales et identité culturelle. Alain Ramanisum y transpose l’énergie qu’il déploie sur scène. « Que ce soit en musique ou dans la gestion de mon restaurant, je donne toujours le meilleur de moi-même », dit-il.
Entre notes de séga et parfums créoles, Alain Ramanisum incarne une nouvelle génération d’artistes mauriciens, capables de se réinventer sans jamais renier leurs racines. « Au final, que ce soit avec une chanson ou un plat, mon objectif reste le même : toucher les gens », conclut-il.
Figure emblématique de l’athlétisme mauricien, Stéphan Buckland a porté haut les couleurs du pays sur les pistes du monde entier. Ses performances et ses titres ont forgé sa réputation. Mais dès ses débuts, il garde une vision claire : « À Maurice, il est difficile de vivre uniquement du sport. Il faut penser à l’avenir. » Une lucidité qui va orienter très tôt ses choix.
Alors qu’il est encore au sommet de sa carrière sportive, il amorce un virage audacieux. En 2004, il lance une entreprise de pré-production. Son rôle : repérer des visages, sélectionner des figurants pour des campagnes publicitaires. « J’aimais découvrir des talents, travailler en coulisses, voir comment une production prend vie », explique-t-il. Une première immersion dans le monde des affaires, qui lui ouvre de nouvelles perspectives.
Deux ans plus tard, il diversifie ses activités et se lance dans la restauration. Un univers exigeant, mais passionnant. « L’entrepreneuriat, c’est un challenge, mais aussi une source de revenus essentielle », confie-t-il. Père de trois enfants – aujourd’hui âgés de 22, 17 et 16 ans – il voit dans cette activité un moyen de sécuriser l’avenir de sa famille. Aujourd’hui, c’est son épouse Joëlle qui a repris les rênes de ce business, assurant sa continuité avec engagement.
Ayant pris sa retraite sportive depuis 2009, Stéphan Buckland n’a jamais cessé d’être actif. Bien au contraire. Il continue à explorer de nouveaux horizons, toujours animé par le goût du défi. « Je ne peux pas rester sans rien faire. J’ai besoin de construire, de créer », dit-il.
Il y a 13 ans, il se lance dans un nouveau domaine : la décoration intérieure et la rénovation. Un choix qui reflète son besoin de concret et de créativité. Sur le terrain, il ne se contente pas de superviser. « Je mets la main à la pâte. J’aime le travail bien fait, avec ma touche personnelle », affirme-t-il. Avec son équipe, il gère entre deux et trois chantiers par semaine, un rythme soutenu qu’il assume pleinement.
Pour Stéphan Buckland, l’entrepreneuriat n’est pas seulement une nécessité économique, c’est une véritable philosophie de vie. « C’est un défi permanent. Il faut se battre, s’adapter, ne jamais abandonner », souligne-t-il. Des valeurs directement héritées du sport de haut niveau.
Aujourd’hui, même loin des pistes, il continue de tracer sa route avec la même rigueur et la même détermination. « Que ce soit dans le sport ou dans le business, je fonctionne à la passion. C’est le moteur de tout ce que je fais. »
Depuis toujours, Alexandre Martin nourrit un intérêt profond pour l’entrepreneuriat. Bien avant de concrétiser ses projets, il observait, réfléchissait, imaginait. « J’ai toujours aimé créer, monter des projets, donner vie à mes idées », partage-t-il. Il y a trois ans, il décide de franchir le cap et lance sa propre activité dans l’événementiel, un domaine qui lui permet de rester connecté à son univers artistique.
Comédien de formation, Alexandre Martin trouve dans les spectacles et l’animation une continuité logique de son parcours. Sur scène comme lors des événements qu’il organise, il met en avant son sens du contact, son énergie et sa créativité. « L’événementiel, c’est une autre scène. On est là pour faire vivre des émotions, pour créer des moments uniques », explique-t-il. Son entreprise devient alors un terrain d’expression où l’art rencontre le business.
Mais au-delà de la passion, il y a une réalité que l’artiste ne cache pas. « Aujourd’hui, vivre uniquement de la comédie est difficile », reconnaît-il avec franchise. Son activité entrepreneuriale représente ainsi une source de revenu additionnelle essentielle. « Cela me permet de faire tourner la maison, de subvenir aux besoins de ma famille. » Père de deux enfants âgés de 10 et 8 ans, il place leur éducation et leur bien-être au cœur de ses priorités.
Trois ans après le lancement de son entreprise, Alexandre Martin se dit satisfait du chemin parcouru. L’activité a connu une belle progression, portée par sa détermination et son engagement. « Il y a eu beaucoup d’avancées depuis l’ouverture. Rien n’est facile, mais avec du travail, on voit les résultats », fait-il ressortir. Chaque événement organisé, chaque spectacle monté est une nouvelle étape dans cette aventure entrepreneuriale.
Convaincu des bienfaits de l’entrepreneuriat, Alexandre Martin encourage les jeunes à se lancer. « L’entrepreneuriat, c’est une opportunité de mettre en valeur nos idées, notre créativité », insiste-t-il. Pour lui, il ne s’agit pas seulement de gagner de l’argent, mais de construire quelque chose de personnel, de donner un sens à ses projets. Aujourd’hui, entre scène et organisation d’événements, Alexandre Martin poursuit son chemin avec passion et lucidité. « Je continue à croire en mes rêves, mais aussi à construire une stabilité. Les deux peuvent aller ensemble. »
Alexandre compte aussi énormément sur son épouse Amanda dans son entreprise. « Tou travay bizin trase, bouze pou nou kapav ateign nou bann obzektif… ek res humbl bien inportan dan tou seki nou fer… », dit-il.
Chez Warren Permal, le goût de l’effort et du travail ne s’est pas appris sur les bancs de l’école, mais à la maison. Fils d’un soudeur et d’une mère au foyer, il grandit dans un environnement dans lequel les sacrifices et la persévérance font partie du quotidien.
« Mon père est entrepreneur, je l’ai toujours vu travailler dur. C’est lui qui m’a donné cette envie de me battre et de construire quelque chose », confie-t-il. Une influence déterminante qui façonnera sa vision de la réussite.
Passionné de musique, Warren Permal se fait d’abord connaître comme chanteur et compositeur. Mais très vite, il comprend que pour aller plus loin, il doit élargir son horizon. Il se lance alors dans l’organisation d’événements, produisant des spectacles, des bals et des soirées. « J’ai voulu créer mes propres opportunités, ne pas attendre qu’elles viennent à moi », explique-t-il. C’est une décision qui marque un tournant dans sa carrière.
Aujourd’hui, il s’impose comme un acteur dynamique de l’événementiel. Derrière chaque show, chaque soirée, il y a des heures de préparation, de coordination et de créativité. « Organiser un événement, c’est donner du rêve aux gens. C’est voir un projet prendre vie. » Sa satisfaction va bien au-delà du simple aspect financier.
Mais Warren Permal ne cache pas les réalités du métier. Comme beaucoup d’artistes, il sait que vivre uniquement de la musique peut être incertain. « L’entrepreneuriat est un revenu en plus. Ça permet de faire tourner la maison. » Cette double activité devient alors un équilibre essentiel entre passion et stabilité.
Ce qui distingue Warren Permal, c’est sa capacité à avancer malgré les défis. Il ne compte ni ses heures ni ses efforts. « Rien ne tombe du ciel. Il faut travailler, croire en soi et ne jamais abandonner », avance-t-il. C’est une philosophie qu’il applique au quotidien, que ce soit sur scène ou dans l’organisation de ses événements.
À travers son parcours, il souhaite aussi inspirer les jeunes. « Si tu as une idée, lance-toi. L’entrepreneuriat, c’est une façon de valoriser ce que tu es capable de faire. » Pour lui, chaque occasion peut devenir une opportunité, à condition d’oser.
Aujourd’hui, Warren Permal continue d’évoluer entre musique et entrepreneuriat, porté par une vision claire et une passion intacte. « Je fais ce que j’aime, et en même temps je construis mon avenir. C’est ça, le plus important. »
Très tôt, Jean Diyaune Adriano Francoeur comprend que sa route sera différente. Il choisit d’apprendre autrement, en se tournant vers le concret et l’action. « Chacun a son chemin, moi j’ai trouvé le mien sur le terrain », confie-t-il. Il débute alors dans le secteur de la construction, un univers exigeant qui lui apprend la rigueur et la discipline.
Au fil des années, il développe un véritable savoir-faire dans la construction et la décoration extérieure. Depuis maintenant 12 ans, il bâtit bien plus que des maisons : il construit une carrière solide. « J’ai commencé avec peu, mais avec une grande envie d’avancer », explique-t-il. Son travail, il le fait avec passion, en y ajoutant toujours sa touche personnelle.
Aujourd’hui, ses efforts sont visibles. Il possède deux maisons, l’une à Poste de Flacq, l’autre à Grand-Baie. « Ce sont des sacrifices et beaucoup de travail qui m’ont permis d’arriver là », souligne-t-il. Pour lui, chaque étape franchie est une preuve que la persévérance finit toujours par payer.
Parallèlement à son activité d’entrepreneur, il nourrit une passion profonde pour la musique. Une passion qui atteint un sommet en 2025 lorsque sa chanson « Parfwa Vraiment » est sacrée disque de l’année. « La musique, c’est une partie de moi. Elle me permet de m’exprimer autrement », soutient-il. Cette reconnaissance vient renforcer sa confiance et son envie d’aller encore plus loin.
Père de deux enfants âgés de 12 et 13 ans, il avance avec une motivation supplémentaire. « Tout ce que je construis aujourd’hui, c’est aussi pour leur avenir », affirme-t-il. Il souhaite leur transmettre des valeurs fortes : le travail, le courage et la foi en soi.
Aujourd’hui, Jean Diyaune Adriano Francoeur continue de jongler entre ses deux passions avec équilibre. « Rien n’est facile, mais avec la volonté, tout devient possible », est-il d’avis. Son parcours est celui d’un homme qui a su croire en lui, transformer ses choix en opportunités et bâtir, pas à pas, une réussite inspirante.