Magazine

Art abstrait : vecteur d’émotions

Art abstrait Chacun interprète à sa façon l’œuvre abstraite.

Leur art oscille entre l’abstrait et le figuratif. Les formes et les couleurs prennent vie dans le regard de celui qui l'interprète. Un artiste abstrait peint ses émotions et transmet aussi son énergie à travers ses œuvres. Coup de projecteur sur ce mouvement qui touche l’âme.

L’art abstrait se conjugue au féminin par le biais d’artistes peintres mauriciens qui transcrivent leurs émotions et imagination sur des toiles. Angel Angoh, art-thérapeute pour l’ONG Carpe Diem-Art Therapy, explique que l’art est avant tout un moyen de s’exprimer pour pouvoir accéder à des émotions enfouies en soi. « Elle fait appel au corps qui se met en mouvement pour créer une œuvre concrète. Dans le même élan, cette thérapie sollicite l’imagination, l’intuition, la pensée et les émotions. » Les images ou les formes ainsi créées, en plus de dévoiler certains aspects de soi, peuvent générer une vision et des comportements nouveaux. « L’art devient un outil d’expression qui touche les émotions. À la suite de ce processus de découverte de soi, on arrive à mieux se connaître et à s’ouvrir aux autres », explique l’art-thérapeute.

Il est scientifiquement reconnu que la peinture fait appel à la partie inconsciente de notre cerveau, pour laquelle nous ne savons souvent pas mettre des mots. Elle est d’ailleurs reliée à notre vécu. Pour Laetitia Lor, cela a tout de suite été l'appel de la toile pour l'abstrait. L’abstrait prendra une place plus importante dans sa vie lorsqu’elle s’installera au Cap, en Afrique du Sud. « Ce fut une migration pour moi avec des influences de lumière, de couleurs de l'Afrique ». Inspirée par l’artiste Kandinsky, précurseur de l’art abstrait, Laetitia se laissera imprégnée par sa dynamique, ses pleins, ses vides, cette balance incroyable et cette liberté absolue de faire ce que l'on veut comme on le veut, et du bonheur que cela produit.

« Pour s’approprier une toile, les spectateurs ont souvent besoin de chercher à reconnaître quelque chose dans la composition abstraite, des formes, un symbole. De là, ils arrivent plus facilement à se projeter dans la toile et à se l'approprier », explique Lætitia Lor.

« Mes toiles sont des productions intenses, forcément influencées par l'émotion de l'instant. » L’artiste indique d’ailleurs que ce n’est que tardivement qu’elle a compris ce qu’était d’exulter à travers la peinture. Elle étudie d’ailleurs l’art-thérapie afin d'animer des   ateliers.

Pour ces artistes peintres, l’art abstrait est un moyen de s’exprimer librement

Dans son art, chacun y trouve son bonheur, ses propres émotions et peut l’interpréter de différentes façons. « Mon art est accessible à tous et permet à chacun de s’exprimer librement », indique Gilberte Marimootoo-Natchoo. Cette dernière utilise des médiums insolites pour réaliser ses œuvres abstraites : ses doigts, du café, des bouts de plastiques, entre autres. « Je n’utilise presque pas mon pinceau », dit-elle.

Il y a 20 ans, elle a fait la rencontre avec l’abstrait. « C’est une force intérieure qui m’a fait plonger dans cet univers qui est devenu aujourd’hui mon sujet de prédilection. » À travers milles expérimentations, Gilberte s’exprime émotionnellement et spirituellement.
« Ceux qui pensent que l’abstrait est du gribouillis, se trompent. Mes œuvres me permettent de transmettre des vibrations et des interpellations aux gens. » L’art abstrait devient pour l’artiste une libération de l’esprit et de l’âme, un guérisseur de bien des stress.
NaliniTreebhoobun fait tantôt de l’abstrait, tantôt du figuratif. « Il y a des périodes où je me suis penchée plus vers l’abstrait dans les années 1999 et 2000 », confie-t-elle. Cette dernière indique d’ailleurs que l’on ne rencontre pas l’abstraction. « Elle fait partie d’un parcours artistique. » Contrairement à d’autres styles, il n’y a pas de raté dans l’art abstrait, selon l’artiste. « La peinture abstraite peut être source d'émotions. Elle est visible en dehors de la signification...Un système de signes qui éveille l’image. »

L’art est pour Pamela Saramandif plus qu’une passion. « C’est un appel, un cri du cœur de vouloir transcrire en formes et en couleurs les émotions que les mots ne  parviennent pas à décrire. C’est comme un besoin élémentaire dans ma vie de tous les jours, ma façon d’être, mon individualité », précise l’artiste peintre.

Cette dernière pratique de l’abstrait depuis ses années estudiantines, il y a environ vingt ans, mais ce n’est que bien plus tard qu’elle s’ouvrira au monde. Il y a eu un déclic ou plutôt une histoire d’amour. Pamela s'est laissée séduire par l’abstraction. « C’est une forme d’art qui m’intriguait, m’interpellait et m’attirait. Il y a eu ce besoin de comprendre, de connaître et d’approfondir cette notion de l’abstraction. »

L’abstraction profère un vaste champ d’exploration qui laisse place à l’imagination. Pamela s’accorde beaucoup de réflexions avant d’exécuter une toile. « Chaque couleur, chaque forme a son importance et sa signification. Les émotions du moment affectent chaque trait du pinceau. »

L’art libère les émotions enfouies. La peinture étant la première forme d’expression de l’homme, l’abstraction est idéale pour se délimiter, pour se laisser aller. « Ce faisant, on transgresse la réalité et on voyage dans le subconscient. »