Economie

Arrivées touristiques : les Réunionnais se désintéressent de Maurice

airport 44,4% des touristes réunionnais jugent le billet d’avion vers Maurice trop cher.

En 2018, le pays a accueilli 7 601 touristes réunionnais de moins que l’an passé. Plusieurs facteurs jouent contre Maurice. Les opérateurs craignent surtout  que la perte d’intérêt des Réunionnais s’inscrive dans la durée.

Dans l’ensemble, le nombre d’arrivées touristiques continue de prendre l’ascenseur. Mais c’est loin d’être attribuable aux Réunionnais, qui représentent le deuxième marché de Maurice en la matière. Si en 2017 quelque 146 040 touristes de l’île sœur sont venus à Maurice, en 2018, ils n’étaient que 138 439. Ce qui équivaut à une baisse de 5,5 %.

« On touche pour la première fois depuis 2011 un nouveau creux, car depuis 2012, le marché réunionnais avait plutôt bien repris », constate Jocelyn Kwok, Chief Executive Officer de l’Association des hôteliers et restaurateurs de l’île Maurice (Ahrim).

Le souci est que cette tendance risque de s’installer dans la durée, et ce pour plusieurs raisons. À commencer par le fait qu’Air Austral étend ses ailes vers d’autres destinations. Puis il y a d’autres facteurs, tels que le renouvellement de la continuité territoriale entre la Réunion et la France, la crise sociale française, et le coût du billet entre Maurice et l’île sœur.

Air Austral a, en effet, diversifié ses destinations. La Chine, l’Inde, la Thaïlande, l’Afrique du Sud, le Mozambique et la Tanzanie sont venus s’ajouter à la mappemonde du transporteur réunionnais. Cela a été notamment rendu possible en devenant actionnaire majoritaire d’Air Madagascar.

Alors que le touriste réunionnais devait se rendre à Maurice pour ensuite rallier d’autres destinations, maintenant c’est moins le cas, grâce à Air Austral.

Puis, la concurrence s’est accrue sur le marché réunionnais avec l’arrivée de French Bee, un opérateur low-cost. Cela a eu une incidence directe sur le tarif du billet sur le trajet Réunion/Paris. Du coup, la métropole française est devenue plus accessible. Et cela, au détriment de Maurice.

Chez Air Mauritius, on suit cette tendance avec beaucoup d’attention, car la Réunion est un de ses principaux marchés. Au quotidien, elle envoie trois avions vers St-Denis et deux vers St-Pierre.

« Maintenant que les problèmes des gilets jaunes sont en train d’être résolus, on pense que cela ira mieux », affirme-t-on chez Air Mauritius.

« Plusieurs facteurs expliquent cette nouvelle chute, dont une politique de continuité territoriale plus incitative en 2018 pour les Réunionnais, et la concurrence bien sûr d’autres destinations dont l’accessibilité aérienne directe s’est améliorée, notamment par le service d’Air Austral. On peut aussi citer le phénomène des gilets jaunes, particulièrement vers la fin de l’année, avec des situations particulières de couvre-feu à la Réunion », avance Jocelyn Kwok.

La continuité territoriale dont parle ce dernier a une incidence non-négligeable sur le goût du Réunionnais pour la métropole française.

L’an dernier, le dispositif continuité territoriale a été fluidifié. Il permet aux Réunionnais d’obtenir des subventions lorsqu’ils voyagent vers la France. Le renouvellement du dispositif connaît un véritable succès à l’ile-sœur.

Depuis sa création en 2010, 670 000 Réunionnais ont pris avantage de ce dispositif pour un montant de 175 millions d’euros (Rs 6,8 milliards) engagés par la collectivité. Et les chiffres continueront à augmenter.

Toutefois, à l’AHRIM, on est loin de céder à la panique. « Le marché réunionnais reste un segment à fort potentiel pour nos hôtels. Le comportement de consommation du touriste réunionnais peut être comparable à celui du touriste européen ou sud-africain. Selon Statistics Mauritius, en 2017, deux tiers de nos touristes réunionnais ont séjourné à l’hôtel, pour toute ou une partie de leur séjour ici. En moyenne, le touriste réunionnais aura passé 6,8 nuits sur l’île, et dépensé Rs 22 780 pour son séjour», affirme-t-il.

Jocelyn Kwok ajoute : « ce chiffre ne comprend pas le prix de son billet d’avion et, à ce titre, 44,4% des touristes réunionnais jugent ce billet trop cher. »