Arnaque WhatsApp : le piège du «service urgent»
Par
Reshad Toorab
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Reshad Toorab
Un simple message. Quelques mots empreints de respect. Une demande qui semble anodine… et pourtant, en quelques minutes, des milliers de roupies disparaissent. À Maurice, une arnaque via WhatsApp gagne du terrain, piégeant des personnes sans méfiance, prises au piège de l’urgence et de la confiance.
L’arnaque commence par une salutation familière : « Assalamualaikum, Bonjour, Namaste, I need an urgent favor from you please… » Derrière cette formule se cache en réalité un escroc prêt à tout pour soutirer de l’argent. Le scénario est presque toujours le même. La personne reçoit un message d’un contact. Le ton est pressant.
« I’m trying to send money to someone and it’s not going through… I think I’ve exceeded my transfer limit. Can you help me send Rs 20 000 right now? I’ll refund tomorrow morning. »
Sans prendre le temps de réfléchir, certaines personnes acceptent. En quelques clics, via transfert bancaire ou via une application mobile, l’argent est envoyé vers une personne inconnue.
Naz K., une femme d’une quarantaine d’années, a été mêlée à une telle situation, après que son identité numérique a été usurpée. Des messages suspects ont été envoyés à son insu. Elle s’est rendue au poste de police de Pamplemousses pour porter plainte le mardi 31 mars.
Plusieurs de ses connaissances l’ont contactée et elles étaient inquiètes. « Naz, eski to dan problem financier ? Kouma nous kapav ed twa ? » Surprise par ces questions, elle répond immédiatement qu’elle va bien et n’a pas de problème. Intriguée, elle demande des explications. C’est à ce moment qu’elle apprend qu’un message de son profil WhatsApp sollicite un transfert bancaire de Rs 20 000.
Selon les informations recueillies, le message envoyé à ses contacts reprenait le schéma classique d’une demande urgente sur un ton familier et d’une promesse de remboursement. Pour ses proches, le message ne semblait pas suspect. Il provenait de son numéro, avec son nom et sa photo. Tout portait à croire qu’il s’agissait bien d’elle.
Mais Naz avance qu’elle n’a pas envoyé de message. « Mo pa finn avoy okenn messaz. Mo krwar kikenn finn pirat mo WhatsApp. » Dès qu’elle a pris connaissance de la situation, elle a tenté de limiter les dégâts. Elle a alerté immédiatement ses contacts.
« Mo finn dir mo bann kontak pa avoy larzan, pa mwa ki pe fer sa. » Malgré cet avertissement, le mal était fait. Un proche était tombé dans le piège. Dans la confusion et la précipitation, un de ses proches n’a pas eu le réflexe de vérifier l’information. Convaincu d’aider Naz dans un moment difficile, il a effectué le transfert demandé. Il a ensuite réalisé qu’il a été arnaqué. « Malheureusement, enn proche finn tom dans piege la… li fine envoye larzan », confie Naz.
Le vendredi 23 janvier 2026 vers 20 h 08, un consultant de 55 ans, qui habite à Roche-Brunes, a reçu un message sur WhatsApp. L’expéditeur affiche le nom et la photo de sa tante, qui habite à Curepipe.
Le message est poli, mais teinté d’urgence : « Namaste, I need a favour from you please… I’m having a little problem with my MCB account. » Très vite, la demande se précise : un transfert de Rs 20 000 est sollicité, le temps de résoudre le problème bancaire. Le remboursement est promis pour le lendemain.
Sans hésiter, convaincu de venir en aide à un membre de sa famille, le consultant passe à l’action. À 21 heures, il effectue un transfert via Internet banking depuis son compte épargne à la Mauritius Commercial Bank vers un compte à la State Bank of Mauritius.
Le bénéficiaire : un nom inconnu. La référence : « family support ». Quelques minutes plus tard, la transaction est confirmée. À 21 h 02, il reçoit un message sur WhatsApp : « much appreciated ». Mais très vite, un malaise s’installe. Troublé par certains détails inhabituels, il demande à sa tante de le rappeler. Mais il ne reçoit aucun appel et aucun message non plus.
Le lendemain, le samedi 24 janvier, vers 20 heures, la vérité éclate. En contactant directement sa tante, il découvre avec qu’elle n’a jamais sollicité la moindre aide financière. Pire encore, plusieurs proches ont reçu exactement le même message, envoyé en son nom. Il y a eu une usurpation d’identité numérique.
Aisha (prénom modifié), une habitante de Plaine-Verte, raconte avec émotion comment elle a été escroquée. « Mo ti krwar mo frère ki fine écrire moi… li ti mem ena so photo. Li fine dire moi li dans problème, li bizin aide enn dimounn. Mo pa fine hésiter… mo fine envoyer Rs 20 000. »
Le lendemain, en appelant son frère pour prendre des nouvelles, la vérité éclate. « Mo leker fine kasse… li dire moi li pa kone narien. Mo realise finn arnaque moi… »
Comme eux, plusieurs Mauriciens ont été piégés par ce stratagème sournois, perdant parfois des sommes plus importantes. Selon des sources proches de la police, les escrocs utilisent une méthode bien rodée. Ils créent un faux compte avec le nom et la photo d’une personne réelle. Dans certains cas, ils prennent le contrôle du compte WhatsApp. Ils utilisent l’urgence comme pression psychologique. Manipulation émotionnelle : ils exploitent la confiance, la religion et la solidarité.
Les autorités appellent à la vigilance. Les signes qui doivent alerter.
Les autorités recommandent :
« Pa bizin panike. Pran letan verifie. Appel dimoun la directement. Si li pa reponn, pa avoy larzan », avance la police.