Arianne Navarre-Marie : « L’inégalité économique entre les sexes ne se limite pas à une question de salaire »
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Le Défi Quotidien
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La Deputy Prime Minister et ministre de l’Égalité des genres et du Bien-être de la famille détaille les leviers juridiques et politiques mobilisés pour réduire les inégalités économiques entre les femmes et les hommes. Entre engagements internationaux, cadre légal et mesures structurelles, Arianne Navarre-Marie souligne l’ampleur des défis persistants et la nécessité d’une action systémique pour parvenir à une véritable égalité.
Maurice est signataire de conventions internationales comme la CEDAW, qui reconnaît explicitement le droit à l’égalité de rémunération. Comment ces engagements se traduisent-ils concrètement ?
Les engagements internationaux de Maurice se traduisent d’abord à travers un cadre juridique clair en matière de non-discrimination, notamment la Constitution, l’Equal Opportunities Act, le Workers’ Rights Act et l’Employment Relations Act. Mais au-delà du principe légal, nous devons aussi agir sur les obstacles structurels qui freinent la progression économique des femmes. Cela passe par des mesures favorisant le retour à l’emploi après une interruption de carrière, le soutien à l’entrepreneuriat féminin, l’intégration de la dimension genre dans les politiques publiques et des initiatives visant à mieux concilier vie familiale et vie professionnelle.
Les chiffres montrent d’ailleurs que le défi dépasse largement la seule question du salaire à poste égal. Les écarts concernent aussi l’accès à l’emploi, le chômage, la progression de carrière et la répartition des responsabilités familiales.
Le gouvernement insiste souvent sur la conformité économique du pays aux standards internationaux. La même rigueur s’applique-t-elle aux engagements en matière d’égalité femmes-hommes ?
Oui. La National Gender Policy 2022–2030 constitue notre cadre stratégique principal en matière d’égalité des genres. Elle s’appuie sur des mécanismes de coordination interministériels ainsi que sur des Gender Cells au sein des ministères et institutions concernés. Les progrès sont évalués à travers différents indicateurs, notamment la participation des femmes à la vie économique, leur accès à l’emploi, leur présence dans les postes de décision et leur autonomisation économique et sociale.
Les statistiques du marché du travail permettent également de mesurer les écarts persistants. Elles montrent que, malgré les progrès, des déséquilibres importants demeurent, ce qui confirme la nécessité de poursuivre les efforts.
Les obstacles restent structurels.
Au-delà des principes, quelles actions concrètes sont aujourd’hui mises en œuvre pour réduire ces inégalités ?
Notre action porte principalement sur les causes structurelles des écarts économiques. Cela comprend l’accompagnement des femmes vers l’emploi ou leur réintégration professionnelle après une interruption de carrière, le soutien à l’entrepreneuriat féminin, l’intégration du genre dans la budgétisation publique ainsi que des mesures visant à mieux équilibrer responsabilités professionnelles et familiales, notamment autour des questions de garde d’enfants.
Concernant les employeurs, des mécanismes existent déjà à travers le droit du travail, les inspections et les recours possibles en cas de discrimination, notamment via l’Equal Opportunities Commission.
Existe-t-il un mécanisme spécifique et systématique de contrôle de l’égalité salariale dans les entreprises ?
À ce stade, les dispositifs existants relèvent principalement des mécanismes généraux de protection contre la discrimination et du cadre du droit du travail. Il n’existe pas, à ce jour, de mécanisme autonome et systématique exclusivement consacré à un audit généralisé de l’égalité salariale dans toutes les entreprises.
La sous-représentation des femmes dans les postes de leadership semble être l’un des facteurs explicatifs majeurs. Que fait-on sur ce front ?
Plusieurs leviers ont été activés pour encourager l’accès des femmes aux responsabilités. Des progrès sont visibles dans certains secteurs, notamment dans la haute fonction publique et la magistrature. Il existe également des initiatives de formation et de développement du leadership féminin, ainsi que des mesures destinées à renforcer la présence des femmes dans les sphères décisionnelles, y compris dans la gouvernance d’entreprise. Mais il est évident que ces avancées doivent encore être consolidées à l’échelle de l’ensemble de l’économie.
Quels sont aujourd’hui les principaux freins à une véritable parité économique ?
Les obstacles restent principalement structurels. Les femmes demeurent davantage concentrées dans des secteurs moins rémunérateurs, restent sous-représentées dans les postes de direction et continuent d’assumer une part disproportionnée du travail domestique et des responsabilités familiales. À cela s’ajoutent des stéréotypes de genre qui influencent encore les choix éducatifs, les parcours professionnels et les perspectives d’évolution.
C’est pourquoi il est important de rappeler que l’inégalité économique entre les sexes ne peut être réduite à la seule question du salaire. Elle s’inscrit dans un ensemble plus large de réalités structurelles qui nécessitent une réponse systémique.