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Après un accident de travail - Alex Marie : «Monn retrouv mwa a zero» 

Alex Marie avec ses béquilles demandant l'aumône devant une église.

Chaque personne que nous croisons et que nous rencontrons à chaque coin de rue a une histoire. Dans certains cas, elle est réjouissante et dans d’autres sombre. L’histoire d’Alex Marie, 45 ans, n’a rien de réjouissante. L’homme était loin de s’imaginer qu’il allait broyer du noir un jour. Le 11 novembre 2012, sa vie a basculé. Aujourd’hui, on le retrouve à errer les rues, à mendier. À Port-Louis, des milliers de gens le croisent, mais personne ne connaît son histoire… 

Les larmes aux yeux, la main tremblante, le corps accablé de douleurs, il n’a pas le choix. Aujourd’hui, comme souvent, Alex n’a rien à manger. C’est dans une ruelle non loin de la route principale, adossé au mur d’une église, qu’il attend chaque jour que quelqu’un lui vienne en aide. 

Cela fait deux ans qu'Alex se retrouve à mendier. Une situation qu’il a beaucoup de mal à accepter. Il était technicien au sein d’une entreprise. Le 11 novembre 2012, il remplaçait les couvercles d’une machine. « Un des employés a allumé la machine et elle m’a aspiré. Un autre collègue me tenait par le col tandis que mes pieds se faisaient broyer par la machine. Quelques secondes ont suffi pour que j’ai la cheville, le tibia et le mollet écrasés. Je n’ai pas perdu connaissance et je priais pour ne pas mourir ». Il est rapidement transporté à l’hôpital. Sur place, il est admis aux soins intensifs. Il passera plus de six mois à l’hôpital.

Un malheur n’arrive jamais seul 

« Les responsables de la compagnie sont venus me voir, certains ont versé des larmes en me promettant de m’aider ‘ziska mo dernie zour’ sauf qu’ils m’ont vite oublié. Pendant deux ans, ils ont continué à me donner un salaire, puis on a commencé à me dire de ne plus appeler et de communiquer via leur avocat », relate-t-il. 

Entre-temps, Alex fait des démarches auprès de l’assurance pour toucher une prime. « Depuis mes 14 ans, j’ai travaillé comme marin et j’ai toujours été un bosseur. J’avais des économies et cette prime. Cela faisait plus de Rs 2 millions sur mon compte. Comme j’étais en fauteuil roulant, ce sont des proches et amis qui allaient à la banque pour moi. Et voilà qu’il y a deux ans, lorsque je payais pour des provisions, on m’a dit qu’il n’y avait plus d’argent. Je suis allé à la banque et il ne restait plus rien. Les responsables de la banque m’ont expliqué qu’ils ne pouvaient rien faire pour moi. J’avais volontairement remis ma carte et le code ». 

Alex a trois enfants, mais vit seul. « Mes enfants sont avec leur mère à Rodrigues, où le coût de la vie est bien moins cher. Je leur envoie un peu d’argent pour subvenir à leurs besoins quand je le peux », explique-t-il tristement. 

« Pendant plusieurs années, je n’ai reçu qu’une aide sociale de Rs 1 800. Impossible pour moi de subvenir à mes besoins personnels, ne parlons pas de ceux des enfants. Depuis peu, je touche une pension d’invalidité d’un peu plus de Rs 5 000, mais on m’a bien fait comprendre que cette allocation est temporaire. Souvent, je dors le ventre creux. Au début, je me suis tourné vers des proches. Me apre mo mem mo gayn onte pou al demann zot a sak fwa », dit Alex. Il s’est alors tourné vers quelques amis. « Certains me sont venus en aide avant même que je ne leur demande, mais la plupart d’entre eux m’ont regardé comme si j’étais un pestiféré. Ena kamarad kan trouv mwa dan bor sime zis pou pa pass devan mwa zot pass enn lot sime. Enn lot dir mwa zot pou vinn kit inpe manze apre zot al enn sel ale », affirme-t-il, les yeux remplis de tristesse. « Mo enn dimoun ti bien aktif, mo ti travay boukou, zordi mo retrouv mwa a zero ». 

Il se rappelle de la première fois où il a demandé de l’argent à un inconnu. « J’ai commencé à Riche-Terre. C’était difficile. Je me sentais humilié. Puis les gens ont commencé à m’insulter et je me suis éloigné. Aujourd’hui je viens près d’une église. Koumsa si ariv mwa enn zafer Bondie pou protez mwa ». 

Alex Marie, à travers ses hommes de loi, a réclamé des dommages à son ex-employeur. « Sauf que l’affaire est toujours en cour. Je viens juste de recevoir une lettre m’informant que l’affaire a été reportée à février 2020, un renvoi d’un an ! Je perds espoir. Je ne sais pas ce que la vie me réserve encore… »

Sept personnes sont mortes sur leur lieu de travail en 2018

Environ sept personnes ont perdu la vie chaque année depuis ces cinq dernières années. Dans la plupart des cas, les affaires sont toujours en cour et les responsabilités pas encore été situées. Le tableau ci-dessous démontre le nombre d’accidents de travail depuis 2012 enregistrés par le ministère du Travail :

  2012 2013 2014 2015 2016 2017 2018
No. d'accidents fatals 9 17 7 7 7 6 7
No. d'accidents non-fatals 231 234 215 180 188 214 234

Me Irvin Collendavelloo : « Beaucoup d’employés ignorent leurs droits » 

L’homme de loi avance qu’il est malheureux de constater qu’en 2019, il y a encore de nombreux employés qui ne connaissent pas leurs droits. Certains ne vont pas rapporter les accidents pour cette raison. « Puis, d’autres arrivent à trouver un accord avec leurs employeurs. Les parties sont donc encouragées arriver à un accord à l’amiable ».


Reeaz Chuttoo : « Zordi lavi travayer nepli ena valer » 

Révolté d’apprendre qu’Alex Marie doit aujourd’hui mendier pour vivre, le syndicaliste avance que, dans la plupart des cas, la victime n’est pas suffisamment protégée ni encadrée par les autorités. « Depuis 2005, sous l’Occupational Health and Safety Act, l’employeur, reconnu coupable, doit s’enquérir d’un montant de Rs 75 000 d’amende. La loi ne l’oblige en aucun cas de protéger ses employés, mis à part le fait de payer une amende. Voilà à quoi nous sommes réduits. Zordi lavi travayer nepli ena valer. Lavi dimoun pe vo zis Rs 75 000 », dit-il. 

Reeaz Chuttoo avance que les chiffres rapportés ne reflètent en aucun cas le nombre réel d’accidents de travail. « Depuis les dix dernières années, il y a une dégradation qualitative de l’emploi. Les employés reçoivent de plus en plus des contrats à durée déterminée ou travaillent sur une base contractuelle. Pensez-vous qu’il osera rapporter son employeur quand il sait que son contrat ne sera pas renouvelé ? »

Les mesures prises par le ministère 

L'Occupational Safety and Health Division mène plusieurs activités visant à améliorer les normes de sécurité et de santé sur tous les lieux de travail (publics et privés): -

  1. effectuer des inspections afin de s’assurer du respect de la législation en matière de sécurité et de santé au travail ;
  2. enquêter sur les plaintes en matière de sécurité et de santé au travail déposées par les employeurs, les employés, les syndicats et le public en général et formuler des recommandations appropriées concernant les mesures à prendre pour y remédier ;
  3. organiser des programmes de formation sur la sécurité et la santé au travail ;
  4. fournir des informations sur les questions de sécurité et de santé au travail;
  5. enquêter sur les accidents de travail et les incidents dangereux signalés à la Division de la sécurité et de la santé au travail ;
  6. élaborer et diffuser des directives de sensibilisation susceptibles de contribuer à l'instauration d'une culture de la sécurité et de la santé au travail.

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