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Après des pertes de Rs 87,02 millions : un nouveau départ pour Polytechnics Mauritius Ltd

Par Annick Daniella Rivet
Publié le: 28 June 2026 à 07:10
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Polytechnics Mauritius Ltd a traversé une période de fortes turbulences financières entre 2022 et 2025.

Le conseil d’administration souligne que les pertes de Rs 87,02 millions appartiennent au passé. Avec une réduction de 35 % des dettes fournisseurs et plus de Rs 40 millions d’économies annuelles, Polytechnics Mauritius Ltd (PML) avance avec confiance.

Polytechnics Mauritius Ltd a traversé une période de fortes turbulences financières entre 2022 et 2025, avec des pertes cumulées de Rs 87,02 millions. C’est ce qu’a révélé le ministre de l’Enseignement supérieur, Kaviraj Sukon. Il l’a affirmé dans une réponse parlementaire écrite à une question de la députée Babita Thannoo, selon laquelle « l’organisme a enregistré des excédents opérationnels en 2022 et en 2024, mais il a enregistré des déficits opérationnels importants en 2023 et 2025 ».

Ces pertes, selon un technicien dudit ministère, sont le reflet d’une gestion fragilisée par des choix stratégiques et une gouvernance insuffisante. En replaçant le chiffre dans leur contexte, il nous revient que ces pertes ont été accumulées sur plusieurs années, sous la gestion qui a précédé l’arrivée du nouveau Conseil d’Administration en août 2025.

Plusieurs facteurs expliquent cette détérioration financière :

• Dépendance excessive aux Free Tertiary Education Scheme (FTES) : le modèle opérationnel reposait presque entièrement sur les recettes du programme d’éducation tertiaire gratuite, sans diversification des revenus. 

• Investissements en infrastructure non justifiés : la location de deux campus supplémentaires, à Ébène et à Rose-Belle, représente un coût annuel d’environ Rs 60 millions, sans analyse suffisante des besoins d’occupation. Le taux moyen d’utilisation des espaces n’est que de 24,4 %. 

• Recrutement de personnel non maîtrisé : les effectifs sont passés de 144 employés en janvier 2024 à 184 en décembre 2024, soit une augmentation de 40 postes en moins d’un an, sans évaluation préalable des besoins opérationnels. 

• Impact de la consultation RH : la mise en œuvre en 2023 d’un exercice initié en 2020 a entraîné une hausse immédiate des charges salariales de 23 %, sans évaluation de la soutenabilité financière. 

• Perte d’inscriptions en 2025 : l’abaissement du seuil d’accès universitaire à trois crédits a détourné de nombreux étudiants vers l’université, entraînant une perte estimée à Rs 26 millions de revenus en FTES.

Ainsi, le Comité de Suivi mis en place par le nouveau conseil d’administration a identifié plusieurs défaillances systémiques :

• Absence d’analyse des risques : aucun cadre structuré d’évaluation des risques n’était en place. Les décisions d’investissement et de recrutement ont été prises sans étude de faisabilité ni analyse coûts-bénéfices.

• Dépendance structurelle aux FTES : au lieu de diversifier les sources de revenus, la stratégie consistait à accroître l’infrastructure en anticipant une croissance des inscriptions qui ne s’est pas matérialisée. 

• Recrutement excessif en 2024 : l’augmentation de 40 effectifs en moins d’un an, sans justification opérationnelle claire, a alourdi durablement la masse salariale.

• Sous-utilisation chronique des campus : le taux d’occupation n’a jamais fait l’objet d’un suivi rigoureux. Le campus de Rose-Belle affiche une occupation de 11 % et un loyer annuel de Rs 12 millions. 

• Structures départementales fusionnées : la fusion des fonctions Finances/Infrastructures, Assurance Qualité/Examens et Cluster Académique IT/Département IT a affaibli la surveillance interne et conduit à des lacunes de contrôle.

Selon nos recoupements d’informations, dès sa prise de fonctions en août 2025, le nouveau Conseil a mené une évaluation préliminaire qui a immédiatement révélé des pressions sur la trésorerie, des insuffisances de revenus et des irrégularités potentielles. Deux démarches distinctes ont été engagées simultanément.

En premier lieu, le Conseil a constitué un Comité d’Enquête Indépendant chargé d’examiner les pratiques alléguées sous l’ancienne direction. Peu après, l’ancien CEO a présenté sa démission en novembre 2025, avant que le rapport final du Comité ne soit remis. Le Conseil a pris et continue de prendre toutes les mesures appropriées, conformément aux lois et aux procédures en vigueur.

En second lieu, le Conseil a institué un Comité de Suivi (Monitoring Committee). Sa mission : réaliser une évaluation institutionnelle globale, fondée sur des données vérifiées, afin d’éclairer les décisions stratégiques du Conseil et d’assurer un suivi mensuel de la performance.

Il nous revient que le Comité s’est réuni pour la première fois en janvier 2026 et a couvert cinq axes prioritaires : qualité académique et viabilité des programmes ; efficacité du personnel et dispensation de l’enseignement ; rationalisation des campus et des ressources physiques ; gouvernance, assurance qualité et conformité ; stabilité financière et diversification des revenus.

Par ailleurs, le rapport du Comité, remis en mars dernier, a confirmé les principales causes des pertes et formulé un plan d’action complet : rationalisation du portefeuille de programmes (23 cours désactivés, 10 nouveaux en développement), refonte de l’organigramme institutionnel en trois piliers exécutifs indépendants, consolidation des campus et instauration d’un cadre rigoureux de pilotage financier.

Qualité de l’enseignement

Selon notre interlocuteur, « la qualité de l’enseignement dispensé n’a pas été compromise et aucun cours n’a été suspendu sur aucun campus ».

Les mesures du nouveau Conseil ont ciblé l’efficience opérationnelle, non la prestation académique :

• Les chargés de cours à temps partiel sont recrutés là où nécessaire afin d’assurer la couverture intégrale des enseignements. 

• Un cadre académique de charge de travail (Academic Workload Guidelines) a été mis en place afin de mieux répartir les enseignements en interne et de réduire la dépendance aux vacataires. 

• Le campus de Rose-Belle est en cours de fermeture programmée : les étudiants et les programmes sont redéployés vers d’autres campus sans interruption de leur formation. Des économies de loyer sont estimées à Rs 12 millions par an. 

• PML adopte un modèle de spécialisation par campus : Réduit pour l’informatique et le numérique (IT and Emerging Technologies), Pamplemousses pour la santé (Nursing) et l’ingénierie (Engineering), Montagne-Blanche pour le tourisme (Tourism and Sports) et la restauration (Culinary).

Mesures prises

Depuis août 2025, le nouveau Conseil a engagé un plan de redressement dont les premiers résultats sont mesurables :
• Réduction de la dette fournisseurs : les créances sont passées de Rs 101,9 millions (juillet 2025) à Rs 66 millions (mai 2026), soit une réduction de plus de 35 %.

• Renégociation de contrats existants : économies immédiates de Rs 3,8 millions sur les contrats de nettoyage, de sécurité et de jardinage, auxquelles s’ajoutent Rs 480 000 d’économies mensuelles sur la connectivité (Rs 5,76 millions par an). 
• Non-renouvellement de contrats arrivés à échéance : 41 contrats non renouvelés conformément à leurs termes, générant une économie de Rs 1,6 million par mois, soit Rs 20,8 millions par an, primes comprises. 

• Contrôle de la masse salariale : 48 employés titularisés en mars 2026 sans révision salariale rétroactive.

• Cadre de charge de travail académique : un cadre standardisé de charge de travail académique (Workload Academic Guidelines) a été instauré pour chaque catégorie de personnel, optimisant le déploiement des ressources humaines et réduisant la dépendance aux part-timers. 

• Réduction des dépenses opérationnelles : les dépenses prévisionnelles ont baissé de Rs 365,3 millions (juin 2025) à Rs 302,9 millions (juin 2026), soit –17,1 %.

Il nous revient que le Conseil a agi dès le premier jour. L’évaluation préliminaire ayant révélé des irrégularités, un comité d’enquête indépendant a été constitué.

De nouveaux fonds

Le Gouvernement est intervenu à deux reprises : une avance de Rs 60 millions en 2023, puis une subvention exceptionnelle de Rs 65 millions en juin 2025. Sans ces interventions, PML aurait été en situation d’insolvabilité.

L’objectif du nouveau Conseil est précisément de mettre fin à cette dépendance. Les mesures engagées — réduction des charges fixes, diversification des revenus et un pipeline d’activités génératrices de revenus de Rs 97,6 millions pour 2026 — visent à rendre PML pleinement autonome sur le plan financier.

Vision

En moins d’un an, le nouveau Conseil d’Administration a redressé la trajectoire de Polytechnics Mauritius. Là où l’institution faisait face à une forte pression financière, les résultats sont désormais positifs. La dette fournisseurs a été réduite de 35 %, les dépenses opérationnelles de 17,1 %, et plus de Rs 40 millions d’économies annuelles sont sécurisées.

La projection est que toutes les dettes devraient être réglées d’ici 2026/2027. Avec un pipeline de Rs 97,6 millions, 70 programmes actifs et un record de 3 849 étudiants inscrits.

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