Législatives 2019

Appel au ‘vote blok’ : quand les leaders craignent le ‘Koupe transe’

Les leaders des partis politiques demandent à l’électorat de ‘voter bloc’ pour qu’ils puissent obtenir une majorité confortable et former un gouvernement stable. Ils craignent tous la division des votes.  

Jean Claude de l’Estrac estime que l’appel au « vote blok » exprime l’inquiétude des leaders politiques et ils ont bien raison. « Si on se réfère aux élections de 1976, les dernières qui se sont déroulées entre trois grands partis, on verra qu’il y avait eu neuf circonscriptions où le panachage s’est pratiqué. Pour ces élections, je prévois davantage », fait comprendre Jean Claude de l’Estrac. 

Il attribue trois raisons à cela. D’abord, il y aura un combat serré dans les circonscriptions rurales entre travaillistes et partisans du MSM où se trouve le gros de leur électorat et une lutte plus ouverte en milieu urbain où le MMM espère un bon score. La victoire pourra dépendre de quelques centaines, sinon de dizaines de voix. 

Le candidat peut faire la différence. Ensuite, le poids et le profil des candidats compteront davantage que lors des dernières élections, explique-t-il. « Depuis la retransmission télévisée des débats parlementaires, ils sont nombreux les électeurs qui se sont posés des questions sur la performance de leurs représentants au Parlement. Ils seront plus exigeants cette fois. »  Enfin, rappelle-t-il, « tous les sondages montrent que le ‘core vote’ des partis représente une petite minorité de l’électorat. Le gros de l’électorat n’a pas de conviction partisane. Il se laisse influencer par le profil des candidats, ce qui encourage le panachage », dit l’ancien ministre. 

Sur ce que Navin Ramgoolam a dit lundi soir à Écroignard c.-à-d. que Paul Bérenger pourrait être le king maker, Jean Claude de l’Estrac estime que le leader des rouges rend un grand service à Bérenger. « Mais, il a raison ; si on interprète son commentaire, cela veut dire que Ramgoolam a fait ses comptes, il a déjà en tête le résultat probable, il croit que le MMM va faire élire suffisamment de députés pour se positionner en arbitre », a-t-il dit. 

De l’autre côté, souligne Jean Claude de l’Estrac, au début de la campagne, Pravind Jugnauth avait commencé par dire que le MMM ne sera qu’un figurant, mais maintenant il s’attaque à lui. « Si son seul adversaire était Ramgoolam, alors il n’aurait pas déclaré la guerre à un figurant. Il est peut-être celui qui a le plus peur d’un panachage favorable au MMM dans la perspective d’éventuelles négociations post-électorales. »

Le Premier ministre sortant, Pravind Jugnauth, après avoir déposé sa candidature le mardi 22 octobre au Nomination Centre à la Révérend Edward Walter Government School, à Quartier-Militaire, a indiqué que la population veut qu’il revienne comme Premier ministre. « Nou mett en gardekont pa koupe transe. La popilasyon le mo retourne kom Premier miniss me avec enn bonn mazorite. Mo dimann vot blok », a-t-il dit. 

Vers un gouvernement faible et instable

Le ministre Mentor sir Anerood Jugnauth qui s’adressait, lundi soir, à ses partisans à Terre-Rouge a expliqué le danger d’un panachage en de termes clairs : « le risque demeure qu’à l’issue des élections du 7 novembre les partis n’arrivent pas à former un gouvernement majoritaire et que le pays sombre dans une instabilité politique qui aura de graves répercussions sur l’économie et la stabilité sociale en général. Cette situation pourrait amener le pays à retourner aux urnes chaque six mois, en vue d’élire un gouvernement majoritaire et stable. Abstenez-vous de diviser vos trois votes, ‘pa koupe, transe’ votez trois candidats d’un même bloc politique ». 

Sir Anerood Jugnauth a souligné que certains disent qu’il ne faut pas voter blok : « Seki koz koumsa swa inn perdi latet, ignoran ou byen pe indwir ou an erer ».

Navin Ramgoolam qui se bat pour déloger les Jugnauth de l’Hôtel du gouvernement ne rate aucune occasion d’insister sur l’impératif d’un vote bloc. À Écroignard, le lundi 21 octobre après avoir annoncé la liste des candidats de l’Alliance nationale, Navin Ramgoolam a expliqué à ses partisans que le scrutin du 7 novembre est aussi important que celui pour l’indépendance. « Sa eleksyon la osi inportan ki eleksyon pou lindepandanss. » « Dan lavi nou ena enn mision, nou pou viv ek nou pou mor. Si mo kapav ed dimounn mo pou fer li. Pou mwa sak dimounn konte. Pa fer distinksyon kan ou donn dimounn ou lot la me mem pa bizin kone kan ou ed dimounn. Mo anvi morisien respire. Ziss fami ki sa ansien gouvernman ti proteze. Inn ankouraz boukou gambling. Mo pou gard kontak ar sak dimoun si mo eli. Ou pa bizin pass par azan. Pa get kast, vot blok pou riptir. »

Il a demandé à l’électorat de savoir voter, car il y a Paul Bérenger. « Si demin nou pa konn vote, koupe transe, personn pa gagne. Berenger pou vinn king maker. Li pou dimane partaz pouvoir. Pa gete kaste. Vote blok PTr/PMSD.»

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