Anniversaire - 90 ans du PTr : l’héritage d’un géant face au défi du renouveau
Par
Melanie Duval
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Melanie Duval
À l’occasion de ses 90 ans, le Parti travailliste célèbre un héritage majeur dans la construction nationale. Entre mémoire des luttes, défense de l’État-providence et nécessité de renouveau, le PTr fait face à un défi crucial : réinventer son avenir.
Ce lundi, le Parti travailliste (PTr) franchit le cap historique de neuf décennies d’existence. Neuf décennies de combats, de victoires éclatantes, mais aussi de crises profondes et de renaissances inattendues. Né en 1936 d’une contestation sociale sous l’impulsion du Dr Maurice Curé, le parti a d’abord été le cri de ralliement des ouvriers, des travailleurs du sucre et des laissés-pour-compte du système colonial.
Pour l’historien Jocelyn Chan Low, le PTr est indissociable de la construction nationale. Sous l’égide de Sir Seewoosagur Ramgoolam, le mouvement a porté le pays vers l’Indépendance en 1968, jetant les bases d’un contrat social unique.
« Le parti a contribué à la démocratisation, mais il est surtout à la base de l’État-providence : éducation gratuite, santé pour tous, transport accessible et pension universelle », rappelle l’historien.
Ce socle de protection sociale reste, encore aujourd’hui, le ciment de la stabilité mauricienne.
Pourtant, un parti fondateur peut-il éternellement rester un parti de rupture ? Harry Booluck, ancien président rouge et parmi les plus anciens membres, observe l’évolution du mouvement avec une vigilance teintée d’inquiétude. S’il croit en l’avenir des Rouges, il met en garde contre une dérive élitiste : « Il ne faut pas que ceux qui rejoignent le parti soient des opportunistes. Le peuple sera déçu s’il perçoit un embourgeoisement et se tournera vers de nouvelles formations. » Pour lui, la force du PTr a toujours résidé dans sa proximité viscérale avec sa base populaire.
Quel avenir pour le «travaillisme» ?
Aujourd’hui dirigé par Navin Ramgoolam, le parti se trouve à la croisée des chemins. Après avoir tenté de se réinventer lors des législatives de 2024, la formation doit prouver qu’elle n’est pas seulement le gardien du passé, mais aussi l’architecte du futur.
Pour l’actuel président du parti, Patrick Assirvaden, la pérennité est assurée par l’essence même de leur idéologie. « Le travaillisme transcende les dirigeants. Il restera vivant car l’île Maurice a besoin du Parti travailliste », affirme-t-il, confiant dans la relève de la jeunesse.
À 90 ans, le PTr demeure un acteur central. Mais le défi est immense : un mouvement qui a construit l’indépendance peut-il encore incarner l’espérance pour les générations de demain ? L’histoire est en marche, et ce jubilé invite autant à la célébration qu’à une introspection nécessaire.