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Anne Marie Mootoosamy : «La sécurité sociale néglige les victimes du cancer»

Anne Marie remue ciel et terre, en vain.

Des médecins de l’État, et pas des moindres, en l’occurrence des spécialistes, ont délivré des certificats médicaux établissant qu’Anne Marie Mootoosamy, une habitante de Beau-Bassin,  âgée de 55 ans, n’est plus apte à travailler.  Cependant, le panel du board médical qui a examiné son dossier est d’un avis contraire. En six occasions, depuis qu’elle a subi une ablation totale du sein gauche, son appel a été systématiquement rejeté.
Sur les ondes de RadioPlus dans l’émission animée conjointement par Priscilla Sadien et Mélanie Valère-Cicéron la quinquagénaire a exprimé son mécontentement face à cette situation. Elle fustige le board médical qui, selon elle, est à côté de la plaque.

« J’ai des certificats médicaux délivrés par des médecins spécialistes stipulant que je ne peux plus travailler à la suite de l’intervention chirurgicale. J’ai dû démissionner de mon travail dans une garderie après 10 ans de service et attendre huit mois pour bénéficier d’une pension d’invalidité », dit-elle.

Les prestations ont, cependant, été interrompues après une année, soit en avril 2017. « J’ai dû formuler une nouvelle demande en produisant de nouveaux certificats médicaux, et là encore j’ai rencontré un avis défavorable de la part du board médical. J’ai fait appel six fois de 2017 à 2019, en vain. Je n’ai même pas eu droit à une allocation sociale. Quand on passe devant le Board, un médecin vous interroge tout en regardant les papiers qui se trouvent devant lui. Il pose des questions, comme ‘comment vous sentez-vous’ ou encore ‘quels traitements suivez-vous?’ Vous lui donnez des réponses et entre cinq à huit minutes il en a terminé avec vous. Il s’est déjà forgé une opinion sur votre état de santé. Par la suite, on m’a fait attendre trois mois pour, au final, m’informer que ma demande a été rejetée ». 

En raison de ses conditions précaires, Mme Mooootoosamy n’a pas baissé les bras et a continué à se battre. Elle estime qu’un médecin devrait savoir qu’une femme ayant subi l’ablation de son sein est définitivement une personne handicapée à plus de 60 %. Pour comble de malheur, durant la même période, son mari est tombé malade et, désormais, elle se retrouve avec une personne handicapée à la maison.

Retour en arrière : La découverte de sa maladie et la descente aux enfers.

Anne Marie Mootoosamy est une femme qui gagnait aisément sa vie. Elle travaillait dans une école maternelle où elle s’occupait des enfants, tandis que son mari travaillait à son compte. Ensuite, Anne Marie a commencé un traitement médical à la suite de la découverte d’une boule sur son sein gauche qui disparaissait et réapparaissait. Le médecin qui s’occupait d’elle a recommandé un dépistage.

Après le prélèvement, l’échantillon a été envoyé au laboratoire central. Une semaine plus tard, Anne Marie a reçu un appel de son médecin qui lui recommande une « hospitalisation immédiate ». On avait décelé une tumeur maligne qui s’était propagée à tel point, qu’outre l’ablation totale, les glandes situées sous l’aisselle ont été enlevées.

L’opération est une réussite, mais Anne Marie s’est retrouvée diminuée et sans assistance financière. Elle a le sentiment que la Sécurité sociale néglige les femmes victimes du cancer du sein. 

« Pas un cas isolé »

Un avis que partage Shamima Patel-Mongauze de l’association Breast Cancer Care. Au cours de l’émission, elle a indiqué que « Anne Marie Mootoosamy n’est malheureusement pas un cas isolé et que dans sa condition actuelle, il est presque impossible pour elle de reprendre ses activités professionnelles. ».

Tous les efforts faits par son association pour que le ministère de la Sécurité sociale se mette à l’écoute de ces femmes en difficulté n’ont reçu aucun écho favorable. « Nous nous heurtons à un mur ».

Shamima Patel-Mongauze a annoncé que son association a en vue un projet pour ces femmes confrontées au problème de cancer du sein. Elle a aussi expliqué qu’elle souhaite que toutes les ONG et le gouvernement unissent leurs forces pour venir en aide à cette catégorie de femmes en détresse. 

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