Mise à jour: 11 janvier 2026 à 16:00

Annabelle Cupidon, biologiste marine : «Sous l’eau, j’ai compris la beauté et la fragilité de l’océan»

Par Jenna Ramoo
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Annabelle Cupidon, étudiante en MPhil à l’Université des Mascareignes.
Annabelle Cupidon, étudiante en MPhil à l’Université des Mascareignes.

Biologiste marine et étudiante en MPhil à l’Université des Mascareignes, Annabelle Cupidon, 33 ans, consacre ses recherches aux herbiers marins de la côte est de Maurice. Après sept années sur les atolls isolés des Seychelles, elle conjugue expertise scientifique et passion pour l’océan afin de mesurer l’empreinte des activités humaines sur ces écosystèmes vitaux.

« Aux Seychelles, j’ai rencontré un plus grand nombre d’espèces marines dans les herbiers marins qu’à Maurice »

Annabelle, quel a été le moment précis où tu t’es dit : « C’est à l’océan que je dois consacrer ma vie professionnelle » ?
Tout a commencé à mes 24 ans, lorsque j’ai appris à nager. Depuis l’enfance, j’avais une peur viscérale de l’océan, une frayeur qui m’a suivie jusqu’à l’âge adulte. Alors, quand j’ai obtenu un poste de biologiste marine aux Seychelles et que l’un des critères était de posséder une certification de plongée, j’ai dû affronter cette peur. 

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Sous la surface,  la science en action !
Sous la surface, la science en action !

En quelques mois seulement, j’ai appris à nager, à faire du snorkeling et à plonger. Au début, c’était terrifiant mais aujourd’hui, je me sens plus à l’aise sous l’eau que sur la terre ferme. 

Le déclic m’est venu lors de ma toute première séance de snorkeling. L’émotion de voir la beauté de l’océan de mes propres yeux, et non à travers un écran, a été indescriptible. C’est à ce moment précis que j’ai compris pourquoi tant de gens en sont fascinés, et que j’ai su que je voulais consacrer ma vie professionnelle à l’océan.

Quelle relation partages-tu avec l’océan ? 
L’océan fait partie intégrante de ma vie, à la fois professionnelle et personnelle. Travailler sous l’eau m’a permis d’en saisir toute la beauté, mais aussi toute la fragilité. Aujourd’hui, en tant qu’étudiante, je pratique surtout le snorkeling plutôt que la plongée puisque la plupart de mes données se collectent depuis la surface. 

J’aime aussi capturer ces instants en photos et en vidéos, sous l’eau comme depuis les airs avec mon drone, pour partager la magie de ces paysages avec mes proches. J’ai d’ailleurs récemment perdu ma fidèle caméra sous-marine qui m’avait accompagnée pendant sept ans d’aventures. Elle n’a pas survécu à une infiltration d’eau salée.

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Annabelle Cupidon,  biologiste marine.
Annabelle Cupidon, biologiste marine.

Peux-tu nous décrire une journée type de tes missions de prélèvements de données scientifiques sous l’eau ?
Le matin, je retrouve ma collègue du laboratoire et nous préparons notre sortie sur le terrain. Nous vérifions soigneusement notre matériel – caméra, sac flottant, GPS – pour nous assurer que tout est prêt pour le snorkeling. Une fois dans l’eau, nous commençons à collecter des images du benthos, c’est-à-dire l’ensemble des plantes et animaux qui vivent sur le fond marin. Ces données précieuses nourrissent ensuite nos recherches en télédétection et permettent de mieux comprendre la dynamique de ces écosystèmes.

Quel est l’outil dont tu ne pourrais pas te passer sous l’eau ?
Ma caméra, sans hésiter ! Elle me permet de documenter les herbiers marins et la vie qui s’y déploie, de collecter des images précises pour mes analyses scientifiques, mais aussi de partager la beauté de ces écosystèmes fragiles avec mes collègues et le grand public.

Qu’est-ce qui rend les herbiers marins si fascinants ? 
Les herbiers marins sont des plantes qui poussent sous l’eau dans les zones côtières peu profondes. Ils sont souvent confondus avec les algues parce qu’ils partagent le même habitat. Ils jouent un rôle essentiel dans l’équilibre de l’océan. 

Dans les prairies sous-marines, ils offrent des services écosystémiques vitaux et ils protègent le littoral en stabilisant le sable et en limitant l’érosion. En séquestrant le carbone, ils participent ainsi à la lutte contre le changement climatique. Abritant une biodiversité foisonnante, ces poumons verts de la mer servent de refuge pour une multitude d’espèces marines, du poisson cordonnier à bien d’autres espèces.

Quels types d’herbiers marins explores-tu ?
Lors de mes travaux de terrain, j’explore principalement des herbiers marins tropicaux très peu profonds, situés sur la côte est de Maurice, généralement à moins de deux mètres de profondeur dans le lagon. Ces herbiers sont composés d’un mélange d’espèces, notamment Thalassadendron ciliatum, Syringodium isoetifolium, ainsi que différentes espèces de Halophila et de Halodule. Ils forment de vastes habitats sous-marins sur des substrats sableux et jouent un rôle écologique essentiel le long de nos côtes.

C’est quoi un herbier marin ?
Un herbier marin est une plante marine vivant entièrement sous l’eau, dans des zones côtières peu profondes et bien éclairées. Bien que les herbiers marins aient longtemps été associés aux algues en raison de leur habitat commun, ce sont en réalité de véritables plantes vasculaires dotées de racines, de tiges, de feuilles et de fleurs. 

Ils sont fortement adaptés à leur environnement. Ils tolèrent une forte salinité, s’ancrent solidement dans les sédiments et se reproduisent sous l’eau. Lorsqu’ils se développent en grand nombre, ils forment des prairies d’herbiers marins (Seagrass Meadows) qui constituent des habitats essentiels pour la vie marine, protègent les côtes et stockent d’importantes quantités de carbone. 

À Maurice, les herbiers marins et les algues échoués sur la plage sont communément appelés « Gomon », ce qui peut prêter à confusion.

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Immersion libre, profondeur intime.
Immersion libre, profondeur intime.

Quelle différence observes-tu entre l’état des herbiers marins à Maurice et aux Seychelles ?
Aux Seychelles, j’ai rencontré un plus grand nombre d’espèces marines dans les herbiers marins qu’à Maurice. Les Seychelles présentent également une plus grande diversité d’espèces d’herbiers marins et ceux-ci sont généralement en meilleur état, en particulier dans les îles éloignées (Outer Islands) où le développement est limité. En revanche, dans les îles intérieures (Inner Islands) où réside la majorité de la population, les herbiers sont menacés par le développement côtier, tout comme à Maurice.

Quels animaux marins en dépendent ?
Les herbiers marins abritent une grande diversité de vie marine. Ils offrent des zones d’abri et d’alimentation pour les poissons, crabes, crevettes, concombres de mer et autres invertébrés, et sont essentiels pour certaines espèces menacées comme les tortues vertes, qui s’en nourrissent. Lors de mes travaux de terrain dans les lagons de la côte est de Maurice, j’ai observé de nombreux poissons juvéniles parmi les herbiers marins, ce qui démontre leur rôle crucial comme nurseries.

Comment les herbiers marins contribuent-ils à la séquestration du carbone par rapport à d’autres écosystèmes côtiers comme les mangroves ou les marais salants ?
Les herbiers marins sont particulièrement efficaces pour stocker le carbone, souvent appelé « carbone bleu ». À l’échelle mondiale, ils capturent le carbone jusqu’à 35 fois plus rapidement que les forêts tropicales, et représentent 10 à 18 % du stockage total de carbone océanique, bien qu’ils ne couvrent que moins de 0,1 % du plancher océanique. 

Comme les plantes terrestres, les herbiers marins absorbent le dioxyde de carbone de l’eau et de l’atmosphère grâce à la photosynthèse, processus par lequel les plantes utilisent la lumière du soleil pour transformer le dioxyde de carbone et l’eau en énergie et en matière organique, tout en produisant de l’oxygène. 

À l’instar des mangroves et des marais salants, les herbiers marins stockent le carbone dans leur biomasse (feuilles, rhizomes et racines) ainsi que sous forme de matière organique morte. Toutefois, la grande majorité de ce carbone est piégée à long terme dans les sédiments entourant leurs racines, grâce aux conditions particulières de leur environnement.

Quelle est la durée moyenne de stockage du carbone dans les sédiments des herbiers et quels facteurs influencent la stabilité de ce « carbone bleu » ?
Le carbone peut rester piégé pendant des décennies, voire des siècles. Les sédiments ne se saturent pas facilement, ce qui permet une accumulation continue sur de longues périodes. Cependant, ce stockage à long terme reste vulnérable aux activités humaines et aux événements naturels, qui peuvent perturber l’équilibre de l’écosystème.

« Si l’océan dépérit, c’est de notre faute. C’est donc aussi notre responsabilité de le protéger »

Quels impacts ont les activités humaines (pollution, ancrage, urbanisation côtière) sur la capacité des herbiers à capturer et retenir le carbone ?
Les herbiers marins sont extrêmement sensibles aux activités humaines et aux perturbations environnementales, ce qui peut réduire considérablement leur capacité à capturer et stocker le carbone. S’agissant du développement côtier, les infrastructures touristiques et l’urbanisation fragmentent les herbiers, perturbent les sédiments et endommagent les plantes par le piétinement, l’ancrage ou les hélices de bateaux. 

La pollution issue des eaux usées, de l’aquaculture, du dragage et des rejets industriels diminue la clarté de l’eau, limitant la photosynthèse et ralentissant la croissance des plantes. Les espèces invasives, comme certaines macroalgues, entrent en compétition pour l’espace et les nutriments, accentuant le stress sur l’écosystème. 

Enfin, les engrais chimiques utilisés dans les terres agricoles côtières s’infiltrent dans la mer, provoquant un apport excessif de nutriments qui entraîne des proliférations d’algues et modifie la composition chimique de l’eau, affectant directement la santé des herbiers marins.

Les projets de restauration permettent-ils aux herbiers marins de retrouver rapidement leur rôle de puits de carbone ou faut-il des décennies pour que le cycle se rééquilibre ?
Les projets de restauration d’herbiers marins contribuent à reconstituer les habitats perdus et à terme, à restaurer leur rôle de puits de carbone. Cependant, ce processus est progressif, car il faut souvent des années, voire des décennies, pour que les herbiers restaurés accumulent suffisamment de biomasse et de carbone dans les sédiments afin d’atteindre la capacité de stockage des herbiers intacts. 

Le succès de la restauration dépend de plusieurs facteurs, notamment la qualité de l’eau, l’absence de perturbations et la capacité des herbiers à former des populations denses et saines.

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Sous la surface à la découverte du Blue-Bay Marine Park.
Sous la surface à la découverte du Blue-Bay Marine Park. 

Lors de tes plongées, quels indicateurs concrets observes-tu vous sous l’eau qui révèlent leur efficacité dans le cycle du carbone ?
En réalité, il est difficile de répondre uniquement à partir d’observations visuelles car celles-ci ne suffisent pas à déterminer l’efficacité des herbiers marins dans le cycle du carbone. Mon expérience se limite à deux sites à Maurice et mes recherches ne portent pas directement sur l’évaluation du « carbone bleu ». 

Pour mesurer précisément le stockage du carbone, il est nécessaire de procéder à des prélèvements de sédiments et à des analyses scientifiques. À ma connaissance, l’Albion Fisheries Research Centre a mené ce type d’étude en 2022-2023 à Maurice. Je crois également que Reef Conservation, en collaboration avec une université étrangère, conduit des recherches similaires, mais je ne peux pas le confirmer avec certitude. 

Toutefois, si je devais formuler une hypothèse éclairée, je dirais que les herbiers marins denses, sains, anciens et non perturbés sont probablement plus efficaces pour capturer et stocker le carbone que les herbiers fragmentés ou dégradés. De plus, certaines espèces d’herbiers semblent avoir une capacité de stockage du carbone plus élevée que d’autres.

Quelle est la découverte la plus surprenante que tu as faite sous l’eau ?
Lors du snorkeling, et pas uniquement pendant la collecte ou l’analyse des données, une découverte qui m’a beaucoup frappée est la situation de la mer à Maurice après mon expérience aux Seychelles où les habitats marins sont très bien protégés et regorgent de vie. À mon retour, j’ai réalisé que les eaux mauriciennes ont été surexploitées et que le changement climatique a fortement impacté nos coraux. De plus en plus, il y a moins de poissons, moins d’invertébrés et moins de coraux dans nos lagons. 

À l’inverse, une belle surprise a été de constater la bonne santé des herbiers marins sur mes sites d’étude de la côte est de Maurice. Cependant, même si ces herbiers semblent en bonne santé, leur couverture diminue progressivement à Maurice.

En quoi les données que tu collectes sont-elles directement utilisées pour mettre en place des actions concrètes qui protègent nos eaux ? 
Les données que je collecte permettent de mieux comprendre l’état des herbiers marins et de la biodiversité qui leur est associée face aux pressions humaines. Pour l’instant, je ne peux pas dire si elles seront utilisées pour des actions concrètes, car tout dépendra des résultats finaux de mes recherches.

Comment fais-tu pour maintenir un équilibre et rester connectée à la beauté de l’océan sans te laisser submerger par les défis de la conservation ? 
Je n’y ai jamais vraiment réfléchi. Je fais simplement ce travail parce qu’il doit être fait. Le terrain est souvent exigeant car je dois porter un équipement de plongée lourd, affronter le mal de mer et entretenir le matériel scientifique. Il faut aussi suivre la météo et connaître les marées pour rester en sécurité et optimiser le temps passé en mer. La conservation est parfois difficile, surtout en tant que femme dans un domaine encore largement dominé par les hommes. 

Heureusement, j’ai eu la chance de travailler avec des personnes formidables : scientifiques, étudiants, pêcheurs et skippers, etc. Leur soutien a beaucoup compté. Avoir une bonne équipe est essentiel, car c’est ce qui allège le poids mental du travail. Mais ce qui m’aide le plus, c’est le soutien indéfectible de mes parents qui m’ont toujours encouragée dans cette voie et qui restent à l’écoute.

« Il faut trouver un équilibre entre la conservation et les besoins économiques du pays, notamment le tourisme. Au cas contraire, la conservation risque de n’être qu’un outil de ‘greenwashing’ »

Quel est le souvenir le plus magique que tu gardes d’une rencontre avec une créature marine lors de tes plongées ? 
Je m’en souviens comme si c’était hier ! Avec mes amis et mon partenaire, qui sont également biologistes marins, nous plongions sur le récif de Cosmoledo pour collecter des données dans le cadre d’un projet de cartographie des herbiers marins et d’évaluation du carbone aux Seychelles. 

Soudain, mon partenaire a agité les bras avec urgence. Grâce au langage des signes sous-marin, nous avons compris qu’il y avait des requins au-dessus de nous. En levant les yeux, nous avons aperçu une dizaine de jeunes requins-marteaux glissant majestueusement dans l’eau. C’était une expérience incroyable ! 

Au cours de cette même plongée, nous avons aussi observé de grands bancs de poissons, d’imposants nudibranches, une tortue curieuse et probablement les plus beaux coraux que j’aie jamais vus. Ce fut la meilleure expérience sous-marine de ma vie, non seulement pour la richesse des espèces rencontrées, mais surtout parce que j’ai pu la partager avec les personnes qui partagent ma passion et me sont les plus proches.

Si tu pouvais donner un seul « superpouvoir » à l’océan pour l’aider à se régénérer face aux menaces actuelles, quel serait-il ? 
Il existe plusieurs superpouvoirs que l’on pourrait imaginer : l’auto-régénération des récifs coralliens ou la capacité de filtrer naturellement la pollution comme le plastique. Mais, je crois que ces pouvoirs ne suffiraient pas à changer le comportement humain. Nous continuerions à polluer et à détruire la planète. 

Alors, si l’océan devait avoir un superpouvoir, ce serait celui de communiquer directement avec nous. Je dirais le pouvoir de nous montrer son état réel et les dégâts causés par nos actions. Si l’océan dépérit, c’est de notre faute. C’est donc aussi notre responsabilité de le protéger. Si nous réduisons nos impacts, la régénération se fera naturellement.

Selon toi, quel est le plus grand défi que la conservation marine doit surmonter aujourd’hui pour réussir à long terme ? 
Le plus grand défi reste le financement et la volonté politique. Sans ressources suffisantes et sans engagement des décideurs, il est difficile de mettre en place des mesures efficaces pour protéger les océans. 

La collaboration entre tous les acteurs – scientifiques, communautés locales, gestionnaires, ONG et gouvernement – est également essentielle. Travailler ensemble permet de combiner les connaissances, les compétences et les moyens pour assurer une protection durable des écosystèmes marins. 

Mais, il faut aussi trouver un équilibre entre la conservation et les besoins économiques du pays, notamment le tourisme. Au cas contraire, la conservation risque de n’être qu’un outil de « greenwashing » et non une véritable stratégie de protection.

Quel est le geste simple et quotidien qui a le plus grand impact positif sur la santé de l’océan et que tu encouragerais tout le monde à adopter ? 
Le geste le plus simple est de réduire l’utilisation du plastique, notamment bouteilles, sacs et autres objets à usage unique. Un autre geste essentiel consiste à ramener ses déchets après une sortie à la plage. La mer et le littoral ne sont pas des poubelles et chacun doit assumer la responsabilité de ses déchets. 

L’océan est bien plus fragile qu’on ne l’imagine, il faut le protéger à tout prix. Chaque petit geste compte. En tant que petite île au cœur de l’océan Indien, Maurice est particulièrement vulnérable aux effets du changement climatique sur ses écosystèmes marins. Je pense qu’il est crucial d’encourager les jeunes à s’intéresser à ces milieux et leur offrir des opportunités pour s’impliquer dans leur protection. 

Après tout, l’océan fait partie de notre patrimoine et nous avons le devoir de la préserver pour les générations futures.

Pour clore cet entretien et en tant que femme qui « casse la bulle » dans un domaine souvent perçu comme technique, quel message aimerais-tu transmettre aux filles qui rêvent d’une carrière en sciences marines ? 
Je voudrais dire aux filles de ne jamais se laisser freiner par les stéréotypes ou les barrières sociales. Nous avons autant de capacités que les garçons pour réussir dans la science et sur le terrain. 

Si vous aimez l’océan et la nature, osez explorer, apprenez et croyez-en vous ! N’ayez pas peur de poursuivre vos rêves et de vous mettre en avant. 

Trop souvent, je vois des jeunes filles brillantes qui doutent de leurs compétences et se replient dans leur cocon. Moi, je conseillerais aux filles de sortir de leur coquille et de prendre leur vie en main en postulant des cours, des stages, des emplois, même à l’étranger. Car, chaque pas fait vers ses rêves compte et rapproche de ce que nous sommes capables d’accomplir.

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