Interview

Anil Kohli, directeur de Firemounts Textiles Ltd : «La main-d’œuvre étrangère est plus chère que l’ouvrier mauricien»

Deux étapes majeures illustrent en 2016 le développement de FM Denim Co Ltd : l’ouverture de locaux flambants neufs à La Tour Koenig et le rachat de l’usine Sky Jeans. Anil Kohli, directeur de Firemounts Textiles Ltd, explique cependant que le denim mauricien reste confronté à la pénurie de main-d’œuvre et  la concurrence étrangère.

Pourquoi avez-vous choisi de vous installer dans la zone industrielle de La Tour Koenig ?
À Goodlands, où nous avions commencé nos activités en 1987, l’usine était devenue vétuste et limitait nos ambitions d’expansion. Il nous fallait une usine qui corresponde aux normes internationales de fabrication en vigueur dans le monde et requises par nos clients.

« Le business n’a jamais été un long fleuve tranquille,
toutefois, l’année dernière s’est soldée par un bilan positif pour nous. »

Comment s’était passé le rachat de R. S. Fashion Ltd, qui appartenait à Ram Mardemootoo ?
Nous avons racheté ses murs et ses équipements et remis ses activités à flot. Nous avons réussi à restructurer l’entreprise. Mais, nous sommes en train d’émigrer vers un nouveau bâtiment, comme je vous l’ai dit.

Comment se porte le marché du denim, est-il toujours viable ?
C’est une activité et un marché que nous avons appris à bien connaître depuis notre implantation a Maurice, il y a 26 ans. Nous travaillons pour de grandes marques comme Calvin Klein, Tommy Hillfiger, Guess et le Foschini Group, en Afrique du Sud. Notre plus gros marché reste les États-Unis. Cela dit, rien n’est acquis dans le business.

Quels sont les plus gros défis auxquels votre entreprise est confrontée ?
Les défis majeurs viennent de nos concurrents, le Bangla Desh, le Vietnam et l’Ethiopie, où les coûts de productions sont nettement inferieurs aux nôtres, en raison d’une main-d’œuvre abondante et pas chère. De surcroît, celle-ci est capable de produire des vêtements de qualité. Nous sommes impuissants face à cette réalité.

Est-ce que la main-d’œuvre étrangère, que vous employez, ne vous permet-elle pas de réduire vos coûts de production ?
Bien sûr. Mais, à Maurice, les procédures de recrutement de ce type de main-d’œuvre deviennent de plus en plus contraignantes. L’obtention du permis de travail et de résidence, suivie des entrevues, peut prendre trois à quatre mois. Entretemps, les machines doivent continuer à tourner, car nous avons des délais à respecter. Les clients n’attendent pas et à ce compte-là, on risque de perdre des marchés. Quant aux coûts de la main-d’œuvre étrangère, ils ne sont pas aussi bas comme on tend à le croire. Elle est même plus chère qu’un ouvrier Mauricien à cause des frais occasionnes par sa prise en charge. Mais cela dit, les salaires dans le textile dans un pays comme le Bangla Desh, sont cinq fois moindres que ceux en vigueur à Maurice. C’est très difficile pour nous à supporter au quotidien. Mais, le problème vient aussi du fait que les jeunes, à Maurice, ne sont pas intéressés à travailler dans les usines.

Comment décrieriez-vous la situation dans votre activité ?
En ce moment, elle n’est pas terrible et le futur ne s’annonce pas non plus prometteuse. Mais, nous avons appris à passer par des moments difficiles. Le business n’a jamais été un long fleuve tranquille, toutefois, l’année dernière s’est soldée par un bilan positif pour nous.

Comment évoluent les tendances dans le denim à l’international ?
C’est un marché très compétitif et lucratif, avec des parts très conséquentes emportées par le Bangla Desh, le Vietnam et l’Ethiopie. Nous n’avons pas l’intention de diversifier, car nous avons la maîtrise de nos productions.

Êtes-vous confrontés à la contrefaçon à Maurice ?
Je ne suis pas en mesure de vous répondre à ce sujet. De toute façon, nous ne vendons pas sur le marché local.

Qu’est-ce qui explique la longévité de votre groupe ?
Nous avons su maintenir la qualité et nous sommes toujours orientés vers la recherche de l’excellence. Ce n’est pas pour rien que parmi nos clients figurent des ‘brand names’ comme Tommy Hillfiger et Calvin Klein, entre autres. Je suis venu à Maurice à l’invitation de la MEDIA et sur place, j’ai été mis en confiance par la capacité de Maurice de développer le business du denim. À cette époque, nous avions débuté avec 200 personnes et, au départ, il avait fallu faire venir du personnel spécialisé de l’étranger. À ce jour, nous en sommes à 3 000 salariés.

Quels sont les facteurs qui influeront sur le développement futur de FM Denim ?
C’est un marché qui est robuste, avec beaucoup de ‘brands’ dans le monde. Il suffit de produire le vêtement adéquat au bon moment et à un prix convenable. À la fin de la journée, c’est le marché, donc la demande, qui fera valoir ses exigences.

Qui prendra la succession de la direction lorsque vous partirez ?
Je ne suis pas prêt de partir. Quant à la succession, aucun de mes deux enfants, actuellement à l’étranger, n’y est intéressé.

 

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